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De l'influence des "Guignols de l'info" en communication politique


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Au journal de France 2, Jacques Chirac critiquait « la technique consistant à dire : ne vous inquiétez pas, dormez, je veille« . C’était une référence implicite à la marionnette Balladur, qui, dans « Les Guignols de l’info« , joue au fakir.

L’influence de l’émission Les Guignols de l’info sur la communication politique

L’émission-phare « Les Guignols de l’info » de Canal Plus domine-t-elle la campagne électorale au point de dicter les phrases, les stratégies ou les candidatures des hommes politiques ? 

Les hommes politiques réagissent souvent aux « Guignols de l’info« . Quand Jacques Chirac publia son agenda bien rempli dans le Parisien, ce fut effectivement pour prouver qu’il travaille, contrairement à ce que disent les marionnettes de Canal Plus. Parfois, on a donc pu avoir l’impression que les politiques copiaient leur marionnette : Jacques Chirac ressembla à son guignol de 1993, quand il était peint en serial loser et qu’il se lançait dans le social pour doubler Balladur sur sa gauche. En réalité, « Les Guignols de l’info » anticipent. Ce ne sont ni eux, ni les sondages qui ont fait Balladur. Le champ politique reste toujours surdéterminant. 

« Les Guignols de l’info » font-ils l’élection ? 

Il est hautement improbable que cette émission ait un effet sur les votes et sur les opinions. Les « quatre vieilles » comme on appelle en sociologie électorale les variables lourdes qui déterminent le vote : l’âge, la religion, le catégorie socioprofessionnelle et le sexe restent d’actualité, même si le sexe n’est plus du tout un facteur de distinction.

La télévision ne fait pas l’élection, et l’idée que « Les Guignols de l’info » pourraient avoir un effet sur la communication politique et sur la présentation de soi est fausse. Tout juste contribuent-ils à redéfinir l’image de l’homme politique qui, du coup, se sent parfois obligé de corriger le tir. 

« Les Guignols de l’info » n’ont donc pas d’influence ? 

Si. « Les Guignols de l’info« , par exemple, ont élargi l’espace du dicible politique et du politically correct. De « Putain, deux ans » à « Couille molle » l’insulte que Jacques Chirac adresse à Edouard Balladur la panoplie s’élargit.

Dès le départ, « Les Guignols de l’info« , qui sont de purs produits CanalPlus, ont revendiqué la filiation avec Coluche et sa campagne « Bleu blanc merde » de 1981. Coluche est arrivé à CanalPlus grâce à « Coluche info », pour se venger de la censure dont il avait été victime pendant sa campagne présidentielle. Quand Coluche est mort, en juin 1986, Alain De Greef, le directeur des programmes, a eu l’idée des marionnettes. 

« Les Guignols de l’Info » parodient aussi le sacro-saint « JT ». PPD, qui représente la gent journalistique, reste pourtant sympathique. Il contemple avec lucidité, la tête entre ses mains, la bêtise des candidats… 

« Les Guignols de l’info » sont nés avec l’idée de tourner en dérision le traitement télévisé de l’information. Leur succès doit beaucoup aux circonstances : la guerre du Golfe, Timisoara, l’affaire Botton-Patrick Poivre d’Arvor. PPD a deux facettes : comme représentant de TF1, il est ridiculisé. Mais quand il adopte le style Europe 1, qu’il pose de bonnes questions, il représente le journaliste intelligent. 

C’est l’une des limites de la critique des « Guignols de l’info« , et peut-être la raison pour laquelle les journalistes, en particulier politiques, les aiment tant. 

« Les Guignols de l’info » participent de ce que l’anthropologue Georges Balandier appelle un rituel d’inversion. Ce n’est pas le pouvoir politique (ou journalistique) qui est démonté, mais l’exercice du pouvoir. Derrière, l’appareil démocratique en sort grandi. 

Comme les hommes politiques, les journalistes, les sondeurs, comme les petits producteurs indépendants que sont l’abbé Pierre ou BHL, « Les Guignols de l’info » sont devenus des coproducteurs de la campagne. Ils appartiennent désormais au cercle politique que décrit Patrick Champagne. 

Tout le prouve : la petite salle fermée où ils travaillent, cette ambition de voir sans être vu, cette manière de ne jamais se frotter au réel… Les trois scénaristes des « Guignols de l’info » travaillent avec Libération, le Parisien, et les journaux télévisés de treize heures. 

Ils participent de la même surenchère ? 

« Les Guignols de l’info » sont des feuilletonistes : ils mettent l’accent sur le jeu politique au détriment des enjeux. Ils font penser au Dimanche à Bouvines, de Georges Duby. En 1214, raconte un historien, on parlait de la politique en racontant des histoires d’amitiés trahies ou d’adultère. On retrouve tous ces ingrédients dans « Les Guignols de l’info« . Il y a les amis de trente ans qui se découvrent, les querelles d’héritage (qui est l’héritier de Pompidou, du général de Gaulle ?). La bande-annonce façon Coeurs brûlés témoigne bien de ce regard : « Il y a de tout, de l’amitié, des trahisons, des drames, de la passion…« . 

Pourquoi « Les Guignols de l’info » ont-ils supplanté « Le Bébête show » ? Y a-t-il un effet de génération ? 

C’est un effet de système. A mesure que la qualité sociale des « Guignols de l’info » a augmenté, que les marionnettes ont reçu et gardent encore ce brevet d’honorabilité qui autorise à en parler dans les dîners en ville, « Le Bébête Show » a chuté. C’est vrai aussi que « Les Guignols de l’info » s’adressaient davantage aux jeunes. L’émission était souvent presque illisible pour les plus de trente ans : Delors porte en sous-titre « Should I go », en référence à la chanson des Clash; le surnom d’ « Édouard », « Magic Ed », fait allusion au basketteur Magic Johnson. 

Les trois jeunes scénaristes, Bruno Gaccio, Benoît Delépine et Jean-François Halin, ont été socialisés à la lecture de Charlie hebdo et de Pilote, ce qui n’est pas le cas de Jean Amadou. Ils n’ont pas de message à faire passer. « Les Guignols de l’info » sont les porte-parole d’une génération « qui continue à être parlée plus qu’elle ne parle« , comme dit Pierre Bourdieu. En ce sens, ils remplissent une fonction tribunicienne.