communication interne de crise

Communication interne : un métier en perte de vitesse ?

Une enquête européenne sur la communication interne évoque la « faillite » de la fonction. Elle met en avant le manque de reconnaissance et de moyens du métier. La crise a au contraire renforcé le professionnalisme attendu de la fonction de communicant interne dans les entreprises.

Voilà une enquête qui risque de provoquer quelques cauchemars chez les directeurs de communication interne des entreprises.

Réalisée au niveau européen (sept pays) auprès des principales firmes, elle conclut, ni plus ni moins, à « la grande faillite » de la fonction. Pour étayer leur constat, les auteurs de l’étude avancent des résultats révélateurs. De la part même des dirigeants d’entreprises : 80 % d’entre eux se posent la question de la valeur ajoutée de la communication interne !

Quelle est la plus value de la communication interne dans une entreprise ?

Renvoyant la balle à leurs patrons quand il s’agit de reconnaissance, les responsables concernés estiment, à 73 %, que leur fonction n’est « pas encore crédible et reconnue dans l’entreprise ». Pourtant, ils imputent les difficultés à d’autres niveaux de hiérarchie : 59 % des personnes interrogées expliquent que l’encadrement moyen bloque l’information et 58 % trouvent que « l’encadrement ne joue pas son rôle de démultiplicateur ».

A la reconquête d’une légitimité de la communication interne

C’est avant tout l’impact de la crise qui transparaît au long de l’enquête ; parce que les budgets ont stagné (58 %), voire régressé, mais surtout parce que la succession de plans sociaux a largement entamé le capital crédibilité de l’entreprise. Tout le défi aujourd’hui de la « com » interne s’inscrit dans la reconquête d’une légitimité pour l’entreprise : 80 % des personnes interrogées estiment qu’il est difficile de convaincre les salariés et, dans 73 % des cas, il devient très ardu de les intéresser au projet interne ; ils sont même 38 % à penser que les salariés n’adhèrent pas aux messages de la direction générale.

Des sujets « tabous » évincés

Le cas de la France se révèle, à cet égard, caractéristique : « Le principal facteur de motivation du personnel français réside dans la peur du chômage » !

Dans ce contexte, l’entreprise choisit pourtant de ne communiquer que sur l’intérieur (actions commerciales, résultats de l’entreprise, stratégie), évacuant trois sujets qualifiés de « tabous », les rémunérations, l’attente des clients et la concurrence, pour lesquels plus de 40 % des entreprises ne souhaitent pas informer en transparence leurs salariés.

Je reconnais à l’enquête le caractère positif d’une étude européenne qui constitue une première dans ce domaine. Néanmoins, je ne suis absolument pas d’accord avec le constat de “faillite”, qui me paraît d’ailleurs infirmé par les chiffres produits. Ils évoquent une stabilité voire une progression des budgets plutôt qu’une diminution. D’ailleurs, on ne peut évaluer une politique de communication à l’argent qui est investi. L’embonpoint n’est pas forcément un signe de bonne santé et l’on peut faire des choses très efficaces avec des petits budgets. Lorsque les moyens n’augmentent pas, c’est là qu’il faut faire preuve de plus d’intelligence.

Le métier n’a jamais été aussi inventif et intelligent qu’aujourd’hui, assure-t-il. A la différence du passé, « il colle davantage à la réalité de l’entreprise et au vécu des salariés. Les paillettes et les gesticulations, c’est fini ». Dans ce sens, il voit un caractère « salutaire » à la crise qui rend au responsable de communication interne tout son rôle : celui d’« essayer de contribuer à l’implication volontaire des gens qui travaillent dans l’entreprise ».

La mission est ardue : « la fonction est à un carrefour de contradictions prises entre la logique de la direction et les logiques des salariés ». C’est toute une pratique des « équilibres instables » qui implique de la fonction qu’elle est « toujours en manque : c’est par nature une fonction qui se cherche. Il n’y a pas de recette, car le métier évolue en permanence ».

Seule une certaine « éthique » permet alors de faire face à « des choix permanents à opérer dans des situations relativement inconfortables ».


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