- Une crise, ça ne se gère pas à l’instinct
- L’erreur du silence : ne rien dire, c’est déjà dire quelque chose
- L’erreur de la précipitation : parler trop vite, sans maîtriser les faits
- L’erreur de la minimisation : vouloir rassurer à tout prix
- L’erreur du bouc émissaire : chercher un coupable avant de comprendre
- L’erreur de la désorganisation interne : la cacophonie du message
- L’erreur de la posture défensive : expliquer au lieu d’écouter
- L’erreur du déni émotionnel : oublier que la crise est humaine
- L’erreur du manque de coordination entre communication et juridique
- L’erreur de l’improvisation : croire qu’on saura gérer quand ça arrivera
- L’erreur de la sortie trop rapide : vouloir tourner la page trop tôt
- L’erreur du déni d’apprentissage : ne rien tirer de la crise
- La seule erreur impardonnable : ne pas se préparer

Une crise, ça ne se gère pas à l’instinct
Aucune organisation, aucune institution, aucune marque n’est à l’abri d’une crise.
Une vidéo virale, une erreur humaine, un accident, une fuite d’information, un propos mal interprété… et tout peut s’enflammer en quelques heures.
Dans ces moments, la communication devient une arme à double tranchant : elle peut sauver ou aggraver.
Et trop souvent, les mêmes erreurs se répètent.
Cet article revient sur les fautes les plus fréquentes en communication de crise — celles que l’on retrouve dans 80 % des situations d’urgence — et propose des leviers simples pour les éviter.
L’erreur du silence : ne rien dire, c’est déjà dire quelque chose
Le réflexe du mutisme
Lorsqu’une crise éclate, la première réaction de nombreuses entreprises est de se taire.
Par peur de se tromper, de “jeter de l’huile sur le feu” ou de ne pas maîtriser toutes les informations, la direction choisit le silence.
Mais en communication de crise, le silence n’est jamais neutre : il est interprété comme une fuite, un aveu ou un mépris.
Et plus le silence dure, plus il laisse la place à la rumeur, à la colère, ou aux explications des autres.
Comment l’éviter
- Préparez des messages de premier niveau : une réaction d’attente ne signifie pas l’inaction (“Nous avons été alertés de la situation et faisons tout pour en comprendre les causes.”).
- Anticipez les scénarios : une cellule de crise préparée peut produire une première réponse en quelques minutes.
- Parlez avant que les autres ne parlent à votre place.
Dans une crise, la parole maîtrisée vaut mieux que le silence subi.
L’erreur de la précipitation : parler trop vite, sans maîtriser les faits
Le piège de la réaction émotionnelle
L’inverse du silence, c’est la précipitation.
Dans la panique, certaines organisations publient un communiqué mal vérifié, contredisent leurs propres services ou diffusent une information inexacte.
Résultat : elles perdent immédiatement en crédibilité.
Dans une crise, une erreur factuelle détruit plus que mille démentis ne répareront.
Comment l’éviter
- Établissez une validation express : un protocole clair avec qui valide quoi, même à 23h un samedi.
- Vérifiez les faits essentiels avant toute prise de parole.
- Formulez prudemment : utilisez le conditionnel tant que les vérifications ne sont pas achevées.
En crise, parler vite n’est pas parler bien : il faut parler juste, au bon moment.
L’erreur de la minimisation : vouloir rassurer à tout prix
“Ce n’est pas si grave” — les mots qui aggravent
Beaucoup d’organisations pensent qu’en minimisant un incident, elles éviteront la panique.
Mais la dissonance entre leur discours rassurant et la perception du public crée l’effet inverse : la défiance.
Dire “il n’y a pas de danger” quand tout le monde voit le contraire, c’est perdre la confiance du public.
Dans la crise, le déni détruit la crédibilité.
Comment l’éviter
- Reconnaissez les faits avant de chercher à les relativiser.
- Montrez de l’empathie avant de montrer votre maîtrise.
- Soyez humain avant d’être technique.
Il vaut mieux paraître inquiet que déconnecté.
L’erreur du bouc émissaire : chercher un coupable avant de comprendre
Le réflexe défensif
Sous la pression, certains dirigeants ou communicants cherchent immédiatement à désigner une faute externe : un prestataire, un salarié, les médias, “les réseaux sociaux”.
Mais ce réflexe de défense est souvent perçu comme de la lâcheté.
Une crise appelle de la responsabilité collective, pas de la désignation hâtive.
Comment l’éviter
- Prenez le temps de comprendre avant d’attribuer.
- Assumez la responsabilité de l’organisation : même si l’erreur vient d’ailleurs, c’est votre image qui est en jeu.
- Réservez la recherche des causes au temps du diagnostic, pas à celui de la réaction.
En crise, la responsabilité assumée protège.
La culpabilité transférée condamne.
L’erreur de la désorganisation interne : la cacophonie du message
Le risque de parler à plusieurs voix
Dans les premières heures, il n’est pas rare que les dirigeants, les avocats, les RH ou les communicants s’expriment chacun de leur côté.
Résultat : des messages contradictoires, des chiffres qui varient, des émotions incohérentes.
La communication de crise repose sur une seule règle : une seule voix, plusieurs compétences.
Comment l’éviter
- Constituez une cellule de crise unique.
- Désignez un porte-parole identifié.
- Centralisez toutes les validations de communication.
La cohérence vaut plus que la rapidité.
L’erreur de la posture défensive : expliquer au lieu d’écouter
Le réflexe du “on va vous dire la vérité”
Les organisations, convaincues de leur bonne foi, passent parfois en mode démonstration.
Elles veulent expliquer, convaincre, corriger…
Mais dans la crise, le public n’écoute pas pour comprendre : il écoute pour être entendu.
Tant que la colère, la peur ou la tristesse dominent, les arguments rationnels n’ont aucun effet.
Comment l’éviter
- Écoutez avant de parler.
- Reconnaissez les émotions.
- Montrez que vous comprenez la perception avant de chercher à la corriger.
La crédibilité ne se gagne pas par la preuve, mais par l’écoute.
L’erreur du déni émotionnel : oublier que la crise est humaine
Quand la technique prend le pas sur l’humain
Les entreprises pensent souvent qu’un bon communiqué ou une bonne conférence de presse suffisent à éteindre la crise.
Elles oublient que derrière chaque polémique, il y a des êtres humains blessés, inquiets, choqués.
Une communication froide, technique, rationnelle peut donner l’image d’une organisation insensible.
Comment l’éviter
- Exprimez d’abord de l’empathie.
- Rendez la parole humaine : utilisez la première personne, des mots simples, un ton sincère.
- Admettez la gravité avant d’énoncer les solutions.
En crise, l’émotion est un fait. Il ne faut pas la combattre, il faut la reconnaître.
L’erreur du manque de coordination entre communication et juridique
Le mur invisible entre les fonctions support
Dans une crise judiciaire ou réglementaire, le service juridique veut éviter toute prise de parole risquée.
Le service communication, lui, veut rassurer l’opinion.
Résultat : blocage.
Pourtant, le silence juridique est souvent interprété comme un aveu public.
Comment l’éviter
- Faites travailler les communicants et les juristes ensemble dès la première heure.
- Définissez les zones de parole possible sans risque légal.
- Cherchez la “vérité stratégique” : dire tout ce qu’on peut, sans compromettre la défense.
Le droit protège l’entreprise.
La parole protège la confiance.
La communication de crise doit concilier les deux.
L’erreur de l’improvisation : croire qu’on saura gérer quand ça arrivera
“On verra le moment venu”
Beaucoup d’organisations reportent la préparation de leur plan de crise, persuadées qu’elles sauront improviser.
Mais la crise n’est pas un exercice : c’est un choc.
Et dans le choc, l’improvisation coûte toujours plus cher que la préparation.
Comment l’éviter
- Rédigez un plan de gestion de crise clair et à jour.
- Organisez des exercices de simulation de crise.
- Formez les porte-parole à la prise de parole sous stress médiatique, sous pression et sous contrainte judiciaire.
En crise, la préparation n’empêche pas le choc, mais elle empêche la panique.
L’erreur de la sortie trop rapide : vouloir tourner la page trop tôt
“C’est derrière nous”
Dès que le pic médiatique retombe, beaucoup d’entreprises pensent que la crise est finie.
Elles reprennent leur communication habituelle, alors même que la confiance n’est pas restaurée.
Mais une crise ne se termine pas quand les médias se taisent :
elle se termine quand le public pardonne ou comprend.
Comment l’éviter
- Prolongez la communication post-crise.
- Montrez les mesures correctives concrètes.
- Continuez à parler avec transparence dans la durée.
La gestion de crise ne s’arrête pas au silence.
Elle s’accomplit dans la reconstruction.
L’erreur du déni d’apprentissage : ne rien tirer de la crise
“Plus jamais ça”… mais rien ne change
La dernière erreur, et peut-être la plus fréquente, c’est d’oublier d’apprendre.
Une fois la tempête passée, les équipes veulent tourner la page, effacer les traces, oublier.
Mais chaque crise contient une leçon, souvent précieuse.
Ne pas la formaliser, c’est condamner l’organisation à la revivre.
Comment l’éviter
- Organisez un debriefing structuré après chaque crise.
- Identifiez les failles organisationnelles et les points forts.
- Transformez la douleur en méthode.
Une crise bien gérée n’est pas une catastrophe évitée : c’est une compétence acquise.
La seule erreur impardonnable : ne pas se préparer
Toutes les erreurs évoquées ici ont un point commun : elles proviennent du manque d’anticipation.
Aucune entreprise n’est jugée pour avoir vécu une crise — mais toutes sont jugées sur la manière dont elles l’ont affrontée.
La communication de crise n’est pas un art de l’improvisation, mais une discipline de la préparation, de la lucidité et du sang-froid.
S’y former, s’y préparer, s’y entraîner, c’est la meilleure façon d’éviter ces erreurs — et de transformer chaque crise en occasion de progrès.
La vraie différence entre les organisations fragiles et les organisations résilientes,
ce n’est pas l’absence de crise.
C’est la qualité de leur préparation.