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Affaire Kelly: le «spin doctor» de Tony Blair réfute les accusations portées contre lui


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Affaire Kelly : quand le spin doctor se défend

GRANDE-BRETAGNE. Alastair Campbell, directeur de la communication du premier ministre, dément fermement avoir embelli le dossier de septembre 2002 sur l’Irak et avoir fait connaître le nom du Dr. Kelly à la presse.

La foule qui patientait dès l’aube mardi matin pour assister aux débats de l’enquête sur le suicide de David Kelly ne s’y était pas trompée: le témoignage d’Alastair Campbell, le directeur de la communication de Tony Blair, représentait une nouvelle étape essentielle. Tendu, ayant perdu toute son arrogance, Alastair Campbell s’est défendu bec et ongles. Pourtant, lui qui n’hésite généralement pas à élever la voix et a la réputation d’être extrêmement abrupt et directif, parlait hier un ton en dessous de ses interrogateurs, tendant même à murmurer à plusieurs reprises. 

Néanmoins, sur le fond, le «spin doctor» du premier ministre britannique n’a rien laissé passer. Il a fermement nié les deux accusations portées contre lui: avoir «gonflé» en septembre le dossier sur les armes de destruction massive et introduit contre l’avis des services secrets l’affaire des quarante-cinq minutes nécessaires au régime de Saddam Hussein pour déployer de telles armes; avoir décidé de faire connaître le nom du Dr Kelly à la presse après que celui-ci a reconnu avoir effectivement rencontré en mai le journaliste de la BBC, Andrew Gilligan. 

La publication du dossier de septembre avait été décidée en août, a révélé hier Alastair Campbell, parce que «le premier ministre voulait qu’il soit clair que si nous prenions les armes, c’était sur la base de preuves». De plus, ajoute-t-il, de nombreuses nouvelles informations provenant des services secrets étaient apparues les mois précédents, et Tony Blair estimait qu’il fallait le faire savoir au public. Durant l’été 2002, Downing Street décide donc de préparer un dossier à charge contre l’Irak. 

Qui l’a écrit? Campbell l’a répété à de nombreuses reprises et est catégorique: le dossier était «la propriété» des services de renseignement et il n’a fourni qu’une aide sur la présentation. «John Scarlet (le directeur des services secrets, ndlr), était le seul en charge de l’écrire. Nous, et Numéro 10 (le premier ministre, ndlr) fournissions seulement le soutien nécessaire.» 

Semblant contredire ce propos, l’enquête a cependant dévoilé une série d’e-mails en provenance de différents hauts fonctionnaires et officiels de Downing Street, chacun proposant un changement ou une amélioration sur le dossier, ce qui laisse entendre une forte implication dans la rédaction du dossier. La plupart des ces courriers électroniques étaient envoyés à Alastair Campbell en copie conforme. Pour se défendre, le directeur de la communication de crise s’est retranché derrière un très hautain: «Je reçois énormément d’e-mails que je ne lis pas.» 

De même, Alastair Campbell réfute toute mésentente entre les services de sécurité et Downing Street, malgré les articles de presse qui laissaient entendre le contraire dès septembre 2002. «Il y avait peut-être des gens plus bas placés qui étaient mécontents. Mais ce n’était pas l’opinion au plus haut niveau (des services secrets, ndlr).» 

Enfin, la principale controverse sur le dossier concerne l’affirmation que les armes de destruction massive pouvaient être prêtes à frapper en quarante-cinq minutes. Le «spin doctor», là encore, affirme que Downing Street n’avait certainement pas l’intention d’accentuer ce point. D’ailleurs, ajoute-t-il, il n’était pas au courant que cette information provenait d’une seule source et qu’elle était sans doute discutable. 

L’autre accusation contre le directeur de la communication de Tony Blair est de savoir s’il a lui-même décidé de livrer le nom du Dr Kelly à la presse. Sa réponse est claire: «Je n’ai rien fait concernant cela, car j’avais reçu de strictes instructions de ne pas le faire.» En fait, le premier ministre avait expressément demandé à ce que Alastair Campbell se positionne en retrait sur cette affaire, dans la mesure où il était directement impliqué. Le «spin doctor» affirme que la décision de confirmer le nom du Dr Kelly aux journalistes qui le demandaient a été prise par le Ministère de la défense. 

Sondage révélateur 

Au-delà de la technicité des débats, Alastair Campbell a enfin souligné un point essentiel hier: dans son journal, dévoilé pour les raisons de l’enquête, il écrit que la confiance des Britanniques envers le gouvernement de Tony Blair est en jeu. Or, un sondage du Guardian a mis à jour des chiffres explosifs: 34% de la population ont plus confiance en la BBC qu’en le gouvernement, tandis que seulement 6% pensent le contraire. Et 50% estiment que le dossier de septembre a été délibérément «embelli» par le gouvernement. L’image de transparence, sur laquelle le premier ministre a bâti son image, est mise à mal. Dans la construction de cette image, Alastair Campbell avait été un personnage clé. La chute du «royaume Campbell», comme l’appelle le Guardian, est un très mauvais signal pour l’avenir du premier ministre.