Redorer l'image de la France à l'étranger

émeutes urbaines

Redorer l’image de la France à l’international

Après plus de deux semaines de violences urbaines qui ont eu un énorme écho à l’étranger, le gouvernement cherche à redorer l’image de la France dans les médias internationaux, mais nombre de correspondants sont vigilants ou critiques vis-à-vis de cette démarche. 

Point d’orgue de ces efforts, le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, devait rencontrer la presse étrangère lundi en fin d’après-midi pour “faire le point de la situation dans les banlieues françaises”.

Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, avait reçu dès jeudi une quarantaine de journalistes étrangers basés à Paris, pour un petit-déjeuner “hors micros”, destiné à expliquer la politique gouvernementale de manière informelle.

M. Douste-Blazy a indiqué lundi que les ambassadeurs de France étaient eux aussi appelés à s’exprimer le plus fréquemment possible dans les médias étrangers pour tenter de redresser l’image écornée de leur pays.

Tout en jurant ne pas vouloir s’en prendre à la liberté d’expression, les autorités s’émeuvent des commentaires comparant la situation en banlieue parisienne avec celle prévalant à Bagdad, et grincent des dents devant des titres-choc du genre “Paris brûle-t-il ?”, en particulier dans la presse anglo-saxonne.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, avait estimé le 4 novembre, alors que les violences prenaient de l’ampleur, qu’il s’agissait “d’incidents très sérieux”, mais que la France était “très loin de la situation aussi grave que pourraient le laisser penser certains commentaires et reportages qu’on peut lire ou voir à l’étranger”.

M. Douste-Blazy s’est toutefois abstenu lundi de stigmatiser la presse internationale ou certains titres en particulier. Les éditoriaux étrangers consacrés à ces émeutes “ont tous dit: ça peut aussi arriver chez nous”, a-t-il relevé sur la radio française Europe 1.

Les correspondants étrangers à Paris sont partagés sur le principe d’une communication gouvernementale, sur des sujets intérieurs, dirigée spécialement vers la presse internationale.

“C’est une procédure qui sera suivie avec attention par la presse”, affirme John Vinocur, éditorialiste pour le International Herald Tribune, pour qui toute tentation de faire la “leçon” aux journalistes ne “serait pas une bonne formule” pour améliorer l’image de la France.

Michaela Wiegel, du quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, trouve pour sa part “bizarre qu’on essaie de singulariser la presse étrangère, comme si elle n’avait pas le même accès au terrain que la presse française”.

“Nous avons d’autres bases de comparaison, mais l’accès à l’information est le même, et il n’est pas nécessaire de donner des explications spéciales pour la presse étrangère”, affirme-t-elle.

Louis Keumayou, du journal camerounais Le Messager, estime que “la communication de crise est importante”, mais que la presse étrangère n’a “pas de leçons de déontologie à recevoir”.

“La presse française et la presse internationale se sont comportées de la même manière”, et montrer du doigt cette dernière serait “tout à fait déplacé”, assure-t-il.

Pour le franco-libanais Georges Sassine, correspondant de plusieurs titres arabes depuis près de 30 ans, “le gouvernement a tardé à évaluer le cataclysme qui s’est produit dans les médias étrangers”. Selon lui, “ce dysfonctionnement de l’appareil de communication gouvernementale, à l’intérieur comme vers l’extérieur, a provoqué des dégâts extraordinaires”.