- Trois notions confondues… et pourtant radicalement différentes
- La reconnaissance : le point de départ indispensable
- La responsabilité : une notion structurante, mais encadrée
- La culpabilité : une notion juridique et morale, pas communicationnelle
- Pourquoi cette confusion alimente les crises
- Reconnaître sans s’accuser : un équilibre stratégique
- Le rôle du dirigeant dans cette clarification
- Clarifier pour apaiser
Trois notions confondues… et pourtant radicalement différentes
En situation de crise, peu de sujets créent autant de confusion que celui de la reconnaissance, de la responsabilité et de la culpabilité. Ces trois notions sont souvent utilisées de manière interchangeable dans le débat public, les médias et parfois même au sein des entreprises. Cette confusion est l’une des principales sources d’erreurs stratégiques en communication de crise.
Pour un dirigeant, ne pas distinguer clairement ces notions revient à avancer sans boussole. On craint de reconnaître, de peur d’être tenu pour responsable. On refuse de s’exprimer, de peur d’être jugé coupable. Et ce silence, paradoxalement, alimente la défiance.
Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« Beaucoup de crises s’aggravent non pas parce que l’entreprise est coupable, mais parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle peut reconnaître sans se condamner. »
La reconnaissance : le point de départ indispensable
Reconnaître n’est pas avouer
La reconnaissance est le premier niveau de réponse en communication de crise. Elle consiste à reconnaître qu’un événement a eu lieu, qu’il a un impact, et qu’il suscite une inquiétude ou un trouble légitime. Elle ne porte pas sur la faute, mais sur la réalité vécue par les parties prenantes.
Reconnaître, c’est dire : « Nous avons compris ce qui se passe », « Nous mesurons l’impact de cette situation », « Nous entendons les préoccupations exprimées ». Cette reconnaissance est avant tout relationnelle et symbolique. Elle vise à rétablir un minimum de lien et de crédibilité.
Selon Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom :
« La reconnaissance est une condition du dialogue, pas une reconnaissance de faute. »
Lorsqu’elle est absente, toute communication ultérieure est perçue comme froide, défensive ou déconnectée.
La responsabilité : une notion structurante, mais encadrée
Assumer un rôle sans s’auto-incriminer
La responsabilité intervient à un second niveau. Elle consiste à assumer un rôle, une mission ou un périmètre, indépendamment de toute culpabilité. Une entreprise peut être responsable d’une situation sans en être juridiquement coupable.
Dire que l’on est responsable, c’est dire que l’on agit, que l’on prend en charge le problème, que l’on met en œuvre des solutions. C’est un engagement dans l’action, pas une confession.
Florian Silnicki insiste sur cette nuance essentielle :
« Être responsable, ce n’est pas dire “c’est ma faute”. C’est dire “c’est à moi d’agir”. »
Dans de nombreuses crises, c’est précisément cette responsabilité attendue par les publics. Ils veulent savoir qui s’occupe du problème, qui pilote la réponse, qui garantit que la situation est traitée sérieusement.
La culpabilité : une notion juridique et morale, pas communicationnelle
Le niveau le plus élevé… et le plus risqué
La culpabilité est d’un tout autre ordre. Elle implique la reconnaissance d’une faute, d’un manquement ou d’une infraction. Elle a des conséquences juridiques, financières et parfois pénales. La culpabilité ne relève pas de la communication, mais du droit et de la justice.
C’est pourtant ce niveau que beaucoup de dirigeants craignent lorsqu’ils entendent le mot « excuses ». Ils redoutent qu’une parole mal formulée soit interprétée comme un aveu de culpabilité, engageant durablement l’entreprise.
Selon Florian Silnicki :
« La culpabilité n’est pas un outil de communication. C’est une qualification juridique. »
Confondre reconnaissance ou responsabilité avec culpabilité conduit à un mutisme excessif, qui alimente la crise au lieu de la contenir.
Pourquoi cette confusion alimente les crises
Le cercle vicieux du silence et de la défiance
Lorsqu’une entreprise refuse toute reconnaissance par peur de la culpabilité, elle crée un vide. Ce vide est immédiatement comblé par des interprétations externes. Les médias, les réseaux sociaux et l’opinion prêtent alors à l’organisation des intentions qu’elle n’a pas exprimées.
Le silence est interprété comme du mépris. La prudence comme de l’arrogance. L’absence de reconnaissance comme un refus d’assumer.
Florian Silnicki le formule clairement :
« Quand une entreprise ne reconnaît rien, on finit par lui reprocher tout. »
Reconnaître sans s’accuser : un équilibre stratégique
Une compétence clé en communication de crise
La communication de crise efficace repose sur la capacité à reconnaître sans se condamner, à assumer une responsabilité sans admettre une culpabilité, et à montrer de l’empathie sans fragiliser sa position juridique.
Cet équilibre n’est pas intuitif. Il nécessite une réflexion stratégique, une coordination étroite entre communication et juridique, et une grande précision dans les mots employés.
Selon Florian Silnicki :
« La maturité d’une communication de crise se mesure à sa capacité à distinguer clairement ces trois niveaux. »
Le rôle du dirigeant dans cette clarification
Incarner la nuance dans un environnement polarisé
Dans une crise, le dirigeant est souvent sommé de se positionner clairement, parfois de manière binaire : coupable ou innocent, fautif ou irréprochable. Or, la réalité est presque toujours plus nuancée.
Le rôle du dirigeant consiste à incarner cette nuance, à expliquer que l’on peut reconnaître un problème sans en être coupable, et assumer une responsabilité sans se condamner. Cette posture demande du courage, car elle va à l’encontre des réflexes médiatiques simplificateurs.
Florian Silnicki le rappelle :
« Le dirigeant crédible n’est pas celui qui tranche trop vite, mais celui qui tient une ligne claire dans la complexité. »
Clarifier pour apaiser
En communication de crise, la distinction entre reconnaissance, responsabilité et culpabilité est fondamentale. La reconnaissance permet d’ouvrir le dialogue. La responsabilité permet d’agir et de rassurer. La culpabilité relève d’un autre registre, qui ne doit pas être confondu avec la communication.
Les crises s’aggravent souvent lorsque ces notions sont mélangées, par peur, par maladresse ou par manque de préparation. Les organisations qui parviennent à les distinguer clairement retrouvent plus vite leur crédibilité et leur capacité à sortir de la crise.
Comme le conclut Florian Silnicki :
« En crise, on ne demande pas aux entreprises de dire qu’elles sont coupables. On leur demande d’être lucides, responsables et capables de reconnaître ce qui doit l’être afin d’être dignes de la confiance placée en elles. »