Que faire quand ChatGPT vous diffame

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L’IA générative publie du texte à la vitesse de la pensée humaine… mais sans filtre humain. Votre nom, celui de votre marque ou de votre PDG peut se retrouver mêlé à une affaire d’escroquerie, de corruption ou de fraude que personne n’a jamais commise. C’est le phénomène de « hallucination », c’est‑à‑dire la génération d’informations plausibles mais entièrement inventées. Or, un dirigeant qui lit « Selon ChatGPT, X a détourné 3 millions » a déjà perdu le contrôle du récit : même si le contenu est faux, la rumeur est partie. Le cas Walters v. OpenAI (États‑Unis, 2023‑2025) l’a prouvé : en moins d’une heure, un journaliste a publié un résumé de plainte imaginaire sorti de ChatGPT, forçant l’intéressé à porter plainte pour diffamation – procédure finalement perdue faute de preuves de préjudice, mais coûteuse en temps et en réputation.

Comment ChatGPT peut‑il se tromper sur vous ?

  • Données d’entraînement contaminées : forums, articles mal sourcés, posts anonymes et fermes de fakenews indexées comme sources
  • Confusion d’homonymes : le maire australien Brian Hood a été faussement présenté comme condamné pour corruption ; il n’était en réalité qu’un lanceur d’alerte.
  • Prompt biaisé : l’utilisateur qui interroge le modèle peut glisser de fausses prémisses ; l’IA les reprend.
  • Mise à jour incomplète : ChatGPT « gelé » à une date donnée peut relayer une ancienne rumeur déjà démentie.

Comprendre ces sources d’erreur vous aide à bâtir la riposte : on ne répare pas un bug de données comme on gère un mensonge délibéré.

Check‑list d’alerte – Détecter la diffamation

  1. Scan quotidien : paramétrez un bot interne qui interroge ChatGPT (ou d’autres GPT) tous les matins avec : « Que pouvez‑vous me dire sur <Nom de l’entreprise> ? ». Archivez les réponses.
  2. Capture : faites immédiatement une capture d’écran + URL de la conversation. Les juges l’exigent (preuve horodatée).
  3. Ré‑exécution : relancez le même prompt ; vérifiez si la réponse varie – critique pour démontrer l’instabilité de la source.
  4. Gravité : notez si l’information est factuellement fausse et nuisible à la réputation – condition clé du délit de diffamation dans la plupart des juridictions.
  5. Tableau d’impact : évaluez : mentions sur X/LinkedIn ? reprise presse ? capture d’écran virale ?

Riposte tactique en 48 heures – le plan « C‑L‑E‑A‑N‑E‑R »

Étape Action Détail terrain
C – Collecte Centralisez toutes les preuves (captures, logs, posts) dans un dossier partagé sécurisé.
L – Legal hold Informez le juriste interne : gel des e‑mails pertinents pour éviter la destruction de preuves.
E – Expliquez Rédigez un holding statement de 100 mots maximum : « Une information générée par une IA, sans vérification, est fausse ; nos conseils étudient les suites ». Diffusez‑le sur vos canaux officiels.
A – Alert OpenAI Formulaire « Report Content » : https://openai.com/form/report-content. Sélectionnez « Defamation/False Statements », joignez captures & justification. (OpenAI Help Center, OpenAI)
N – Négociez Demandez la suppression et la mise à jour du modèle ; proposez un lien officiel (communiqué, décision de justice).
E – Engagez SEO Publiez un article factuel optimisé (titre <60 caractères, métadonnées « organisation » schema.org) pour repousser les traces de l’info fausse.
R – Revoyez Une semaine plus tard, testez à nouveau ChatGPT ; si la sortie diffamatoire subsiste, escaladez (voir § 7).

Tour du monde des contentieux (2023‑2025)

Pays Affaire Enseignement dirigeant
États‑Unis Walters v. OpenAI : ChatGPT invente un détournement de fonds. Procès perdu par le plaignant en mai 2025 ; le juge estime absence de « faute » et reconnaît les avertissements d’OpenAI. Prouver le préjudice reste clé.
Australie Mayor Brian Hood menaces de poursuite (2023). Après la mise en demeure, OpenAI a « effacé » le nom : effet collatéral de censure involontaire. Risque de sur‑correction : préparez un plan B si vos contenus légitimes disparaissent aussi.
Norvège / UE Plainte NOYB (2025) : ChatGPT accuse à tort un citoyen de meurtre. Action GDPR pour inexactitude et absence de rectification. Le droit à la rectification (art. 16 GDPR) devient l’angle d’attaque privilégié.
Espagne & Pologne Autorités de protection des données enquêtes pour « données personnelles inexactes ». Les DPA peuvent imposer des amendes avant même un jugement civil.
Japon Le Code pénal (art. 230) couvre la diffamation ; les avocats locaux testent la qualification d’outputs IA comme « publication ».
Sanctions judiciaires (US) Mata v. Avianca (2023) : $5 000 d’amende pour citations fictives générées par ChatGPT. Autres sanctions récentes (Alabama 2025). Même si ce n’est pas votre boîte qui a utilisé l’IA, exigez la vérification de toute source avant dépôt au tribunal.

Cadre juridique à connaître

  • États‑Unis – Section 230 : OpenAI argue qu’il est un « fournisseur de service interactif ». Un juge d’État peut néanmoins laisser une plainte avancer si le plaignant vise la conception du modèle (Hallucinations ≠ contenu tiers). Le débat est ouvert depuis Walters.
  • Union européenne – AI Act 2024/1689 : obligations de transparence pour les modèles génériques ; devoir de prévenir les risques systémiques, dont la diffamation.
  • Digital Services Act (2024) : procédure « notice‑and‑action » ; si vous êtes victime, vous pouvez exiger le retrait dans toute l’UE, pas seulement dans un pays.
  • GDPR art. 5 & 16 : exactitude des données + droit à rectification. Les plaintes NOYB misent sur ces articles pour forcer la correction des hallucinations.
  • Règlement international (G7 Code of Conduct 2025) : pression soft law ; mentionnez‑le dans vos courriers pour montrer que le fournisseur manque à ses propres engagements.

Arsenal juridique – Trois voies possibles

  1. Notification + mise en demeure (coût faible)
    • Lettre RAR ou e‑mail juridique au Legal d’OpenAI.
    • Rappel des faits, capture, textes applicables (DSA, GDPR, loi locale).
    • Délai raisonnable : 7 jours pour retirer ou corriger.
  2. Plainte auprès d’une autorité
    • UE : CNIL, AEPD, UODO… plus rapide qu’un procès ; possibilité d’amende jusqu’à 4 % du CA mondial.
    • US : FTC pour pratiques trompeuses ; vise la promesse de « réponses fiables ».
  3. Action en justice
    • Diffamation ou concurrence déloyale.
    • Avantages : dommages‑intérêts, injonction de correction.
    • Inconvénients : durée (18‑24 mois), coût élevé, jurisprudence encore maigre.

Décider : si la fausse allégation touche la sécurité (ex : fraude financière) et se propage (presse), envisagez l’option 3. Sinon, combinez 1 + 2.

Ce qu’ont appris les premiers plaignants

  • La preuve d’un dommage financier direct est difficile : Mark Walters n’a pas pu montrer de perte de revenus mesurable ; son action a été rejetée.
  • OpenAI s’appuie sur ses disclaimers : la mention « Peut contenir des erreurs » a convaincu le juge. Intégrez aussi un avertissement similaire si vous déployez un chatbot interne.
  • La presse adore l’histoire « David contre Goliath » : préparez votre story‑telling, sinon d’autres le feront.
  • Les autorités européennes sont plus sensibles à la notion d’exactitude des données personnelles qu’à la diffamation au sens strict : la voie GDPR peut aller plus vite que la voie civile.

Gabarits prêts‑à‑l’emploi

A. Mail d’alerte interne (– 150 mots)

Objet : ALERTE IA – sortie diffamante ChatGPT
Captures stockées ici : [lien interne]. Merci de ne pas répondre publiquement avant validation Legal/Com. Stand‑by pour brief à 14 h.

B. Lettre de mise en demeure (extrait)

« Nous vous mettons formellement en demeure de retirer ou corriger dans un délai de 7 jours les contenus diffamatoires générés par votre service ChatGPT, identifiés sous les URLs jointes, conformément à l’article 16 du RGPD, au DSA (articles 16‑22) et à vos propres Usage Policies. À défaut, nous saisirons l’autorité compétente et le tribunal… »

C. Holding statement public

« Une réponse automatique d’IA a relayé des informations fausses sur [Nom]. Nous les contestons formellement, avons saisi le fournisseur pour correction et réservons toutes voies de droit. »