- Le narrative control, clé de voûte de la communication de crise
- Pourquoi les crises deviennent des récits avant de devenir des débats
- Narrative control et framing : une continuité stratégique
- Construire un récit crédible en situation de crise
- Narrative control et responsabilité maîtrisée
- Le rôle du narrative control dans la durée de la crise
- Narrative control et interviews médiatiques
- Narrative control à l’ère des réseaux sociaux
- Les risques d’un récit mal maîtrisé
- Maîtriser le récit pour maîtriser la crise
Le narrative control, clé de voûte de la communication de crise
En communication de crise, les faits ne circulent jamais seuls. Ils s’inscrivent toujours dans une histoire, un enchaînement logique, une lecture globale qui donne du sens aux événements. Cette histoire peut être racontée par l’organisation concernée… ou par d’autres. Le narrative control consiste précisément à reprendre la maîtrise de ce récit, afin que la crise ne soit pas uniquement définie par des interprétations extérieures, souvent simplificatrices ou accusatoires.
Lorsque le récit échappe à l’organisation, chaque nouveau fait est intégré à une histoire déjà écrite, parfois à charge. Le narrative control vise à empêcher cette confiscation du sens. Il ne s’agit pas de nier la réalité, mais de structurer la manière dont elle est racontée et comprise.
Comme le résume le spécialiste français de la communication de crise Florian Silnicki :
« En crise, on ne subit pas seulement des faits, on subit surtout le récit qui les relie. Reprendre le contrôle du récit, c’est reprendre une capacité d’action. »
Pourquoi les crises deviennent des récits avant de devenir des débats
Une crise médiatique n’est jamais perçue comme une succession de données objectives. Le public cherche instinctivement une histoire compréhensible, avec un début, un enchaînement et une conclusion attendue. Les médias eux-mêmes fonctionnent selon cette logique narrative : ils racontent, simplifient, personnifient.
Sans narrative control, la crise est souvent racontée comme un scénario classique : faute, dissimulation, révélation, sanction. Ce schéma narratif est puissant, car il est familier et émotionnellement efficace. Une organisation qui n’intervient pas sur le récit laisse ce schéma s’imposer, même si les faits sont plus complexes.
Le narrative control permet de proposer une autre histoire, fondée sur les faits mais structurée différemment, avec d’autres points de focalisation et d’autres enjeux mis en avant.
Narrative control et framing : une continuité stratégique
Le narrative control prolonge le framing. Là où le framing définit l’angle de lecture, le narrative control organise la succession des éléments dans le temps. Il donne une cohérence globale aux messages, en évitant qu’ils apparaissent comme des réponses isolées et défensives.
Une communication de crise sans récit cohérent ressemble à une juxtaposition de justifications. Une communication avec narrative control ressemble à une trajectoire lisible, même lorsque toutes les réponses ne sont pas encore disponibles.
Construire un récit crédible en situation de crise
Un récit de crise efficace repose sur une logique claire. Il explique ce qui est connu, ce qui est en cours d’analyse et ce qui viendra ensuite. Il distingue les faits établis des hypothèses, sans les mélanger. Il permet au public de comprendre où en est la situation et dans quelle direction elle évolue.
Le narrative control n’exige pas de tout dire immédiatement. Il exige de dire où l’on se situe dans l’histoire. Cette clarification réduit l’anxiété et limite les spéculations.
Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom, souligne souvent que le flou narratif est l’un des principaux accélérateurs de crise :
« Quand le récit est confus, l’imagination collective fait le reste, et rarement en votre faveur. »
Narrative control et responsabilité maîtrisée
Un récit bien construit n’exclut ni la responsabilité ni l’empathie. Au contraire, il les rend compréhensibles. En intégrant la reconnaissance d’un problème dans une narration plus large, l’organisation évite que cet aveu ne soit isolé et amplifié hors contexte.
Le narrative control permet ainsi d’exprimer une responsabilité sans s’auto-condamner narrativement. Il empêche qu’un moment précis devienne l’unique définition de l’organisation sur le long terme.
Le rôle du narrative control dans la durée de la crise
Les crises durent rarement un jour. Elles se développent par séquences successives. Sans contrôle du récit, chaque nouvelle séquence est perçue comme une révélation supplémentaire, même lorsqu’il s’agit simplement d’une étape normale du processus de gestion.
Le narrative control permet d’annoncer implicitement ces étapes, de les intégrer dans une trajectoire connue. Lorsque le public sait à quoi s’attendre, l’impact émotionnel des rebonds diminue.
Narrative control et interviews médiatiques
Dans les interviews, le narrative control se manifeste par la capacité à ne pas se laisser enfermer dans une succession de questions déconnectées les unes des autres. Le porte-parole ne répond pas seulement à une question, il réinscrit chaque réponse dans le récit global.
Cette cohérence narrative donne une impression de maîtrise, même lorsque certaines réponses restent partielles. Le journaliste pose des questions ponctuelles, mais le public perçoit une histoire continue.
Narrative control à l’ère des réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, le récit est fragmenté, accéléré et souvent déformé. Le narrative control consiste alors à maintenir une ligne narrative claire malgré la multiplication des formats courts et des réactions instantanées.
Chaque publication, chaque réponse, chaque prise de parole doit contribuer à la même histoire globale. Cette constance permet de limiter les détournements et de réduire l’impact des récits concurrents.
Les risques d’un récit mal maîtrisé
Un récit incohérent, contradictoire ou évolutif fragilise durablement la crédibilité. Lorsque l’histoire change trop souvent, le public conclut que l’organisation cache quelque chose ou improvise. À l’inverse, un récit trop rigide, déconnecté des faits nouveaux, finit par se briser.
Le narrative control exige donc un équilibre subtil entre stabilité et capacité d’ajustement.
Maîtriser le récit pour maîtriser la crise
Le narrative control est l’une des techniques les plus structurantes de la communication de crise, car elle agit à un niveau profond : celui du sens. Elle permet de transformer une série d’événements subis en une histoire compréhensible, lisible et maîtrisée.
En reprenant le contrôle du récit, l’organisation ne fait pas disparaître la crise, mais elle empêche qu’elle ne soit racontée exclusivement par d’autres, selon des logiques qui lui sont défavorables.
Comme le résume Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom :
« En communication de crise, les faits comptent, mais c’est toujours le récit qui décide de la perception finale. »