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La communication politique "maladie infantile de la démocratie" ?


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communication politique

Qui l’eût cru ? Il y a deux ans, le premier forum organisé à Grenoble à l’initiative de l’association « Interpeller la presse » réunissait quelques centaines de personnes, ne drainait pas de stars des médias et n’avait que peu d’écho sur le plan national. En 1988, ce forum, devenu rituel, a attiré plus de quatre mille personnes – étudiants, universitaires, journalistes et communicants de tout poil – qui se sont pressées, les 25 et 26 novembre, dans les salles de conférence du Cargo, la maison de la culture de Grenoble. 

Le thème central de ce troisième forum national, auquel participait l’Institut d’études politiques de Grenoble, était, il est vrai, judicieusement choisi : « La communication politique« , laquelle ne pouvait être qu’à l’ordre du jour au terme d’une année riche en élections – présidentielle, législatives et cantonales – et couronnée par un référendum. 

« Les effets des sondages politiques », « La communication politique locale et les médias locaux et régionaux », « Les affiches publicitaires et électorales », « La presse écrite, acteur politique ? », « Les Français face à la communication politique », « La communication politique risque-t-elle de devenir comédie politique ? » : autant de thèmes de discussion qui ont enfiévré les six séminaires du forum. Car le public, en dépit de l’attention et du sérieux qu’il témoignait, n’a guère ménagé ses critiques à la communication politique. 

D’entrée de jeu, d’ailleurs, lors de la séance inaugurale, Dominique Wolton, directeur de recherches au CNRS, indiquait à quel point « la communication politique a mauvaise presse auprès du public ». « Elle condense tout ce que les gens détestent, notait-il. La communication est dévorée par le commerce; la politique devient elle-même mercantile et le tout aboutit à ce « marketing politique » qui dénature la politique en la consacrant comme politique-spectacle. » 

Sondages et affiches politiques, storytelling, « petites phrases » de dirigeants politiques passés à la moulinette du petit écran, double jeu des journalistes souvent ressentis comme simples chambres d’écho des personnalités politiques, à moins qu’ils ne jouent eux aussi les vedettes, ces ingrédients de la communication politique moderne ne satisfont guère le public. 

Celui-ci l’a clairement exprimé lors d’une séance plénière consacrée au thème « Campagnes présidentielles et communication politique ». Une assemblée présidée par André Fontaine, directeur du Monde, à laquelle participaient Michel Brûlé (BVA), Paul Amar, rédacteur en chef d’Antenne 2, Jean-Marie Colombani, chef du service politique du Monde, Jean-Pierre Mounier, maitre de conférences en sciences politiques à Paris-I, ainsi que deux conseillers en communication, Bernard Brun, adjoint du directeur de campagne de Raymond Barre, et Michel Duchêne, qui mit au point la campagne du candidat écologiste Antoine Waechter. 

Deux absents à ce débat : les conseillers du président de la République et de Jacques Chirac qui, au dernier moment, dédaignèrent de participer à cette table ronde après avoir pourtant fourni la promesse de leur présence. Une désinvolture conspuée et sifflée par les mille trois cents personnes présentes et vigoureusement stigmatisée par les participants à la table ronde. 

On y parla de la genèse de la communication politique et le premier candidat, le président américain Dwight Eisenhower, qui, en 1953, en posa les jalons. On en évoqua aussi les dérives américaines (un bon candidat doit pouvoir « tenir » à l’écran en trente secondes et trois phrases) et les déviances françaises (l’abus des sondages, la gabegie d’affiches ou le manque de « parler-vrai » des candidats).

A la fois critique et désireux de voir les hommes politiques respecter une certaine éthique, le public exprimait là le décalage existant entre la classe politique, celle des journalistes et conseillers en communication, et ses attentes. « L’électeur ne peut se contenter d’un message minimal, concluait André Fontaine. Quand il est traité comme quantité négligeable, il traduit cela par l’abstention et l’éloignement des urnes. » 

La communication politique, et son arsenal d’outils qui ressemblent parfois à des gadgets, aurait-elle à ce point perdu tout sens dans une démocratie ? Le public, alerté et déçu par la politique-spectacle, mais aussi guidé par une forte exigence vis-à-vis du comportement des hommes politiques, semblait pencher fortement en ce sens. 

« Il traduit là une autre crainte, notait Dominique Wolton : la peur que l’information soit gangrenée par la communication et qu’elle perde alors de sa distance critique. » Pourtant, précisait-il, un sondage ou une émission de télévision n’ont jamais « fait » une élection. 

Espace contradictoire au sein duquel dialoguent hommes politiques, journalistes et conseillers en communication, la communication politique demeure, selon le mot de Jean-Marie Colombani, « la maladie infantile de la démocratie« . Une maladie qui, en dépit de ses errements et de ses abus, reste, pour Dominique Wolton, un acquis. 

Celui qui permet au public d’entendre, de voir et de critiquer la vie de la cité. Une vie qui, a contrario de l’époque des Lumières, n’est plus l’affaire d’une élite mais d’un peuple de citoyens et d’électeurs.