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Pourquoi le public cherche toujours un coupable en temps de crise

coupable

La quête du coupable : un réflexe humain avant d’être médiatique

Lorsqu’une crise éclate, une question surgit presque immédiatement dans l’espace public : « Qui est responsable ? » Cette question ne relève pas uniquement d’un besoin d’information. Elle traduit un mécanisme psychologique profond. Avant même de comprendre ce qui s’est passé, le public cherche à désigner un coupable. Non par cynisme, mais par besoin de sens et de soulagement émotionnel.

En communication de crise, ignorer ce réflexe revient à mal diagnostiquer la situation. La recherche du coupable n’est pas une dérive du débat public : c’en est le moteur central.

Comme l’explique Florian Silnicki, expert en communication de crise :

« En crise, le public ne cherche pas d’abord des explications. Il cherche une incarnation de ce qui a mal tourné. »

Le coupable comme réponse à l’angoisse

Toute crise crée un sentiment de désordre. Quelque chose qui était supposé fonctionner ne fonctionne plus. Cette rupture génère de l’angoisse. Or, l’angoisse est psychologiquement difficile à supporter dans la durée.

Désigner un coupable permet de réduire l’incertitude. Le chaos devient intelligible. Le problème n’est plus systémique, flou ou abstrait : il est localisé. Même si cette explication est simpliste ou erronée, elle est émotionnellement rassurante.

Le cerveau préfère une mauvaise explication claire à une absence d’explication.

La désignation du coupable comme illusion de contrôle

Chercher un coupable, c’est aussi reprendre symboliquement le contrôle. Si quelqu’un est responsable, alors le problème semble maîtrisable : il suffirait de sanctionner, corriger ou éliminer cet acteur pour que tout rentre dans l’ordre.

Cette logique est psychologiquement confortable, mais elle est rarement fidèle à la réalité des crises modernes, qui sont souvent le produit :

  • de systèmes complexes,
  • d’enchaînements de décisions,
  • de contraintes contradictoires,
  • de facteurs externes.

Pourtant, le public résiste à cette complexité. Elle est anxiogène. Le coupable, lui, est simple.

Pourquoi les organisations deviennent des coupables idéaux

Les organisations concentrent naturellement la colère collective. Elles sont visibles, puissantes, impersonnelles. Elles incarnent une autorité qui aurait dû prévenir, contrôler ou protéger.

Dans l’imaginaire collectif, une organisation :

  • savait ou aurait dû savoir,
  • pouvait ou aurait dû pouvoir,
  • avait les moyens d’éviter la crise.

Cette perception rend la désignation presque automatique. Même en l’absence de faute claire, l’organisation devient le réceptacle logique de la colère.

Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom, souligne souvent cette asymétrie :

« En crise, la présomption d’innocence n’existe pas pour les organisations. »

Le rôle amplificateur des médias et des réseaux sociaux

Les médias et les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette dynamique. Une crise sans coupable identifié est difficile à raconter. Une crise avec un responsable clairement désigné devient immédiatement plus lisible, plus émotionnelle et plus engageante.

Les réseaux sociaux accélèrent encore ce phénomène. L’accusation y est plus virale que la nuance. La désignation d’un coupable y fonctionne comme un signal de ralliement émotionnel.

Très vite, le débat ne porte plus sur les faits, mais sur la légitimité de la condamnation.

Pourquoi réfuter la culpabilité frontalement échoue souvent

Face à cette pression, de nombreuses organisations commettent la même erreur : nier frontalement toute responsabilité. Cette posture est rarement efficace. Elle est perçue comme un déni, une fuite ou une arrogance.

Dans un contexte émotionnellement chargé, la négation ne calme pas la colère. Elle la nourrit. Le public n’interprète pas le refus comme une prudence, mais comme un refus d’assumer.

C’est pour cette raison que les stratégies de type responsibility without blame sont souvent plus efficaces que la défense purement factuelle.

Le sacrifice du bouc émissaire : une fausse solution

Certaines organisations tentent de répondre à la pression en désignant rapidement un individu fautif. Ce sacrifice symbolique peut produire un apaisement temporaire, mais il comporte des risques majeurs.

Il suggère que le problème est isolé, ce qui est rarement crédible. Il peut être perçu comme une manœuvre cynique. Et surtout, il n’éteint pas la colère durablement : le public soupçonne presque toujours l’existence de responsabilités plus larges.

Comme le rappelle Florian Silnicki, expert de la gestion des crises :

« Sacrifier un individu ne règle jamais une crise systémique. »

La responsabilité comme alternative à la culpabilité

La clé n’est pas d’échapper à toute responsabilité, mais de reformuler la responsabilité. Le public cherche un coupable, mais il peut accepter une responsabilité assumée autrement.

Parler de prise en charge, d’actions correctives, de gouvernance et de prévention permet de déplacer le débat. La question cesse progressivement d’être « Qui doit payer ? » pour devenir « Que fait-on pour que cela ne se reproduise pas ? »

Ce déplacement est lent, mais il est souvent le seul moyen de sortir durablement de la crise.

Quand la recherche de coupable devient une impasse

Dans certaines crises, la recherche de coupable ne s’éteint jamais. Elle devient une grille de lecture permanente. Chaque nouvel événement est interprété comme une confirmation de la faute initiale.

Cela se produit lorsque :

  • la responsabilité n’a jamais été reformulée,
  • le récit est resté accusatoire,
  • la sortie de crise n’a pas été structurée.

La crise devient alors une étiquette durable.

Intégrer ce mécanisme dans la stratégie de crise

Comprendre que le public cherchera toujours un coupable permet d’anticiper plutôt que de subir. La communication de crise ne doit pas se demander comment éviter la désignation, mais comment la transformer.

Les techniques de framing, de narrative control, d’empathy framing et de responsibility without blame prennent ici tout leur sens. Elles permettent de répondre au besoin psychologique sans enfermer l’organisation dans une condamnation irréversible.

On ne supprime pas la quête du coupable, on la canalise

La recherche d’un coupable est un réflexe humain, pas une dérive médiatique. Vouloir la combattre frontalement est souvent vain. En revanche, la comprendre permet de la canaliser vers des formes moins destructrices.

En communication de crise, le véritable enjeu n’est pas d’échapper à toute accusation, mais de transformer une logique de blâme en logique de responsabilité.

Comme le résume Florian Silnicki :

« En crise, on ne gagne pas en niant la colère, mais en lui donnant une issue intelligible. »