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Crise : rouge comme l’urgence

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GESTION DE CRISE : COMMENT AFFRONTER UN SCÉNARIO CATASTROPHE ?

Tremblement de terre ou déraillement de train ne restent pas toujours du domaine de la fiction mais ne sont pas les crises les plus fréquentes. Pourtant, si une telle catastrophe devait se produire ici, voici comment le Plan rouge serait appliqué par les spécialistes de la gestion de crise en France.

Le plan rouge, c’est, en temps normal, un épais dossier à la couverture écarlate qui repose dans les classeurs des chefs de service de l’hôpital, de la sous-préfecture, du commandant du corps de sapeurs-pompiers. Lorsqu’il a l’honneur des médias, le dispositif de gestion d’urgence est, le plus souvent, « déclenché ».

Autrement dit des vies humaines sont menacées, le sang des victimes coule, les ambulances stridulent, les gyrophares de la police et des pompiers clignotent…

Attentat terroriste, accident de la route, crash d’avion, effondrement d’immeuble ou incendie de grande intensité… Quand une telle catastrophe se produit, on suit le protocole de gestion de crise prévu par les services de la préfecture et réactualisé régulièrement en tirant les leçons des exercices de gestion de crise qui testent la réaction collective face aux risques au cours de simulations de crise réalistes.

Sur le papier, le Plan rouge se définit comme une « procédure de secours d’urgence à engager en vue de remédier à une catastrophe à effet limité entraînant de nombreuses victimes. » La préfecture décide de son application qui implique les pompiers, les services départementaux d’incendie et de secours dans le langage administratif, le SAMU, la gendarmerie, ainsi que les bénévoles d’associations telles que la Croix-Rouge ou la sécurité civile.

Lorsque l’accident survient, les secours pompiers et/ou SAMU se rendent sur place. Si, en constatant l’étendue des dégâts, l’un des médecins-réanimateurs dénombre plus de cinq blessés graves, dont la vie est menacée à quinze minutes, et plus de quinze blessés, les autorités préfectorales sont alertées via le Centre 15 qui centralise les appels d’urgence dans le département.

Lorsque le préfet déclenche le Plan rouge, toutes les procédures se mettent en place. A l’hôpital, le bureau du directeur se transforme en cellule de crise. On réquisitionne le personnel en poste, on joint les infirmières, médecins ou brancardiers qui ne travaillent pas. On annule par exemple les opérations chirurgicales programmées, on libère les appareils de radiographie et le laboratoire d’analyses.

Pendant ce temps, sur le lieu de l’accident, le médecin détermine la localisation d’un poste médical avancé (PMA), hôpital de campagne sous toile qui est monté par les pompiers.

Des véhicules médicalisés du SAMU, du SMUR, des sapeurs-pompiers sont dépêchés sur place selon les ordres du médecin des pompiers qui devient « directeur des secours médicaux ».

Des caisses de matériel sont installées dans le poste médical avancé qui est divisé en trois zones. Dans l’une reposent les personnes décédées, plus loin les blessés graves classés « urgence absolue », et enfin les blessés légers, en urgence. Le personnel médical se met en place et, au fur et à mesure que les brancardiers les apportent, une fiche est passée au cou du blessé indiquant dans quelle catégorie il se classe et quel service devra le prendre en charge. En plus du directeur des secours, trois hommes sont responsables du tri sur le site de l’accident : l’officier de ramassage en chasuble rouge, un officier pompier en chasuble blanche et un officier évacuation en chasuble bleue.

SE PRÉPARER POUR ÉVITER PANIQUE ET CONFUSION

L’anticipation, la préparations et la discipline sont indispensables pour éviter la panique et la confusion. Des liaisons radios constantes permettent d’organiser les va-et-vient des véhicules, de prévenir les services qui doivent accueillir un blessé à opérer, le centre de transfusion sanguine qui préparera les poches de sang nécessaires…

L’urgence médicale exige la collaboration avec la gendarmerie ou la police nationale qui s’assure que le site est accessible aux véhicules de secours.

Le Département veille au dégagement des routes. Des hélicoptères sont réquisitionnés pour transporter au Centre hospitalier universitaire régional les blessés relevant de la neurochirurgie, de la microchirurgie, ainsi que les grands brûlés.

Le Plan rouge prévoit la gestion de la communication de crise et les relations presse. Avec les médias tout d’abord, auxquels le préfet donne les éléments d’information disponibles à travers des communiqués de presse et des points presse réguliers. Envers les familles ensuite pour lesquelles des numéros de téléphone spécifiques d’urgence sont mis en place. Gérer la crise c’est être capable de résister à la pression des médias et des réseaux sociaux qui inondent de questions, de sollicitations et qui sont parfois le canal de diffusion de rumeurs et de fausses informations.

Tout le monde souhaite évidemment ne jamais connaître le déclenchement d’un tel plan de crise.

Cependant, on se tient prêt en révisant de temps en temps son dossier rouge.