FAQ - Communication de crise

Une bande d’ouvriers face aux « cols blancs ».

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Nestlé ne se salira pas les mains avec un plan social

Confrontés à une direction qui souhaite vendre leur usine, les représentants de la CGT de Purina-Petcare changent de braquet. Passé le choc de l’annonce, ils mobilisent le personnel, la population et les élus. Première action visible, hier, avec une distribution de tracts.

Les syndicalistes ne regardent pas, bras ballants, Nestlé démanteler leur outil de travail. Déjà trois ans qu’ils tentent d’enrayer l’engrenage menant à la vente. « On se bat sans cesse pour qu’ils nous donnent les moyens de l’adapter aux nouveaux produits », clame la CGT. Le géant de l’agroalimentaire, déterminer, s’y est toujours refusé.

Des productions quimperloises ont été confiées à d’autres usines, Marconnelles notamment, site basé dans le Nord dont Dominique Guyot, 58 ans, actuel directeur à Quimperlé, est également le patron… Fin octobre, première alerte : les chaînes de production ont cessé de tourner pendant une semaine. Curieusement, plusieurs négociations ont abouti. Ainsi, les salariés ont obtenu la prime de vacances qu’ils réclamaient depuis six ans !

Au début du mois de novembre, les serrures de l’entreprise ont été changées, un film anti-agressions a été plaqué contre les vitres de l’accueil, la sécurité a été renforcée… Le directeur et son responsable des ressources humaines ont remplacé leurs voitures personnelles par des véhicules de location. Dans sa froide logique de désengagement, la multinationale Nestlé avait tout anticipé : même la colère des 217 salariés.

Communication de crise et négociation sensible

Ces précautions prises, le patron de Purina a pris sa plume et rédigé son invitation à un comité d’entreprise extraordinaire (CCE). Les délégués du personnel ont reçu la lettre le 24 novembre. Mardi, le directeur, Denis Cans, est arrivé encadré par deux huissiers devant le CCE auquel il devait exposer son projet. Mais, comme il n’avait pas les délégations nécessaires, la réunion a tourné court. La CGT, majoritaire chez le géant du pâté et croquettes pour chats, refusant de dialoguer avec un subalterne. « Le PDG de Nestlé en personne aurait pu prendre un avion depuis la Suisse », note Élise Brand l’avocate du CCE.

Ce dédain a de quoi agacer les 217 salariés, dont certains travaillent ici depuis une trentaine d’années. « On ne négocie pas ! » , gronde un délégué du personnel. Le pot de terre contre le pot de fer. Conscient des risques d’escalade et soucieux de son image de marque, le groupe Nestlé a confié sa communication sensible à une agence spécialisée où plusieurs professionnels de la gestion de crise se relaient sur ce dossier. Les syndicats, eux, doivent à la fois préparer leur riposte, expliquer la situation aux salariés, passer le message au grand public, et, accessoirement, continuer à bosser dans l’usine.

Hier soir, à l’initiative de la CGT, plusieurs d’entre eux ont distribué des tracts aux entrées des hypermarchés quimperlois. Le syndicat a aussi écrit aux élus : Louis Le Pensec (sénateur), Mikaël Quernez (président de la Cocopaq) et Daniel Le Bras (maire de Quimperlé). Il a aussi demandé une audience au préfet du Finistère. La centrale entend « les mettre devant leurs responsabilités. On l’a vu à Saint-Menet (une usine de chocolat) la situation ne peut se régler qu’en hauts lieux » .

Sur le fond, les délégués du personnel réfutent l’argumentation économique du projet. Le site de Quimperlé est viable, à condition qu’on veuille bien lui confier du travail. Pas question, donc, d’envisager une quelconque cession dont ils imaginent bien la conclusion. « Nestlé ne se salira pas les mains avec un plan social. Ils ont l’habitude de laisser cela à un repreneur … Dans cette partie, la direction a deux coups d’avance et sait où elle veut nous emmener. À nous de ne pas y aller. On refuse de parler d’une vente »