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Les communicants de crise au coeur de l'affaire Kerviel


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société générale

Florian Silnicki, Fondateur de LaFrenchCom, Expert en stratégies de communication de crise revient pour vous sur la passionnante bataille de communication qui s’est jouée ces dernières années autour de l’affaire dite Kerviel menée par les conseillers en communication sous contrainte judiciaire.

On le sait, les « Affaires » se multiplient et alimentent les chaines d’informations en continue. Chaque jour, un dossier politico-juridico-économique en chasse un autre. Désormais systématiquement instruites par les médias, ces affaires obligent le personnel politique et les entrepreneurs cités à recourir à de nouvelles méthodes de communication commando.

Il y a évidemment la partie très visible du travail des conseillers en communication de crise que nous sommes, lorsque nous assistons nos clients face aux parties adverses. Mais il y a surtout le travail de fond, plus discret, mené afin d’imposer l’histoire de notre client dans les médias à travers une communication sous contrainte judiciaire stratégiquement taillée sur mesure.

Nous avons noué des relations étroites avec les cabinets d’avocats que nous assistons au quotidien. Ils ont compris et leurs clients aussi que les affaires les plus sensibles ne se gagnent plus uniquement face au juge. Désormais, la presse est un acteur à part entier du procès.

Un courtier mis en examen qui refuse d’être un «bouc émissaire», une banque victime qui fait malgré tout l’objet de suspicions: dans l’affaire Jérôme Kerviel, chaque camp tente de faire valoir sa position, à grand renfort de spécialistes en communication de crise.

Le jeune trader soupçonné des falsifications qui ont coûté 4,82 milliards d’euros à la Société Générale est sorti de son silence pour la première fois depuis la révélation de l’affaire, décidé à prendre pied sur un terrain jusque-là occupé par la partie adverse.

Les communicants ont préparé leur client en lui travaillant des formules chocs. Ces éléments de langage prêt à mâcher qui sont conçus pour éluder le débat et être repris en boucle par les médias. «Je ne serai pas le bouc émissaire de la Société Générale», affirma alors Jérôme Kerviel au cours d’une séance photos destinée à fournir aux médias une autre image que celle, déshumanisée, de son badge réglementaire, qui a fait le tour de la planète. En coulisses, des communicants, se sont mis au service du jeune courtier et de son avocate.

Florian Silnicki rappelle que les conseillers en communication de ce jeune courtier ont alors considéré qu’il fallait mettre un terme à la chasse à l’homme des photographes et aux enchères ridicules qui ont donné lieu à tout un fantasme autour de la photo de Jérôme Kerviel. Il était également important de montrer à l’opinion publique qu’il ne se cachait pas, qu’il n’était pas en fuite et qu’il est en bonne santé.

Ce nouveau créneau de la communication de crise vise à faire valoir le point de vue d’une personne ou d’une entreprise, mise en cause ou victime dans un dossier judiciaire médiatisé, dans les limites du secret de l’instruction. Pour la loi, le parquet, représentant l’accusation, est le seul habilité à s’exprimer sur le fond d’un dossier notamment pour éviter la propagation d’informations parcellaires ou inexactes.

Rappelons ainsi qu’en vertu des dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale, « sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l’enquête et de l’instruction est secrète. Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines des articles 226-13 et 226-14 du code pénal »

La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Seules les personnes visées par la loi sont tenues au secret professionnel. Ces personnes sont les avocats, greffiers, magistrats, policiers, experts, etc…, ainsi que toute autre personne pouvant être désignée par la loi pour effectuer des actes liés à l’instruction.

Le secret de l’instruction pénale ne concerne pas la victime, la ou les personne(s) mise(s) en examen, ainsi que les journalistes

Le secret couvre tout ce qui relève de l’exercice de l’activité ou de la qualité professionnelle. Un caractère secret est donc attaché aux informations confiées par l’intéressé à un magistrat ou à un avocat, mais également tout ce que la personne tenue au secret aurait été susceptible de constater ou découvrir à l’occasion de sa mission.

S’agissant de l’avocat, il doit évidemment respecter le secret de l’instruction en matière pénale en s’abstenant par exemple de communiquer, sauf à son client pour les besoins de la défense, des éléments extraits du dossier ou de publier des documents, pièces ou lettres intéressant une information en cours. Sauf qu’en pratique, les communicants peuvent faire du « off ». Le off c’est quoi ? C’est transmettre de l’information au journaliste. Le journaliste ne publiera pas ces informations mais elles lui serviront à contextualiser. En transmettant les informations utiles qui servent notre client au journaliste, nous nous assurons que son message soit entendu face à ceux de ses concurrents.

Il existe d’ailleurs des faits justificatifs qui permettent la communication durant une procédure pénale. Notamment, selon l’article 11 3ème alinéa du code de procédure pénale, afin d’éviter la propagation d’informations parcellaires ou inexactes ou pour mettre fin à un trouble à l’ordre public, le procureur de la République peut, d’office et à la demande de la juridiction d’instruction ou des parties, rendre publics des éléments objectifs tirés de la procédure ne comportant aucune appréciation sur le bien-fondé des charges retenues contre les personnes mises en cause.

Il y a toujours un moment où nos clients ont besoin de prendre la parole afin de répondre aux sollicitations légitimes des journalistes qui ne sont que l’écho des attentes de l’opinion publique. Il faut l’avouer, certains dossiers judiciaires véhiculent une très grande émotion qu’on ne peut satisfaire par une réponse sèche que donne la justice.

Régulièrement, nous constatons d’ailleurs que c’est en raison de la pression médiatique que nous permettons aux avocats avec lesquels nous collaborons, d’exercer, que des enquêtes sont ouvertes rapidement. La justice est sensible aux médias. C’est un fait.

Souvent, la difficulté c’est que notre client est Présumé coupable. Pour l’opinion publique, être inculpé par la justice  signifie trop souvent être «présumé coupable» malgré le principe de présomption d’innocence qui devrait prévaloir.

L’affaire Société générale est intéressante parce que, pour la première fois, des conseillers en communication se sont affichés publiquement auprès du trader et du groupe bancaire, la Société Générale. Ils se sont d’ailleurs sans doute trop affichés, au détriment des intérêts de leur client.

Nos équipes de communicants de crise coachent quotidiennement des mis en examen. Nous faisons l’interface entre les médias et le client, défendu par son avocat. Dans les dossiers internationaux sensibles, les sollicitations médiatiques sont incessantes et viennent du monde entier. Au plus fort des affaires, ce sont une vingtaine d’appels chaque minute. L’avocat doit se concentrer sur son métier: la défense juridique des intérêts de son client. Nos consultants sont les avocats du client et construisent, eux, la défense médiatique de ses intérêts.

Selon les dossiers, il nous arrive de recommander que les avocats gardent le monopole de la parole publique car  nous considérons en général que les avocats disposent d’une légitimité naturelle pour s’exprimer, puisqu’ils connaissent les faits et appréhendent l’interprétation juridique qui peut en être faite

Au-delà d’une nouvelle forme de communication, c’est le procès en tant que tel qui ne se vit plus de la même manière. Parce que l’image et la réputation d’une femme ou d’un homme se doivent d’être préservées quelle que soit l’issue du procès, il faut désormais des professionnels aguerris aux médias et capables de se servir des nouvelles technologies comme d’une arme.

Quand éclate un scandale, vos concurrents mobiliseront sans états d’âmes leurs bataillons d’avocats et de communicants de crise sur le pied de guerre pour vous discréditer. Les premières heures sont cruciales pour déterminer comme au théâtre le rôle de chacun. Le petit agneau peut devenir un grand méchant loup et vice et versa.

Nos équipes de spécialistes de la communication judiciaire, épluchent en temps réels l’ensemble des blogs et réseaux sociaux pour prendre le pouls de l’opinion publique, veillent au grain à la défense des intérêts de nos clients.

Nous prenons en charge la communication d’hommes d’affaires mis en cause par la justice. Nos clients sont des personnes morales (des entreprises ou des organisations publiques) mais aussi des personnes physiques, empêtrées dans des affaires qui intéressent la justice.

Nos clients sont souvent mal armés au départ pour la communication sous contrainte judiciaire dont nous avons fait notre spécialité. Car, avant le procès judiciaire, il y a le procès médiatique.

Ce drôle de procès médiatique sans procédures écrites et où on trouve louche de se faire représenter, le communicant remplace ici l’avocat auprès des journalistes. Nous assumons ce rôle.

Contrairement au fantasme qui alimentent tant de rumeur, notre rôle n’est pas d’enfumer les journalistes. Nous anticipons les réactions des journalistes pour mieux faire passer les messages de nos clients, non pas pour les manipuler mais pour préparer notre client.

Si l’on se penche sur les pratiques outre-Atlantique, la France est encore à l’âge de pierre de la communication sous contrainte judiciaire. Et c’est peu dire : Les premiers communicants aux États-Unis apparurent avec les grands procès de la pègre… Al Capone avait ses conseillers.

Depuis cette période, la quasi-totalité des avocats américains, à commencer par le célèbre Kenneth Thompson, avocat de Nafissatou Diallo, a su s’entourer des meilleurs stratèges en gestion de crises et communicants de crise ! Le contact que celui-ci avait d’ailleurs avec l’équipe chargée de la communication lors du procès de Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis était à la fois naturel et efficace.

Pour les avocats américains (et cela commence à être le cas des avocats français, surtout des ténors du barreau en droit pénal), c’est tout à fait normal, c’est un métier à part entière : la communication est une spécialité, indépendante de la stratégie juridique.

Par exemple, si le silence est pour certains un aveu, il peut être une stratégie de communication mise en place pour protéger un client notamment lorsqu’il faut gagner une bataille médiatique par le silence comme une réaction inversement proportionnelle à l’attention qui lui était portée.

Face à la violence des propos tenus par les parties adverses et au harcèlement de certains médias, le silence peut être une arme opportune. Mais ne pas être cité dans un article de presse, ne pas être filmé pour une émission ou un journal et ne pas être enregistré par une radio ne signifie pas être silencieux avec les journalistes. La seule prise de parole officielle peut être celle des avocats de nos clients, mais il avait décidé que lui-même s’exprimerait régulièrement, en off, avec la presse.

Parfois, d’autres dossiers judiciaires justifient de rendre coup pour coup et de mettre en place une saturation médiatique en évitant toujours l’overdose médiatique qui serait nécessairement contreproductive.

Jérôme Kerviel a par exemple fait l’erreur de ne pas réserver sa parole aux juges. La publication de son livre et de la surmédiatisation qui l’a accompagnée, a pu agacer dans la mesure où, par la sortie d’un tel livre, il peut être considéré même que l’auteur tente d’attirer l’opinion publique afin d’influer sur le tribunal : c’est un billard à deux bandes. Si le prévenu ne dit rien ensuite face à ses juges, c’est doublement une erreur… voilà les erreurs que nos clients ne commettent pas en faisant appel à nos services.