FAQ - Cas pratiques

11 h 08, l’huile qui met le feu à la cellule de crise

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C’est une alerte qui rappelle que le risque zéro n’existe pas sur un site industriel, classé Seveso. Une simulation pour s’entraîner à la résilience et au pire.

Communication de crise : le pire toujours possible.

Il était 11 h 08 hier quand la sirène a retenti sur le site Total Énergies de la plateforme de La Mède. Comme un hurlement continu, un oiseau de mauvais augure pour annoncer un confinement sur la bioraffinerie. La face cachée d’un incident simulé vécu de l’intérieur, au coeur même de la cellule de crise. Une fausse fuite mais un vrai branle-bas de combat dans ces deux salles contiguës où on s’est agité durant plusieurs heures autour du directeur des opérations (DOI) et directeur de la plateforme de La Mède Philippe Billant.

Un scénario catastrophe parti de cette tempête imaginée sur les bords de l’étang avec des rafales de vent à plus de 120 km/h et des précipitations hors normes, générant une fuite d’un bac de stockage d’huile végétale. Un bac contenant la bagatelle de 24 000 m3 d’huile de colza. « Pas de risque explosif » évidemment avec de l’huile ; « ni victime » dans l’incident mais l’information remonte comme une traînée de poudre. On rapporte déjà « une patinoire, le produit s’écoule dans l’usine ».

Au coeur de cette cellule de crise, qui permet de coordonner les opérations d’intervention, tout est carré, avec organigramme bien identifié. Six postes différents dans ce premier QG (exploitation, chef PC, logistique, relation extérieure ou encore sécurité-environnement…). Toute une chaîne solidaire en lien avec le capitaine Clément Barret aussi, officier de liaison du Sdis13, et un représentant du Direx (directeur d’exercice), le lieutenant-colonel Gérald Ostiante Decanis.

Cellule de crise : des chasubles de couleur bien identifiées.

Philippe Billant annonce le déclenchement du POI (plan d’opération interne) à 11 h 15, une poignée de minutes après l’alerte seulement. Dans cette salle en rectangle, on fait les 100 pas ou on est rivé sur les écrans d’ordinateur. On note chaque péripétie ou événement sur un « paperboard », un chevalet de conférence et ces feuilles de papier qui se succèdent dans un minute par minute précis.

Une chronologie infernale sur le mur.

La carte de la zone est projetée sur un large panneau blanc. On griffonne là encore chaque aléa nouveau sur la carte, qui s’anime en temps réel avec les impacts et les points chauds, relevés via une radio qui crépite avec les chefs de secteur dehors.

De l’autre côté de la pièce, on s’organise pour préparer la communication de crise, planifier les contenus et les destinataires des messages : la fameuse fiche « GP » (gravité/perception) qui sert d’information immédiate pour les services de l’État comme la Dréal, le maire de Châteauneuf, la plateforme Allô Industrie et la presse, comme des maillons essentiels et prioritaires. Les affaires se gâtent.

« Le produit s’écoule de façon importante », ça ravine méchamment avec les pluies. Les barrages en contrebas, au niveau du canal de Marseille au Rhône, ont fini par céder en raison de la météo déchaînée. « Zéro victime toujours mais on a un risque environnemental important », rapporte le chef PC. Le risque de pollution dans l’étang de Berre » est clairement annoncé.

À 11 h 56, on estime à 200m3 de produit écoulés. L’A55 est coupé au niveau de la Mède Est. Une course contre la montre s’engage avec l’objectif « de remettre les barrages« , entre autres actions « pour purger le fameux bac A55 et transférer l’huile vers le bac A56 ».

Peu avant 12 h 30, on sait que la tentative de confinement au niveau de l’îlot des Trois frères est vaine. La plage du Jaï est touchée, on annonce les premières nappes ; confirmées par la reconnaissance des drones des pompiers.

Gestion de crise et Pollution : « Un produit flottant ».

Sur les côtes du Jaï, une autre bataille où on annonce une première équipe du Cèdre, référent technique venu de Brest pour entamer la phase de dépollution. Un détachement de forces espagnoles aussi, héliporté avec un Super Puma, ne va pas tarder.

« Contenir, limiter les effets », comme un mot d’ordre. Une phase d’urgence avant une dépollution approfondie les jours d’après.

« On sait qu’il va y avoir un gros sujet communication à faire encore derrière tout ça. Notre rôle est de communiquer auprès de toutes les parties prenantes ». Total Énergies est paré, sa cellule de crise est bien rodée.