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“L’Economie de la Panique”: des crises et de leurs remèdes improvisés

“L’Economie de la Panique”: des crises et de leurs remèdes improvisés

by LaFrenchCom
26 mai 2002

Du Mexique en 1995 à l’effondrement de l’Argentine en 2001, en passant par la crise asiatique en 1997, Jérôme Sgard, économiste français, démonte dans “l’Economie de la Panique” les mécanismes des crises financières et des réponses, souvent improvisées, apportées. 

Chercheur au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), institut français de conjoncture, et professeur-associé à l’université de Paris-Dauphine, Jérôme Sgard a interrogé près de 150 acteurs ou témoins des dernières crises financières, issus des banques centrales, ministères des finances, banques commerciales, entreprises, Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale ou encore Trésor américain. 

Assez rapidement, Jérôme Sgard en conclut que “dans les prochaines années, la gestion des crises internationales devrait rester marquée par un degré élevé d’improvisation, une fragilité certaine sur le plan de la doctrine et donc par tous les risques propres à une démarche de type +ad hoc+”. 

“Ne disposant pas d’une règle de conduite précise pour arbitrer entre les interventions en dernier ressort et la suspension des échanges (…), le tâtonnement devrait continuer à dominer, avec tous les risques politiques que cela implique”, à commencer par les choix des pays qui doivent être sauvés et ceux qui seront abandonnés, note l’économiste. 

Pour Jérôme Sgard, l’avenir pourrait accoucher d’une “crise internationale grave, face à laquelle on n’aurait pas les instruments et le savoir-faire pour répondre sur un front large : on ne peut exclure que la survie des marchés de capitaux globalisés soit alors mise en question”. 

Ou bien, dans un avenir plus clément, “on verra émerger progressivement une pratique raisonnablement efficace de la gestion de crise, incluant des procédures raisonnablement fiables”, selon lui. 

Dans son analyse des dernières crises financières, l’économiste s’est intéressé particulièrement à l’impact de la libéralisation des mouvements de capitaux à court terme ainsi qu’à la dynamique de la crise elle-même. 

Le FMI, dans sa gestion de crise, a ainsi systématiquement refusé d’instaurer provisoirement le contrôle des sorties de capitaux, au nom de leur libre circulation, alors même qu’un tel contrôle aurait permis d’éviter d’aggraver la situation d’un pays fragilisé par la fuite brusque de ces capitaux. 

Pour l’auteur, “la globalisation ne demanderait pas tant un retrait de l’Etat comme on l’a tant répété, mais au contraire la construction de l’Etat, non tant au sens de l’Etat interventionniste et redistributeur, de type européen, mais au sens de l’Etat de droit”, soit une tentative de faire converger libéralisme économique et libéralisme politique. 

L’économiste se penche également sur les modèles de résolution de crise, entre prêt en dernier ressort et règle de faillite, dont le seul point commun est d'”éviter le sauve-qui-peut individuel qui peut rapidement aboutir au pire résultat: la ruée sur les actifs de l’agent en détresse, la rupture généralisée des contrats”. 

(“L’Economie de la Panique, faire face aux crises financières”, Jérôme Sgard, Editions La Découverte, 304 pages, 25 EUR).

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