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L’importance du renouveau de la communication de crise face aux menaces des MOI, pour protéger la réputation des entreprises et de leurs dirigeants

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La communication de crise entre dans une nouvelle ère. Le SGDSN souligne, dans sa stratégie nationale 2026-2030, que les manipulations de l’information ne relèvent plus d’accidents marginaux du débat public, mais d’instruments de confrontation stratégique conçus pour désorienter, brouiller les repères collectifs et miner la confiance. En parallèle, VIGINUM a stabilisé une grammaire opérationnelle nouvelle avec le concept de « mode opératoire informationnel » (MOI), afin de décrire des ensembles cohérents d’outils, de comportements et de tactiques malveillantes, même lorsque l’acteur qui les pilote n’est pas encore identifié. Pour les entreprises, cette évolution change radicalement la lecture de la crise réputationnelle : un incident d’image n’est plus forcément un simple bad buzz, mais peut relever d’une manœuvre clandestine, coordonnée, techniquement structurée et pensée dans la durée analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de LaFrenchCom, agence de gestion de crise spécialisée dans la protection réputationnelle des dirigeants fortement exposés.

Le renouveau de la communication de crise ne consiste donc pas à produire des éléments de langage plus élégants. Il impose un basculement de méthode. Il faut passer d’une logique centrée sur le message à une logique centrée sur la chaîne de diffusion, d’une culture de la réaction médiatique à une culture de l’anticipation informationnelle, et d’une cellule de communication isolée à une organisation hybride associant communication, juridique, sûreté, data, cyber, affaires publiques et direction générale. C’est à cette condition que l’entreprise peut encore protéger son actif le plus fragile et le plus précieux : la confiance attachée à sa marque, à sa parole et à ses dirigeants.

Comprendre les MOI pour moderniser la communication de crise

Définition du mode opératoire informationnel

VIGINUM définit un MOI comme un ensemble de comportements, d’outils et de tactiques, techniques et procédures adverses présumés liés au même acteur malveillant, ou au même groupe d’acteurs, lequel peut demeurer inconnu. Le MOI n’est ni l’acteur lui-même, ni une simple opération isolée. Il se situe à un niveau intermédiaire entre les infrastructures numériques employées et les campagnes informationnelles menées. Cette notion a été pensée comme le pendant, dans le champ informationnel, des « intrusion sets » de la cyber threat intelligence, ce qui lui donne un intérêt immédiat pour les entreprises déjà acculturées aux logiques cyber : elle permet de caractériser une menace sans attendre une attribution complète.

Pour un communicant de crise, cette définition est décisive. Elle signifie qu’une attaque réputationnelle peut être lue comme un système, non comme une somme de signaux isolés. Un faux site, quelques comptes relayeurs, des contenus visuellement crédibles, des reprises opportunistes par des influenceurs ou des pseudo-médias, puis une circulation sur plusieurs plateformes peuvent appartenir à un même ensemble hostile. La conséquence pratique est majeure : on ne peut plus traiter séparément la rumeur, le faux contenu, le relais social et la reprise médiatique. Ils peuvent relever d’un seul et même dispositif.

Clandestinité et coordination : les deux signaux faibles à surveiller

VIGINUM précise que deux conditions cumulatives structurent le concept de MOI : la clandestinité et la coordination. La clandestinité renvoie aux efforts manifestes engagés par les opérateurs pour éviter l’imputation technique et l’attribution politique de leurs infrastructures. La coordination renvoie, elle, à l’usage concerté de ces infrastructures, rattachables entre elles par des liens techniques ou comportementaux forts. Cette double exigence est essentielle, car elle évite les confusions : toute campagne virale n’est pas un MOI, tout anonymat n’est pas une ingérence, tout emballement numérique n’est pas une opération hostile structurée.

Autre point fondamental : VIGINUM explique que le MOI repose sur une approche centrée sur les indicateurs techniques et le comportement en ligne des attaquants, et non d’abord sur les narratifs. Pour l’entreprise, c’est un changement culturel profond. La communication de crise a longtemps privilégié l’analyse du discours, du ton, des thèmes, de la perception. Face aux MOI, cette lecture reste utile, mais elle devient insuffisante. Il faut aussi regarder les dates de création des comptes, les proximités d’infrastructure, les séquences de publication, les interactions artificielles, les usurpations de domaine, les faux habillages graphiques et les schémas de rediffusion.

Pourquoi la lecture technique complète la lecture narrative

La force du concept de MOI tient à ce qu’il introduit un niveau d’abstraction utile entre la détection et l’attribution. VIGINUM souligne qu’il permet de décrire et d’imputer des ensembles cohérents d’éléments techniques, même sans connaître l’identité, l’origine, les intentions exactes ou le niveau de ressources de l’acteur impliqué. Le concept a d’ailleurs été repris au-delà de VIGINUM, notamment par le SEAE, l’ENISA et des travaux européens pilotés par EU DisinfoLab. Cela signifie que l’on n’est plus face à un simple mot de doctrine française, mais à une grille d’analyse appelée à s’installer durablement dans l’écosystème de défense informationnelle.

Les exemples mobilisés par VIGINUM montrent aussi que cette grille vaut pour des cas très différents : Spamouflage, des activités clandestines liées au Baku Initiative Group, l’imbrication Storm-1516/CopyCop/Lakhta, ou encore Team Jorge. Ce dernier cas est particulièrement instructif pour les entreprises, car VIGINUM le rattache à une officine privée ayant conduit des campagnes au profit de clients publics et privés. En clair, la logique des MOI ne concerne pas seulement des appareils étatiques ou paraétatiques : elle peut aussi être mise au service d’intérêts privés, commerciaux ou réputationnels.

Menaces réputationnelles : pourquoi les entreprises et les dirigeants sont visés

La confiance, premier actif immatériel de l’entreprise

Le SGDSN rappelle que les manipulations de l’information cherchent moins à gagner un débat qu’à dissoudre les repères communs et à affaiblir la confiance. Or la réputation d’une entreprise repose précisément sur un capital de confiance : confiance des clients, des investisseurs, des salariés, des partenaires, des régulateurs, des territoires d’implantation. Par extension, tout acteur qui veut fragiliser une organisation n’a pas forcément besoin de prouver quoi que ce soit ; il lui suffit parfois d’installer le soupçon, de brouiller la perception et d’imposer l’incertitude. C’est la raison pour laquelle la réputation n’est plus seulement un enjeu d’image : elle devient un enjeu de sécurité économique et de continuité d’activité.

Cette lecture n’est pas théorique. En décembre 2025, VIGINUM et le CDSE ont publié un guide de sensibilisation explicitement destiné aux acteurs économiques français pour dresser un panorama de la menace informationnelle appliquée au champ économique, avec l’objectif de partager des réflexes et des bonnes pratiques afin d’aider les entreprises à mieux détecter et, le cas échéant, mieux réagir aux manipulations de l’information qui les ciblent. Le fait même qu’un tel guide existe officialise un basculement : le champ économique est désormais reconnu comme un terrain de vulnérabilité informationnelle à part entière.

Le dirigeant, cible privilégiée des campagnes de discrédit

Les dirigeants sont exposés plus encore que les marques, parce qu’ils concentrent l’attention, la responsabilité symbolique et la charge émotionnelle. VIGINUM décrit Storm-1516 comme un MOI mature capable de conduire des actions de court terme en réaction à l’actualité, mais aussi des stratégies de long terme visant à décrédibiliser des personnalités ou des organisations européennes et nord-américaines. L’enjeu, pour l’attaquant, n’est pas seulement d’abîmer une image ; il est de déplacer le centre de gravité de la confiance en la rendant personnellement attaquable, émotionnellement virale et politiquement inflammable.

La fiche technique publiée par VIGINUM en février 2026 sur une opération attribuée à Storm-1516 ciblant Emmanuel Macron illustre cette mécanique : diffusion d’une fausse allégation compromettante, usage d’un site usurpant l’identité d’un média connu, amplification sur X par des relais identifiés. Par analogie, un PDG, un président de conseil d’administration ou un fondateur à forte exposition publique constitue une cible idéale pour une manœuvre réputationnelle de même nature. Un dirigeant offre un point de fixation narratif simple, incarné, partageable et émotionnellement puissant, donc parfaitement adapté aux logiques contemporaines de manipulation.

Le champ économique est désormais dans le périmètre d’alerte

Il faut toutefois être précis. Le périmètre juridique et opérationnel de VIGINUM porte d’abord sur les ingérences numériques étrangères affectant le débat public numérique en France. Le service les définit à partir de phénomènes inauthentiques combinant notamment contenu trompeur, diffusion artificielle ou automatisée massive et implication d’un acteur étranger. Mais, dans le même temps, VIGINUM montre que le concept de MOI s’applique à des structures privées, à des officines et à des ensembles agissant pour des clients variés. Autrement dit, même lorsque l’entreprise ne relève pas directement du cœur de mission de VIGINUM, la grille de lecture demeure utile pour qualifier une menace réputationnelle complexe.

Les limites de la communication de crise classique face à la guerre informationnelle

Le démenti public ne suffit plus

La communication de crise classique part souvent d’un réflexe sain mais insuffisant : démentir vite, parler d’une seule voix, rassurer. Or, face à un MOI, le problème n’est pas seulement le faux contenu ; c’est la chaîne qui le rend visible, crédible et persistant. La stratégie nationale 2026-2030 insiste d’ailleurs sur le fait que l’action publique doit porter sur les comportements inauthentiques et les chaînes de diffusion — opacité, coordination, amplification artificielle, monétisation — davantage que sur les contenus eux-mêmes. Pour l’entreprise, cela implique qu’un bon communiqué ne casse pas, à lui seul, une architecture de diffusion hostile. Il faut comprendre qui publie, qui blanchit, qui amplifie, et par quels actifs numériques.

L’exemple Storm-1516 confirme cette réalité. VIGINUM décrit un dispositif capable de coordonner un réseau important d’acteurs, d’organisations et de MOI, avec des opérations nombreuses, des chaînes de diffusion travaillées et une forte capacité d’adaptation. Une partie des narratifs atteignent une visibilité importante et sont parfois repris, consciemment ou non, par des personnalités de premier plan. Pour une entreprise, cela veut dire que la crise ne se joue plus seulement entre elle et les médias : elle se joue dans un écosystème où des relais externes, parfois opportunistes, parfois rémunérés, parfois simplement crédules, contribuent à la dissémination.

Une crise plus rapide, plus furtive, plus multimodale

La temporalité a changé. VIGINUM indique que des MOI matures peuvent agir à très court terme en exploitant l’actualité, tout en s’inscrivant dans des stratégies de long terme. Le rapport sur l’IA et la menace informationnelle ajoute que l’IA générative pourrait accroître structurellement la menace en augmentant la réactivité, l’échelle et la furtivité des actions, tout en rendant plus difficile la distinction entre l’authentique et le synthétique. Le point important est la nuance apportée par le même rapport : à date, l’effet sur l’impact final des campagnes demeure encore modéré. Autrement dit, il ne faut ni minimiser ni fantasmer l’IA ; il faut surtout intégrer qu’elle abaisse les coûts de production du faux crédible.

Pour la communication de crise, la conséquence est rude : l’entreprise dispose de moins de temps pour qualifier, et l’opinion de moins de repères pour distinguer le vrai du faux. Une image de mauvaise qualité, un document contrefait, un audio douteux, un faux article hébergé sur un nom de domaine trompeur ou un compte pseudo-local peuvent suffire à enclencher une séquence de défiance. La crise devient multimodale : texte, image, vidéo, voix, faux site, faux profil, commentaires coordonnés. La doctrine ancienne, qui séparait communication digitale, relation presse, cybersécurité et gestion de la preuve, devient mécaniquement obsolète.

Le risque de réponse inadaptée : confondre bad buzz et opération coordonnée

L’erreur inverse serait cependant tout aussi dangereuse : voir un MOI partout. VIGINUM insiste sur le caractère cumulatif de la clandestinité et de la coordination. Une polémique organique, même virale, n’est pas nécessairement une opération informationnelle malveillante structurée. Une entreprise qui surjoue la posture de la victime d’ingérence alors qu’elle fait face à une critique légitime ajoute de la crise à la crise. Elle se décrédibilise, donne le sentiment de vouloir censurer les oppositions et perd le terrain moral de la transparence. Le premier renouvellement de la communication de crise consiste donc aussi à apprendre la qualification rigoureuse, et à renoncer au réflexe de dramatisation automatique.

Le renouveau de la communication de crise face aux MOI

Passer d’une logique de réaction à une logique de renseignement réputationnel

La première rupture consiste à traiter la réputation comme un théâtre d’observation continue. Puisque les MOI se lisent à travers des indicateurs techniques et des comportements coordonnés, l’entreprise doit se doter d’une veille qui dépasse le simple social listening marketing. Il faut surveiller les noms de domaine proches de la marque, les faux habillages éditoriaux, les clusters de comptes, les variations soudaines de narration, les signaux d’amplification artificielle, les contenus synthétiques, les forums périphériques et les canaux de primo-diffusion. En pratique, la communication de crise doit intégrer une capacité d’OSINT et de qualification technique, faute de quoi elle parle sans voir.

Constituer une cellule de crise hybride

Le deuxième déplacement est organisationnel. VIGINUM se présente lui-même comme un collectif pluridisciplinaire, réunissant expertise en investigation numérique, marketing digital, science de la donnée, sciences politiques et géopolitique, avec une forte culture de coopération. Par analogie, l’entreprise doit bâtir une cellule hybride de crise réputationnelle. Elle doit associer la communication, bien sûr, mais aussi le juridique, la sûreté, le cyber, les affaires publiques, les RH, la direction générale, la relation investisseurs, et une fonction data/OSINT capable de documenter l’attaque. Tant que ces mondes travaillent en séquence, la réponse est lente. Lorsqu’ils travaillent ensemble, elle devient crédible, traçable et opérable.

Répondre par la preuve, la transparence et la temporalité juste

Le troisième déplacement est méthodologique. Face à un MOI, la parole n’est utile que si elle s’adosse à une preuve. Il faut donc préparer des protocoles d’authentification : conservation des URLs, captures horodatées, historique des modifications, vérification des métadonnées disponibles, comparaison des domaines, documentation des relais, archivage des contenus et traçabilité des démarches engagées auprès des plateformes ou des médias. La stratégie nationale rappelle que la réponse démocratique doit viser les comportements inauthentiques et préserver un environnement transparent, libre et sûr. Pour l’entreprise, cela signifie qu’il faut démontrer, non tonner ; exposer les faits, non surjouer l’indignation.

Former l’interne et sécuriser la parole du dirigeant

Le quatrième déplacement concerne l’interne. Le SGDSN rappelle que le premier rempart face aux manipulations de l’information est la société elle-même. Dans l’entreprise, ce premier rempart, ce sont les salariés, les managers, les représentants locaux, les équipes commerciales, les recruteurs, les community managers et l’entourage rapproché des dirigeants. S’ils ne savent pas reconnaître une usurpation, signaler un faux contenu, distinguer un compte douteux d’un client irrité ou relayer la version de référence, ils deviennent malgré eux des multiplicateurs de confusion. Réarmer l’interne, c’est donc faire de la formation réputationnelle une composante de la résilience, et non un sujet secondaire réservé à la communication corporate.

Dans le même mouvement, la parole du dirigeant doit être protégée. Parce que les attaques ciblent volontiers des personnalités, il faut sécuriser les comptes officiels, clarifier les canaux authentiques, préparer des séquences d’intervention sobres, et éviter la réponse impulsive sur les réseaux. Le rôle du dirigeant n’est pas d’alimenter le duel narratif minute par minute. Il est d’incarner la stabilité, la vérification et la continuité. Plus l’attaque cherche la personnalisation extrême, plus la riposte doit remettre au centre le fait, le processus et la preuve. Parler trop tôt ou trop émotionnellement peut donner à l’attaquant exactement ce qu’il recherche : une scène, un affrontement, une polarisation.

Coopérer avec plateformes, autorités et partenaires de confiance

Enfin, le renouveau de la communication de crise suppose une logique d’écosystème. La stratégie nationale prévoit un dialogue structuré avec les plateformes et le renforcement des capacités de détection et de caractérisation ; VIGINUM met en avant sa coopération avec les acteurs publics, privés et académiques. Pour l’entreprise, cela veut dire qu’on ne peut pas découvrir, le jour de la crise, les contacts utiles, les procédures d’escalade ou les mécanismes de signalement renforcé. Les relations de confiance avec les plateformes, les prestataires cyber, les conseils externes, les autorités compétentes et, le cas échéant, les organisations professionnelles doivent être préparées avant l’incident. La vitesse d’accès au bon interlocuteur est déjà une mesure de protection réputationnelle.

Méthode opérationnelle pour protéger la réputation des entreprises et des dirigeants

Avant la crise : préparer scénarios, veille et doctrine

Une entreprise réellement préparée travaille ses scénarios. Elle doit imaginer non seulement la fuite d’information classique ou l’accusation médiatique prévisible, mais aussi le faux article imitant un média de référence, la vidéo truquée visant un dirigeant, le pseudo-lanceur d’alerte relayé par des comptes coordonnés, le faux site local dénonçant une implantation, la fausse alerte sanitaire, sociale, environnementale ou géopolitique. Le guide VIGINUM-CDSE invite précisément les acteurs économiques à mieux détecter et mieux réagir aux manipulations qui les ciblent. Préparer ces hypothèses en amont, c’est éviter l’improvisation doctrinale au pire moment.

Cette préparation suppose aussi une doctrine simple : quels seuils déclenchent une cellule de crise ? Qui qualifie l’attaque ? Qui parle ? Qui contacte les plateformes ? À quel moment alerter le conseil, les régulateurs, les investisseurs, les partenaires critiques ? Quels éléments peuvent être publiés immédiatement, et lesquels doivent d’abord être consolidés ? Une doctrine robuste ne cherche pas à tout prédire ; elle vise à réduire l’incertitude décisionnelle. Dans les crises informationnelles, le désordre interne est souvent plus destructeur que l’attaque initiale.

Pendant les six premières heures : qualifier le MOI

Dans les premières heures, la bonne question n’est pas d’abord « qui nous attaque ? », mais « à quel type de phénomène avons-nous affaire ? ». La grille MOI aide précisément à répondre. Observe-t-on des indices de clandestinité, comme des sites usurpés, des comptes jetables, des identités incohérentes, des liens masqués ? Observe-t-on des indices de coordination, comme des publications synchronisées, des relais récurrents, des schémas de diffusion convergents, des éléments techniques rapprochant plusieurs actifs ? L’objectif est de passer rapidement d’une impression de chaos à une caractérisation opératoire. Même sans attribution définitive, cette caractérisation suffit déjà à orienter la riposte.

Il faut simultanément hiérarchiser les impacts : atteinte à la marque, à un dirigeant, au cours de bourse, à la sécurité des salariés, à une négociation commerciale, à un dialogue social, à une relation institutionnelle, à une implantation locale. Une crise informationnelle ne vaut pas seulement par sa viralité ; elle vaut par sa capacité à déplacer des décisions concrètes. Une attaque peu visible peut être stratégiquement grave si elle touche une audience décisive. À l’inverse, un contenu très vu mais peu crédible peut appeler une réponse plus froide. La qualification du MOI doit donc toujours être couplée à une cartographie des parties prenantes exposées.

Dans les 24 heures : reprendre l’initiative narrative

Une fois l’attaque qualifiée, il faut reprendre l’initiative. Cela passe par une source de vérité claire, stable et centralisée : page dédiée, communiqué enrichi, FAQ, déclaration du porte-parole, preuves vérifiables, et messages adaptés à chaque public. Les salariés n’attendent pas la même chose que les clients, les investisseurs, les élus locaux ou les journalistes. Dans l’univers des MOI, la réponse générique est rarement suffisante. Il faut segmenter sans se contredire, rassurer sans minimiser, documenter sans saturer. La cohérence n’exclut pas la différenciation ; elle l’exige.

Il faut aussi traiter les canaux, pas seulement les contenus. Cela signifie demander la suppression ou le déclassement de faux actifs lorsqu’un fondement existe, prévenir les journalistes exposés à une usurpation, alerter les partenaires clés avant qu’ils ne découvrent la crise par des tiers, et surveiller les formes de « blanchiment » par lesquelles une allégation née dans un espace marginal tente de gagner une apparence de respectabilité. Dans un environnement où l’IA peut favoriser la prolifération de contenus synthétiques et où les MOI adaptent continuellement leurs tactiques, la rapidité utile n’est pas la précipitation : c’est la vitesse appuyée sur une preuve exploitable.

Après la crise : transformer l’incident en capacité

Le retour d’expérience ne doit pas se limiter à l’analyse médiatique. Il faut reconstruire la chaîne complète de l’attaque : point d’entrée, vecteurs, relais, publics touchés, décisions internes, délais de réponse, vulnérabilités révélées, preuves manquantes, partenaires efficaces ou défaillants. VIGINUM montre que les MOI adaptent leurs TTPs pour crédibiliser davantage leurs contenus, contourner la modération, gêner l’imputation technique et renouveler leurs infrastructures. Si l’entreprise n’apprend pas, l’attaquant, lui, apprend. La crise suivante sera donc mécaniquement plus difficile.

Gouvernance et résilience informationnelle : le nouveau standard réputationnel

Le risque informationnel doit remonter au niveau du conseil

Le dernier renouveau est un renouveau de gouvernance. Si les manipulations de l’information sont devenues des instruments de confrontation stratégique et si le champ économique est explicitement identifié comme exposé, alors le risque informationnel ne peut plus rester cantonné aux directions de la communication. Il doit remonter au niveau du comité exécutif et du conseil d’administration, avec des scénarios, des indicateurs, des budgets de préparation et des exercices réguliers. Une entreprise peut avoir un plan cyber solide et rester extrêmement vulnérable à une attaque réputationnelle pilotée. Le vrai sujet n’est pas la taille de la marque ; c’est l’existence, ou non, d’une doctrine de résilience informationnelle.

L’authenticité probatoire devient un avantage stratégique

Le rapport de VIGINUM sur l’IA alerte sur un risque profond : à mesure que les contenus synthétiques prolifèrent, la société peut glisser vers un scepticisme généralisé à l’égard de l’authenticité des contenus en ligne. Dans un tel environnement, la capacité à authentifier vite devient un avantage concurrentiel. L’entreprise qui sait prouver l’origine d’un document, démontrer l’usurpation d’un site, établir l’inauthenticité d’un contenu ou exposer la coordination d’un réseau protège plus qu’une image ; elle protège la possibilité même d’être crue. Demain, la réputation ne se jouera pas seulement sur la sympathie ou la préférence de marque, mais sur la robustesse probatoire de la parole institutionnelle.

La communication de crise doit devenir une défense de la confiance

Au fond, le renouveau de la communication de crise face aux MOI tient en une idée simple : il ne suffit plus de mieux parler, il faut mieux voir, mieux qualifier, mieux prouver et mieux coordonner. Le modèle ancien, centré sur le communiqué, le porte-parole et la relation presse, demeure nécessaire, mais il n’est plus suffisant. Dans un espace numérique où les manipulations sont structurées, où les chaînes de diffusion comptent autant que les messages, et où la confiance est la cible prioritaire, la communication de crise doit devenir une fonction de défense de la confiance. Les entreprises qui l’auront compris protégeront leur réputation et celle de leurs dirigeants. Les autres continueront à traiter des opérations de guerre informationnelle comme de simples incidents d’image, avec un temps de retard décisif.