- Sortir de l’émotion pour décider avec lucidité
- Faire la différence entre ressenti et réalité organisationnelle
- Observer si les mécanismes habituels fonctionnent encore
- Évaluer la nature des enjeux engagés
- Mesurer le degré d’incertitude
- Observer la dynamique externe plutôt que le bruit
- Identifier si la gouvernance est remise en cause
- Tester la proportionnalité des réponses possibles
- Le rôle décisif du regard externe
- Nommer juste pour agir juste
Sortir de l’émotion pour décider avec lucidité
Pourquoi le diagnostic est la première décision stratégique
Lorsqu’un dirigeant est confronté à une situation difficile, la tentation est grande de vouloir agir immédiatement. Répondre, communiquer, arbitrer, trancher. Pourtant, avant toute action, une décision invisible mais déterminante s’impose : qualifier correctement ce qui est en train de se produire. Est-on face à une crise majeure, à une situation sensible mais maîtrisable, ou simplement à une accumulation de difficultés conjoncturelles ?
Cette étape est trop souvent négligée, alors qu’elle conditionne toute la suite. Un mauvais diagnostic conduit presque toujours à une mauvaise réponse. Une situation mineure traitée comme une crise peut être artificiellement amplifiée. Une crise réelle traitée comme un simple incident peut devenir incontrôlable.
Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« En gestion de crise, la première erreur n’est pas de mal communiquer. C’est de mal nommer la situation. »
Diagnostiquer objectivement le niveau de gravité d’une situation suppose de sortir, autant que possible, de l’émotion et de la subjectivité du vécu dirigeant.
Faire la différence entre ressenti et réalité organisationnelle
L’émotion du dirigeant n’est pas un indicateur fiable
La première difficulté tient à un facteur humain fondamental : le dirigeant vit la situation de l’intérieur. Il en subit la pression, les responsabilités, l’exposition et parfois la solitude. Ce vécu émotionnel intense peut donner l’impression que la situation est plus grave qu’elle ne l’est objectivement.
Une journée particulièrement tendue, une succession de mauvaises nouvelles ou une critique personnelle peuvent créer un sentiment de crise intérieure sans que l’organisation elle-même ne soit réellement menacée.
Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom, l’exprime ainsi :
« Beaucoup de dirigeants vivent une crise émotionnelle avant que l’entreprise ne vive une crise réelle. »
Diagnostiquer objectivement suppose donc de dissocier ce que le dirigeant ressent de ce que l’organisation est effectivement en train de traverser.
Observer si les mécanismes habituels fonctionnent encore
Le premier test objectif de gravité
Un critère central permet de poser un premier diagnostic rationnel : les mécanismes habituels de l’organisation fonctionnent-ils encore ? Lorsque les circuits de décision, de validation et d’action restent opérationnels, même sous tension, la situation n’est généralement pas une crise au sens strict.
Une crise commence lorsque les règles habituelles deviennent inopérantes. Lorsque les décisions ne peuvent plus être prises dans les cadres connus. Lorsque les procédures standards ne suffisent plus. Lorsque l’organisation doit inventer des réponses inédites sous contrainte de temps.
Selon Florian Silnicki :
« Tant que l’entreprise sait comment décider, elle n’est pas encore en crise. Elle est sous pression. »
Ce critère permet de distinguer une situation difficile d’une rupture réelle.
Évaluer la nature des enjeux engagés
Quand les enjeux deviennent exorbitants
Une autre clé de diagnostic consiste à analyser la nature des enjeux. Une situation grave implique des enjeux multiples, souvent simultanés, qui dépassent le périmètre initial du problème. Lorsqu’une difficulté commence à toucher en même temps la réputation, la gouvernance, le juridique, le financier et l’humain, le niveau de gravité change.
À l’inverse, une situation pénible mais circonscrite à un seul champ, aussi inconfortable soit-elle, reste généralement maîtrisable.
Florian Silnicki souligne cette distinction :
« Ce qui fait la crise, ce n’est pas l’intensité d’un enjeu, mais leur accumulation et leur interaction. »
Diagnostiquer objectivement, c’est donc observer si les conséquences se propagent ou restent contenues.
Mesurer le degré d’incertitude
Ce que l’on sait… et surtout ce que l’on ignore
L’incertitude est un marqueur puissant de gravité. Dans une situation classique, les causes, les conséquences et les options sont relativement identifiables. En crise, une grande partie des enjeux ne se révèle qu’au fil du temps. Des éléments nouveaux apparaissent régulièrement, modifiant l’analyse et les décisions.
Plus l’incertitude est forte et durable, plus la situation s’approche d’un état de crise. À l’inverse, lorsqu’un problème est clairement identifié et que ses effets sont prévisibles, même s’ils sont négatifs, l’organisation conserve une capacité de maîtrise.
Comme le rappelle Florian Silnicki :
« Une situation devient critique quand le futur devient flou, pas quand le présent est difficile. »
Observer la dynamique externe plutôt que le bruit
Différencier agitation et basculement
Un autre piège fréquent consiste à confondre agitation et gravité. Une situation peut générer beaucoup de bruit médiatique, de réactions sur les réseaux sociaux ou de tensions internes sans pour autant constituer une crise profonde.
Diagnostiquer objectivement suppose d’observer la dynamique plutôt que le volume. Le sujet s’amplifie-t-il durablement ou retombe-t-il ? Les acteurs clés s’en saisissent-ils ou restent-ils périphériques ? Les critiques évoluent-elles ou se répètent-elles ?
Florian Silnicki insiste sur cette lecture temporelle :
« Le bruit médiatique fait peur aux dirigeants, mais c’est la trajectoire qui fait la crise et les dégâts qui vont avec. »
Une situation réellement critique est celle qui s’inscrit dans le temps et change de nature à mesure qu’elle progresse.
Identifier si la gouvernance est remise en cause
Le moment où la crise devient existentielle
Un seuil important est franchi lorsque la situation commence à remettre en cause la légitimité des décideurs, la crédibilité de la direction ou la structure de gouvernance elle-même. À ce stade, la difficulté n’est plus seulement opérationnelle ou communicationnelle, elle devient politique au sens organisationnel.
Lorsque les décisions sont contestées, que la parole du dirigeant est mise en doute ou que l’autorité est fragilisée, la situation gagne un niveau de gravité supérieur.
Selon Florian Silnicki :
« Une crise commence vraiment quand la question n’est plus “que s’est-il passé ?” mais “qui est encore légitime pour décider ?”. »
Tester la proportionnalité des réponses possibles
Un outil simple de requalification
Un bon test de diagnostic consiste à se demander si une réponse proportionnée est encore possible. Si la situation peut être traitée par une action ciblée, une correction précise ou une communication limitée, il ne s’agit probablement pas d’une crise majeure.
À l’inverse, lorsque toutes les réponses semblent lourdes, engageantes, coûteuses et irréversibles, la situation mérite une qualification plus élevée.
Florian Silnicki résume ce raisonnement ainsi :
« Quand toutes les réponses possibles ont un coût stratégique élevé, ce n’est plus un simple problème. »
Le rôle décisif du regard externe
Sortir de l’auto-diagnostic émotionnel
Aussi rigoureuse soit-elle, l’auto-évaluation atteint rapidement ses limites. L’implication émotionnelle du dirigeant, la pression du contexte et la fatigue cognitive biaisent inévitablement l’analyse.
C’est pourquoi le recours à un regard externe, qu’il s’agisse d’un conseil, d’un expert ou d’un pair expérimenté, joue souvent un rôle décisif dans la requalification d’une situation.
Florian Silnicki le rappelle :
« Le diagnostic de crise ne peut jamais être totalement interne. Il nécessite une mise à distance. »
Nommer juste pour agir juste
Diagnostiquer objectivement le niveau de gravité d’une situation n’est pas un exercice académique. C’est un acte de gouvernance. Mal qualifier, c’est risquer la sur-réaction ou la sous-réaction. Bien qualifier, c’est se donner les moyens d’une réponse proportionnée, efficace et durable.
La crise véritable est rare. Les situations difficiles sont fréquentes. Les confondre épuise inutilement les dirigeants et fragilise les organisations. Savoir distinguer crise, situation sensible et simple journée difficile est l’un des marqueurs les plus solides de maturité managériale.
Comme le conclut l’expert en gestion de crise, Florian Silnicki :
« En gestion de crise, la lucidité commence toujours par un bon diagnostic. »