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Guerre ouverte entre Downing Street et la BBC


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GRANDE-BRETAGNE. Le directeur de la communication de Tony Blair et la célèbre radio britannique s’accusent mutuellement de mentir au sujet des armes de destruction massive irakiennes.

Pendant que, dans la poussière de l’Irak, les soldats britanniques paient un lourd tribut à «l’après-guerre», un autre front, médiatique et politique celui-là, s’est ouvert à Londres. Dans une escalade verbale sans précédent depuis six ans, Downing Street et la BBC s’accusent mutuellement de mensonge. Une affaire qui intervient au moment où plusieurs sondages témoignent de la chute de popularité de Tony Blair. 

L’affaire commence le 29 mai. Lors de l’émission matinale phare de la BBC Radio, son spécialiste des questions de défense, Andrew Gilligan, rapporte qu’une source haut placée au sein des services secrets britanniques lui a confié les préoccupations de l’appareil de renseignement face au traitement réservé par Downing Street aux informations fournies par les agents au sujet de l’Irak.

En particulier, Gilligan indique que sa source, qu’il estime d’une fiabilité totale, accuse l’équipe de communication du premier ministre d’avoir «rendu plus sexy» («sexed up») le dossier gouvernemental du 9 septembre 2002 sur les armes de destruction massive (ADM) irakiennes, et d’y avoir délibérément ajouté un élément ensuite utilisé par Tony Blair pour convaincre de la menace que pose Saddam sur le monde: sa capacité à activer ses ADM en 45 minutes. 

C’est l’une des raisons qui poussent la Chambre des communes, qui craint d’avoir été manipulée, à déclencher une enquête parlementaire. Mercredi, Alastair Campbell, le puissant «spin doctor» (chef de la communication) de Tony Blair, témoigne devant la commission et, loin d’admettre avoir gonflé le dossier de septembre 2002, accuse la BBC d’avoir menti et exige des excuses publiques (Le Temps du 26 juin). 

Mais la «Beeb» se rebiffe, et le lendemain répond point par point dans une lettre de huit pages, maintenant sa version des faits et soutenant son journaliste. Vendredi, contrevenant à la règle qu’il s’est imposée de ne jamais devenir lui-même un sujet d’actualité, Alastair Campbell se rend sur le plateau de la chaîne télévisée privée Channel Four, et laisse éclater sa colère en direct. Le même jour, un ancien journaliste de la BBC devenu ministre, Ben Bradshaw, met en cause la déontologie de son ancien employeur. Et Phil Woolas, vice-leader des Communes, publie une lettre destinée à Gilligan dans laquelle il l’accuse d’avoir induit le parlement en erreur. La réponse ne se fait pas attendre: le journaliste exige à son tour des excuses, sans quoi il saisira la justice

La tactique d’Alastair Campbell, faire diversion en attaquant la BBC pour étouffer la vraie question (pourquoi diable les soldats britanniques ont-ils participé à l’invasion de l’Irak, si aucune ADM n’est trouvée?), risque de faire boomerang. Déjà, la cote de popularité de son patron s’effondre, et près de six Britanniques sur dix ne le croient plus. Pour la première fois depuis les élections de juin 2001, les tories dépassent le Labour dans les intentions de vote. Et des parlementaires réclament le départ de Campbell, un des conseillers les plus influents de Tony Blair.