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Warren Kinsella, le spin doctor


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Warren Kinsella

Warren Kinsella ou comment on fait de la politique

Retour en arrière: début 2001. Au parlement, dans les officines politiques et dans les discussions, les adversaires du Premier ministre Jean Chrétien ont l’eau à la bouche. Ils ont un os à ronger. Le « Shawinigate » fait alors rage. Les alliés du chef libéral -pourtant nombreux et audibles en temps ordinaire- sont à ce moment discrets et pratiquent un absentéisme calculé. 

Quelques personnes -des loyalistes- orchestrent toutefois la défense du Premier ministre, qui est vigoureuse. En plus de ses proches collaborateurs, Jean Chrétien peut également compter sur l’audace et la ténacité d’un avocat de Toronto qui lui est fidèle, contre vents et marées. Ce personnage, Warren Kinsella, a récemment publié un excellent livre, qu’il a consacré au fonctionnement des campagnes politiques et à la communication politique.

En plus d’être avocat, lobbyiste, père de famille (il a quatre enfants) et stratège politique, cet individu -qui est natif de Montréal et qui a de la famille dans notre région- trouve le temps de tenir une chronique dans le Ottawa Citizenet d’écrire. Petite anecdote en passant, Warren avoue fréquemment qu’il effectue une composition quotidienne de 1000 mots, question de garder sa plume en bonne forme! 

Dans le milieu politique, Warren Kinsella est ce que l’on pourrait désigner un spin doctor. Avec brio, il sait comment attirer l’attention des journalistes et du public sur certains aspects qui sont dictés par la stratégie politique. Lorsque Stockwell Day a affirmé croire que les hommes avaient cohabités avec les dinosaures il y a de cela des milliers d’années, c’est Warren Kinsella qui, un dinosaure en peluche à la main (un Barney, pour ceux que ça intéresse), est apparu sur les ondes d’une chaîne de télévision nationale, tôt le lendemain matin. Ne dit-on pas qu’une image vaut mille mots? Warren Kinsella l’a très bien compris. 

Kicking Ass in Canadian Politics est -en quelque sorte- une visite guidée dans les couloirs des campagnes politiques. La contribution de Warren Kinsella est donc fort intéressante et bienvenue, puisque peu d’ouvrages canadiens -et même québécois- sont consacrés à ce sujet. 

Sans vouloir entrer dans le détail du contenu de son livre, je me permets cependant de mentionner qu’il passe en revue et commente les différents ingrédients qui composent une campagne électorale, soit les sondages, la publicité, l’importance croissante de l’internet en politique mais surtout -et c’est là qu’il faut porter attention- à propos de la recherche à effectuer dans une campagne. 

Trop souvent, les campagnes politiques démarrent sur le tard. On pense que c’est une question de quelques semaines, sans plus. Erreur. Dès le début d’une campagne, il faut être en mesure de connaître les forces et les faiblesses tant de notre adversaire que du candidat derrière lequel on mène le combat. Il n’y a rien de plus embêtant que de se faire remettre sous le nez par un adversaire une vieille citation oubliée… Parfois, les déclarations passées d’un candidat ou d’une candidate constituent de véritables trésors. Vous voulez un exemple? Stockwell Day. Dès son élection comme chef de l’Alliance canadienne, les libéraux ont relevé ses déclarations et commentaires passés. Il y avait là beaucoup de matière à faire couler de l’encre. Personne ne sera étonné d’apprendre que c’est Warren Kinsella qui a fait la compilation de toutes ces intéressantes citations. 

Je sais, je sais, on me dira que cette notion existe depuis très longtemps. Aux États-Unis, les campagnes politiques sont alimentées de cette façon depuis environ 200 ans. Sauf que, très -trop?- souvent, on a tendance à sous-estimer l’importance de cet aspect. Meilleure est notre connaissance d’un adversaire, meilleures sont nos chances de marquer des points contre lui. C’est banal, mais combien primordial. 

Toujours au sujet de ce qui se passe en politique américaine, Warren Kinsella a cru bon rencontrer et interroger des stratèges politiques qui oeuvrent chez nos voisins du sud. Kinsella nous permet aussi de faire connaissance ave James Carville -un ancien stratège de Bill Clinton- et Haley Barbour, qui occupe des fonctions similaires auprès de George W. Bush. Les propos de ces deux personnages sont à propos et très instructifs. Que l’on soit d’accord ou non avec les méthodes qu’ils emploient, les stratèges politiques américains sont passés maîtres, depuis longtemps, dans l’art de faire des campagnes politiques. Il est donc intéressant que Warren Kinsella apporte les commentaires de ces deux individus. 

Un autre mérite du livre -et des actions- de Warren Kinsella est de poser certaines balises, à savoir à quelles fins on utilise l’opposition research. Ainsi, on doit uniquement utiliser ce qui se retrouve dans la vie « publique » d’un adversaire. Avoir fumé un joint ou être animé par la fièvre du samedi soir ne figure aucunement dans cette catégorie. 

Je dois cependant être objectif et adresser une certaine critique, à la suite de la lecture de ce livre. Il est beaucoup trop court. Warren Kinsella aurait pu écrire 200 pages supplémentaires et elles auraient été les bienvenues. On dit souvent que Those who can, do. Those who can’t, teach. (Ceux qui peuvent, agissent. Ceux qui ne peuvent pas, enseignent.). Warren Kinsella est l’un des rares individus à pouvoir s’enorgueillir de faire les deux, avec grand talent. 

Kicking Ass in Canadian Politics est donc une lecture incontournable pour tous ceux et celles qui s’intéressent à la politique et qui souhaitent mieux comprendre le fonctionnement des campagnes électorales.