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Ce que les comités exécutifs sous-estiment toujours en matière de crise

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La crise vue du COMEX : un angle mort récurrent

Lorsqu’une crise éclate, les regards se tournent immédiatement vers le comité exécutif. Décisions, arbitrages, prises de parole : tout converge vers ce cercle restreint du pouvoir. Pourtant, malgré leur expérience et leur niveau de responsabilité, les comités exécutifs sous-estiment presque toujours certains facteurs clés de la crise. Non par incompétence, mais par biais structurels liés à leur position, leur culture et leur quotidien.

Ces angles morts expliquent pourquoi des organisations solides, bien conseillées et dotées de moyens importants se retrouvent parfois déstabilisées par des crises qu’elles pensaient maîtrisables.

Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :

« Les crises les plus difficiles ne sont pas celles que les dirigeants n’ont pas vues venir, mais celles qu’ils ont mal comprises au moment où elles ont commencé. »

Le premier angle mort : la vitesse psychologique du public

Les comités exécutifs raisonnent souvent en temps stratégique, juridique ou opérationnel. Ils pensent en jours, en semaines, parfois en mois. Le public, lui, réagit en minutes. Cette différence de temporalité est l’une des sources majeures de décalage.

Pour un COMEX, attendre d’avoir tous les éléments avant de communiquer est une preuve de sérieux. Pour le public, ce délai est interprété comme un silence, une hésitation ou une dissimulation. Les dirigeants sous-estiment fréquemment cette vitesse psychologique, bien plus rapide que la vitesse décisionnelle interne.

Le deuxième angle mort : la dimension émotionnelle prime sur la rationalité

Les comités exécutifs sont composés de décideurs entraînés à analyser des données, à arbitrer rationnellement et à gérer la complexité. En crise, ils projettent souvent ce mode de fonctionnement sur le public.

C’est une erreur majeure. Le public ne raisonne pas comme un conseil d’administration. Il ressent avant de comprendre. Tant que la peur ou la colère dominent, les explications techniques sont inefficaces, voire contre-productives.

Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom insiste régulièrement sur ce point :

« Le COMEX parle aux faits quand le public vit des émotions. »

Le troisième angle mort : l’illusion du contrôle du récit

De nombreux comités exécutifs surestiment leur capacité à contrôler le récit médiatique. Habitués à maîtriser l’information en interne, ils pensent pouvoir faire de même en externe. Or, une crise médiatique est un espace ouvert, conflictuel et imprévisible.

Le récit se construit souvent ailleurs : sur les réseaux sociaux, dans les témoignages, dans les interprétations. Le COMEX découvre alors que ne pas parler ne signifie pas ne pas raconter. D’autres le font à sa place.

Le quatrième angle mort : la sous-estimation des signaux faibles

Les signaux faibles sont rarement spectaculaires. Ils sont diffus, ambigus, parfois gênants. Dans un COMEX focalisé sur la performance, ils sont souvent relégués au second plan, traités comme des irritants mineurs.

Pourtant, la plupart des crises majeures sont précédées de signaux faibles ignorés ou minimisés. Lorsque la crise éclate, le COMEX la perçoit comme soudaine, alors qu’elle était prévisible dans sa dynamique.

Le cinquième angle mort : la tension entre juridique et communication

Les comités exécutifs sous-estiment souvent la profondeur du conflit entre logique juridique et logique communicationnelle. La prudence juridique pousse à parler le moins possible. La logique réputationnelle impose souvent de parler vite et humainement.

Lorsque cette tension n’a pas été arbitrée avant la crise, elle paralyse la décision. Le COMEX hésite, temporise, corrige. Ces hésitations deviennent visibles et fragilisent la crédibilité.

Comme le souligne le conseiller en communication de crise Florian Silnicki :

« Une crise mal gérée est souvent une crise où personne n’a osé arbitrer entre le droit et la perception. »

Le sixième angle mort : l’effet loupe sur les dirigeants

Les membres du COMEX sous-estiment fréquemment à quel point leur posture personnelle devient un message. Un regard, un silence, une hésitation, une phrase mal formulée peuvent avoir plus d’impact qu’une décision stratégique.

En crise, le dirigeant n’est plus seulement un décideur. Il devient un symbole. Cette exposition émotionnelle et symbolique est rarement anticipée à sa juste mesure.

Le septième angle mort : la fatigue interne

Le COMEX se concentre naturellement sur la pression externe. Il oublie parfois la fatigue interne. Or, les équipes vivent la crise intensément : surcharge, anxiété, incompréhension, rumeurs.

Une organisation épuisée communique mal. Elle commet des erreurs. Elle fuit des informations. Les crises s’aggravent souvent de l’intérieur avant de se dégrader à l’extérieur.

Le huitième angle mort : la fin de crise

Beaucoup de comités exécutifs se focalisent sur la phase aiguë et relâchent l’attention dès que la pression médiatique baisse. Ils sous-estiment l’importance de la sortie de crise, pourtant décisive pour la mémoire collective.

Sans récit de clôture, la crise reste latente. Elle continue de peser sur la réputation, prête à ressurgir au moindre événement connexe.

Pourquoi ces angles morts persistent au sommet

Ces sous-estimations ne sont pas des fautes individuelles. Elles sont structurelles. Le COMEX est conçu pour décider, pas pour ressentir. Il est entraîné à gérer la complexité, pas la perception émotionnelle de masse.

C’est pourquoi les organisations les plus résilientes entourent leur COMEX de dispositifs capables de traduire la réalité psychologique et médiatique de la crise, sans filtre ni complaisance.

Comment les COMEX les plus matures corrigent ces angles morts

Les comités exécutifs les plus solides :

  • intègrent la communication de crise dans la gouvernance,
  • s’entraînent à décider sous pression médiatique,
  • acceptent les scénarios inconfortables,
  • arbitrent clairement entre juridique et réputation,
  • pensent la sortie de crise dès le début.

Ils ne cherchent pas à tout contrôler. Ils cherchent à éviter les erreurs irréversibles.

La crise comme test de lucidité du COMEX

Une crise ne juge pas seulement une organisation. Elle juge la lucidité de son comité exécutif. Les angles morts ne sont pas sanctionnés parce qu’ils existent, mais parce qu’ils ne sont pas reconnus.

Les COMEX qui acceptent leurs limites et s’y préparent transforment la crise en épreuve de gouvernance maîtrisée. Les autres découvrent ces limites en public, au pire moment.

Comme le résume Florian Silnicki :

« La crise n’expose pas les faiblesses d’une organisation. Elle expose celles de sa gouvernance. »