Communication politique

Gilets Jaunes : La communication politique doit se réinventer

 

Florian Silnicki, Expert en stratégies de communication qui dirige l’agence LaFrenchCom était l’invité de CNEWS afin de décrypter la séquence politique des Gilets Jaunes invités à Matignon par le Premier Ministre. Il est revenu sur la liquidité de cette nouvelle forme de mobilisation sociale et l’impuissance de l’arme des codes traditionnels de la communication politique pour y répondre.

Le rendez-vous d’une délégation de Gilets jaunes avec Edouard Philippe a viré au fiasco. Deux représentants, contestés, souhaitaient que cette rencontre soit filmée, refus catégorique du Premier ministre qui n’a pas pris le risque de perdre le contrôle de son image politique et de sa communication. L’un des Gilets jaunes est donc immédiatement reparti.

« Ce qui est frappant, c’est que ceux qui défilent aujourd’hui ce sont des personnes qui n’étaient pas militants syndicaux ou politiques. Ils sont entrés dans la mobilisation sur Facebook ce qui donnent confiance et courage à ceux qui manifestent. » pour Florian Silnicki

« Les réseaux sociaux, en premier lieu Twitter et Facebook, jouent un rôle fondamental depuis le début de la mobolisation sociale des #giletsjaunes, formidables caisses de résonance de leurs revendications » affirme Florian Silnicki

« Ce #1erDecembre c’est l’illustration de la facebookisation de la société et des mouvements sociaux. Les gens simples qui défilent, c’est la France d’en bas qui souffre qui dénonce des privilèges. La voiture est LE symbole du pouvoir d’achat en déclin. » ajoute l’expert en communication.

« Les communicants d’@EmmanuelMacron jugent son image injuste et injustifiée. Il y a évidemment une part d’injustice. Il incarne LE pouvoir. Il incarne LA politique. Il est naturellement aussi le réceptacle des colères nées des pratiques politiques passées » analyse Florian Silnicki

« Face aux #giletsjaunes @EmmanuelMacron souffre dans sa communication d’une image forgée les premiers jours du quinquennat : être le Président des riches. Ses formules provocatrices à l’égard du chômeur ou lors de l’affaire #benalla ont accentué cette perception. » décrypte Florian Silnicki

« Dans leur communication de crise face aux #giletsjaunes, nos dirigeants doivent impérativement faire preuve d’empathie. Les dirigeants doivent envoyer le signe d’une prise de conscience qui crédibilisera les réponses politiques qu’ils formuleront par la suite. » dit Florian Silnicki

« Les #giletsjaunes ébranlent nos dirigeants politiques. Dans l’univers éphémère de Twitter et des chaînes d’info en continu, l’omniprésence des Gilets Jaunes oblige les dirigeants, en campagne permanente, à faire face à des situations individuelles exacerbées… »

« Les communicants connaissaient la règle des médias en France : on lèche, on lâche, on lynche. Les politiques affrontent désormais la même règle avec leurs électeurs dont les votes obéissent à une rotation de plus en plus rapide (ils essaient tous les partis) »

« Les #giletsjaunes sont une illustration du fait qu’internet balaie tout sur son passage, y compris la communication politique qui doit être réinventée. Le temps médiatique ou digital n’a jamais été le même que le temps politique. C’est aujourd’hui une source de frustration. »

« La mobilisation des #GiletsJaunes se twitte, se facebooke, s’instagrame, se SMS, se selfise… Dans un tel contexte, comment faire passer des messages pour nos dirigeants politiques ? Comment parler de situation compliquée au plus grand nombre ? Avec empathie ! »

« Les #GiletsJaunes dans notre société liquide vivent les syndicats comme un obstacle. Ils se sont donc mobilisés individuellement. Cette mobilisation sociale a perdu tout caractère militant ou syndical. Les corps intermédiaires sont vécus comme un asservissement. »

« Emmanuel Macron a, le premier, compris que dans notre société liquide, les partis politiques étaient des obstacles. 380 000 personnes ont adhéré en 2016 d’un simple clic sans payer, pour le mener à l’Elysée. Personne n’y croyait, l’opération a réussi. »

« Les #giletsjaunes sont une épreuve pour le pouvoir qui fait face à la liquéfaction de la mobilisation sociale. L’essentiel pour les Gilets Jaunes est de faire céder le pouvoir. L’essentiel pour le Pouvoir est de tenter de lire et de fixer leurs revendications. »

« Il y a un défi majeur de communication politique. Les #giletsjaunes sont enfermés dans des canaux d’information confortant leurs croyances initiales, mêmes fausses et rejetant les informations dissonantes, mêmes vérifiées … la com’ est un sport de combat ! »