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Alerte nucléaire virtuelle, vrais ratés de l’évacuation

exercice nucléaire

Une région mobilisée dans un exercice de crise

C’était la première fois pour eux : 180 habitants du village et des hameaux d’un village, dans l’Aube, ont été évacués au cours d’un exercice de simulation d’une crise nucléaire.

L’incident imaginé par les consultants en communication de crise pour EDF concernait une centrale nucléaire, à l’est de Paris.

Électricité de France est une entreprise française, de production et de fourniture d’électricité, détenue majoritairement par l’État. L’entreprise est le premier producteur et le premier fournisseur d’électricité en France et en Europe.

Une répétition visant à mettre en évidence les faiblesses d’un dispositif complexe

Et, effectivement, il y a eu de nombreux dysfonctionnements de la cellule de crise, des retards de transmission de l’information, des coordinations difficiles entre les services de secours. Deux heures se sont écoulées entre l’ordre d’évacuation et le départ effectif des habitants de ce seul petit village.

Prévue de longue date, cette simulation d’accident s’inspire de l’accident de l’usine de fabrication de combustible nucléaire de Tokaimura au Japon, la catastrophe nucléaire la plus grave depuis Tchernobyl.

Trois ouvriers avaient été gravement irradiés, une quarantaine de personnes contaminées, un village évacué et plus de 300 000 habitants avaient été confinés chez eux. Les autorités avaient mis six heures à réunir une cellule de crise, les habitants avaient été mal informés et trop tardivement. L’accident aurait été une catastrophe si les rejets radioactifs avaient été importants.

Le scénario de l’exercice de gestion de crise

Il est 7 h 40 à la salle de commandes du réacteur 3 de la centrale nucléaire. Ce réacteur n’existe que sur le papier, pour les besoins des scénaristes de l’exercice de crise d’EDF prévoyant l’évacuation réelle d’un village. Dans le bâtiment sécurité où se joue la simulation de crise, première alerte. Les 55 personnes d’astreinte permanente prennent d’assaut les 3 postes de commande de la centrale nucléaire.

A 8 h 10, le préfet, est « avisé d’un incident » par ligne téléphonique spéciale. L’usine de Tokaimura avait mis une heure pour alerter la préfecture. En France, en cas de crise, c’est au préfet qu’incombent toutes les décisions concernant la protection des populations. Tous les services de l’Etat sont à sa disposition, sur place comme à Paris.

A 10 h, le PC de crise de la centrale identifie la cause de l’accident. Un bouchon d’hydrocarbures sur la Seine a empêché la prise d’eau de refroidir normalement le réacteur nucléaire. EDF informe les journalistes sur place. Pour des raisons obscures, le préfet ne reçoit cette information importante que vers midi.

11 h 18 : le préfet fait son premier point presse. « L’incident évolue malheureusement dans un sens qui ne permet pas d’écarter l’hypothèse d’un rejet radioactif dans l’atmosphère. J’ai déclenché à 11 heures le plan particulier d’intervention. » Le PPI, c’est le branle-bas de combat, l’activation de tous les services mobilisés.

Curieusement, cela fait plus d’une heure qu’à la centrale nucléaire, la presse est prévenue du lancement du PPI. Le fautif ? Le préfet du département voisin, qui a déclenché son propre PPI. Sans en avertir le préfet.

« Normalement, nous devions être en relation, regrette le préfet. Dans un exercice de crise, on connaît à l’avance les grandes lignes du scénario. On peut donc être tenté d’anticiper sur des événements que l’on ne connaîtrait pas dans la réalité. » Ce qu’a fait son collègue qui a ordonné de dresser, dès 12 heures, quelques barrages de gendarmerie sur les routes de son département…

Qu’est-ce qu’un plan particulier d’intervention (PPI) ?

Le PPI est un dispositif défini par l’État pour faire face aux risques liés à l’existence d’une installation industrielle et protéger les personnes, les biens et l’environnement.

Ce plan détermine les actions de protection et les moyens de secours associés susceptibles d’être mis en œuvre en cas d’accident. Le PPI fait partie du dispositif d’organisation de la réponse de sécurité civile (ORSEC) départemental. Si un événement nucléaire se produisait et qu’il était susceptible d’avoir des conséquences à l’extérieur du site, le préfet prendrait la direction des opérations.

Chacune des centrales nucléaires françaises dispose de son propre PPI.

L’exercice de crise : le stress test grandeur nature

Immédiatement après le déclenchement du PPI, le préfet ordonne aux pompiers de distribuer des pastilles d’iode aux habitants du périmètre de 5 km autour de la centrale nucléaire. L’ingestion d’un seul de ces petits comprimés bleus permet de saturer la glande thyroïde en iode stable. Et d’empêcher l’iode radioactif, susceptible d’être expulsé par la centrale nucléaire, de toucher cet organe sensible.

En France, ce n’est que depuis 1997 que l’iode est distribué aux riverains des centrales nucléaires. Onze ans après Tchernobyl où une prise rapide des pastilles aurait évité des milliers de cancers de la thyroïde. La préfecture estime qu’« entre un tiers et la moitié » des habitants n’ont pas été chercher leurs comprimés à la pharmacie. Ou les ont égarés. C’est pourquoi une nouvelle distribution fictive est décidée.

12 h 15. Dans le réacteur n 3, la situation se dégrade. « Si l’on ne refroidit pas dans les prochaines heures, explique un porte-parole d’EDF, il y a un risque de rejet dans l’atmosphère. »

13 heures : nouveau point presse du préfet. « Par précaution j’ai décidé l’évacuation pour 14 heures. Toute personne qui resterait serait en danger. » Aujourd’hui, seul un village est concerné. 491 personnes selon la préfecture qui s’appuie sur le recensement. 496 selon le garde-champêtre. 346 selon un pompier volontaire dépêché sur les lieux… Là encore, les informations se contredisent.

Dans les couloirs de la préfecture, un fonctionnaire murmure : « Où va-t-on trouver des chauffeurs de bus entre midi et 14 heures ? » Pour simuler au mieux la réalité, aucune compagnie de transport routier n’a été réquisitionnée. Si le préfet a opté pour les cars, c’est pour regrouper plus facilement les populations et éviter les embouteillages.

A 13 h 05, le maire du village est informé de la consigne d’évacuation. Mais il garde l’information pour lui. De son côté, le sous-préfet avoue avoir « oublié de prévenir le chef des pompiers ».

A 14 h 45, une voiture équipée d’un haut-parleur donne l’ordre aux habitants de rejoindre les cars. A 15 h 30, le dernier des seize véhicules quitte le village. « Il s’est écoulé beaucoup trop de temps entre l’ordre d’évacuation et son exécution », constate honnêtement le préfet.

16 heures : soulagement à la centrale. Les ingénieurs ont « récupéré assez d’eau pour refroidir le coeur ». Il n’y a pas eu de rejet radioactif. Paradoxalement, cette information semble être devenue secondaire. Ce sont surtout les problèmes de communication et de coordination qui ont frappé les participants de l’exercice de crise qui a permis de tester la gestion de crise et la résistance à la pression médiatique.

Hier au village, seulement 180 habitants ont pris le car. Un chiffre dérisoire au regard des 7 000 riverains de la centrale nucléaire qu’il faudrait sans doute évacuer en cas d’accident réel. On manque encore un peu d’exercice.