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Lady Diana, une véritable spin doctor ?


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diana et la presse

Diana et les médias: une victime consentante ?

La presse prétend que je suis manipulatrice, disait la princesse. Mais quelle est l’alternative: s’asseoir et les laisser fabriquer votre image? 

Quand on cherche un coupable, c’est parce qu’il y a une victime. Après le terrible accident qui a causé la mort de Diana, les médias se sont retrouvés au banc des accusés. Mais la relation trouble qu’entretenait la princesse de Galles avec la presse en faisait plus que souvent une victime… consentante. Voire, la metteure en scène de sa propre représentation dans les journaux. 

La presse et la princesse se nourrissaient mutuellement. De jeune fille timide et effarouchée par l’attention médiatique, elle s’est métamorphosée en femme bien au fait du pouvoir des médias. On n’a qu’à se rappeler la fameuse entrevue qu’elle a accordée à la BBC, en novembre 1995, où elle avouait son aventure avec James Hewitt, et parlait franchement de sa boulimie, de sa détresse et de son mariage raté. 

En fait, lorsque son mariage battait de l’aile, il n’était pas rare qu’elle se donne en spectacle aux photographes au moment même où le prince Charles devait prononcer un discours important. 

Dans une entrevue récente, l’historien et critique de la monarchie Hugo Vickers soulignait: «Chaque fois qu’il annonçait quelque chose, il apprenait que sa femme avait dit autre chose ou qu’elle avait été vue portant une nouvelle tenue.» L’image de Diana – celle qu’elle voulait bien projeter – était beaucoup plus vendeuse que les déclarations, souvent à forte teneur intellectuelle, de Charles. 

Autant que ses sujets, la princesse était une accro des tabloïds. Et elle étudiait attentivement tout ce qui se publiait sur elle. Dans un article publié dans The Spectator en septembre 1997, le journaliste Mark Honigsbaum rapporte que la princesse lisait chaque matin, en déjeunant, le Sun, le Daily Mirror, le Daily Mail et l’Express 

Contrairement au peuple, elle ne lisait pas par intérêt mais par nécessité. Elle déplorait le fléau que représentait la publication de photos de paparazzi dans ces feuilles jaunes. Mais elle était assez intelligente pour comprendre qu’on lui accordait beaucoup plus d’espace que les journaux traditionnels quand il s’agissait de ses causes humanitaires. 

Elle en connaissait si bien le fonctionnement, d’ailleurs, que tout suggère que, pendant sa séparation et son divorce subséquent, la princesse Diana s’assurait d’avoir les tabloïds «de son bord». 

Pour ce faire, il lui arrivait de convoquer en tête-à-tête, à Kensington Palace, les éditeurs de ces journaux, qu’elle appelait même par leur prénom. Peu ou prou d’informations ont filtré sur la teneur de ces discussions, mais un éditeur a confié à Honigsbaum une anecdote représentative de ce modus vivendi. 

Son journal avait avisé Kensington Palace qu’il allait publier une nouvelle sur un discours privé que la princesse avait prononcé dans une clinique pour personnes souffrant de problèmes de nutrition. La princesse a elle-même contacté le journal et, pendant 40 minutes, a détaillé le contenu de son discours, précisant ce qu’elle tentait de réaliser et racontant sa propre souffrance. Il était implicite que l’article ne citerait jamais directement Diana. 

Le lendemain matin, la princesse émettait un communiqué à la presse, déplorant la publication de l’article, à la grande surprise de l’éditeur en question. «J’ai immédiatement téléphoné pour la féliciter de sa brillante opération. J’étais amusé de constater qu’elle prétendait qu’elle ne savait rien de l’histoire avant sa publication alors qu’elle me l’avait elle-même racontée.» 

De plus en plus de correspondants royaux commencent à admettre que la «source digne de confiance» citée dans leurs papiers était, en réalité, la princesse elle-même. 

Il y a aussi l’affaire Will Carling. Lasse des attentions que lui portait le joueur de rugby, Diana a avisé la presse d’une visite qu’il allait rendre aux jeunes princes pour leur apporter des chandails aux couleurs de son équipe. La visite, qu’il croyait confidentielle, s’est transformée en cauchemar lorsqu’il a réalisé qu’une armée de photographes l’attendait. Peu après, sa femme entreprenait les procédures de divorce. 

Quant à son indignation devant la publication des photos du baiser échangé avec Dodi al-Fayed, elle était en grande partie feinte. «Elle était plus qu’heureuse qu’elles sortent, a affirmé un éditeur. Avec les ressources de la famille Fayed, il est clair que si elle n’avait pas désiré être vue, nous ne l’aurions pas vue. Nous avons même proposé de rappeler notre photographe, mais on nous a dit que ce n’était pas nécessaire. Il y avait une claire -bien que sous-entendue- coopération.» 

Bien consciente que l’intérêt de la presse pour son fils, le prince William, n’allait cesser de croître, Diana l’a même emmené avec elle à une de ces rencontres informelles avec un éditeur. «Je le préviens constamment à propos des médias, les dangers qu’ils représentent, et comment il doit les comprendre et interagir avec eux», confiait-elle à l’ex-éditrice du New Yorker, Tina Brown. La princesse espérait que son fils devienne aussi habile que John Kennedy fils à les tenir en respect. 

Les aptitudes de Diana à manipuler les médias ont toujours été largement reconnues, tout au long de sa vie. Mieux qu’une attachée de presse, elle agissait comme une vraie «spin doctor». «Ils (les médias) prétendent que je suis manipulatrice, disait-elle à Tina Brown. Mais quelle est l’alternative: s’asseoir et les laisser fabriquer votre image pour vous?» 

Ce souci de la représentation allait au-delà de la barrière entre les tabloïds et les journaux grands formats comme le Times, The Guardian et le Daily Telegraph. «Elle ne privilégiait pas les uns par rapport aux autres, mais établissait plutôt une distinction entre les journalistes qui lui étaient sympathiques et ceux qui ne lui étaient pas», estime Ross Benson, le chroniqueur du Daily Express 

«Si elle était contente de ce que vous aviez écrit, elle vous le faisait savoir. Mais si elle ne l’était pas, vous l’appreniez encore plus vite.» 

Le charme et le magnétisme de la princesse Diana étaient indéniables. Sa relation amour-haine avec les médias lui servait fréquemment à influencer l’opinion publique. Elle aura ainsi contribué – directement et indirectement – à moderniser l’image de la monarchie et les relations de celle-ci avec les médias. 

En contrepartie, elle était consciente qu’elle devenait la proie ultime pour les chasseurs d’images. 

À cette partie de cache-cache, elle se servait habilement de toutes les ressources à sa disposition – il était implicite que tant la victime que ses poursuivants avaient intérêt à ce que le jeu se prolonge le plus longtemps possible. 

Malheureusement, la «victime» a été prise à son propre piège. 

Sa popularité dans la presse lui permettait aussi de faire passer son message dans les causes qu’elle affectionnait, comme sa campagne pour faire bannir les mines antipersonnel. 

Le somptueux mariage de Diana Spencer et du prince Charles, le 29 juillet 1981, avait été retransmis sur les télés du monde entier. Ce fut le début d’une longue histoire d’amour-haine avec les médias.