- Une tentation compréhensible, mais risquée
- Le droit et la communication ne répondent pas aux mêmes logiques
- Le silence juridique face à l’exigence de parole publique
- Quand le langage juridique devient contre-productif
- Le risque de transformer une crise gérable en crise d’image majeure
- La complémentarité indispensable entre avocats et communicants
- Le rôle spécifique du dirigeant dans cet équilibre
- Une question de temporalité et de sortie de crise
- Le droit protège, la communication répare et préserve
Une tentation compréhensible, mais risquée
Lorsqu’une crise éclate et qu’un risque juridique apparaît, le premier réflexe de nombreux dirigeants est de se tourner vers leurs avocats. Cette réaction est logique. La peur des conséquences pénales, financières ou réglementaires prend immédiatement le dessus. Dans ce contexte, la communication est souvent considérée comme un prolongement du juridique, voire comme un sujet secondaire qui doit être strictement encadré pour éviter toute erreur.
Beaucoup de dirigeants font alors le choix de laisser les avocats piloter, ou fortement contraindre, la parole publique de l’entreprise. Ce choix peut sembler prudent, mais il comporte un risque majeur : transformer une crise juridique en crise réputationnelle durable. Comprendre pourquoi la communication de crise ne peut pas être gérée uniquement par une logique juridique est essentiel pour éviter cet écueil.
Le droit et la communication ne répondent pas aux mêmes logiques
Le rôle de l’avocat est de protéger son client sur le plan juridique. Il cherche à minimiser les risques judiciaires, à éviter toute reconnaissance de responsabilité prématurée et à sécuriser chaque mot au regard du droit. Cette approche est indispensable, mais elle repose sur une logique défensive, prudente et souvent silencieuse.
La communication de crise, elle, s’inscrit dans un espace public régi par d’autres règles. Elle doit composer avec les perceptions, les émotions, les attentes symboliques et les dynamiques médiatiques. Ce qui est juridiquement sûr n’est pas toujours compréhensible, acceptable ou crédible pour l’opinion. À l’inverse, ce qui apaise une crise médiatique peut parfois exposer à un risque juridique s’il n’est pas correctement encadré.
C’est précisément cette tension entre deux logiques légitimes, mais différentes, qui rend dangereuse une gestion exclusivement juridique de la communication de crise.
Le silence juridique face à l’exigence de parole publique
Les avocats privilégient souvent le silence, surtout en début de crise. D’un point de vue juridique, cette posture est cohérente. Elle permet d’éviter les déclarations hasardeuses et de préserver la stratégie de défense. Mais dans l’espace médiatique et social, ce silence est rarement neutre.
L’opinion publique n’interprète pas le silence comme une précaution juridique, mais comme une fuite, un mépris ou un aveu implicite. Plus le silence dure, plus les narratifs externes se structurent sans contradiction. Les journalistes, les réseaux sociaux et parfois les opposants occupent alors l’espace laissé vacant.
Comme le souligne l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« Le silence est souvent juridiquement confortable, mais médiatiquement explosif. »
Quand le langage juridique devient contre-productif
Une autre difficulté réside dans le langage lui-même. Les formulations juridiques sont précises, prudentes et souvent complexes. Elles sont conçues pour être interprétées par des professionnels du droit, pas par le grand public. En situation de crise, ce type de discours peut apparaître froid, technocratique ou déshumanisé.
Un communiqué rédigé exclusivement sous un prisme juridique peut donner l’impression que l’entreprise se cache derrière des formules, refuse d’assumer ou minimise les impacts humains de la situation. Cette perception alimente l’indignation et renforce la défiance, même lorsque le fond du message est juridiquement irréprochable.
La communication de crise nécessite un travail sur le ton, la posture et l’empathie, dimensions qui ne relèvent pas du champ du droit mais sont centrales pour apaiser une crise.
Le risque de transformer une crise gérable en crise d’image majeure
De nombreuses crises deviennent des désastres réputationnels non pas à cause des faits initiaux, mais à cause d’une communication perçue comme rigide, défensive ou déconnectée. Lorsque la parole publique est entièrement verrouillée par une logique juridique, elle peut manquer de souplesse et d’adaptation.
Le dirigeant peut alors apparaître absent, insensible ou uniquement préoccupé par sa défense, ce qui renforce la personnalisation négative de la crise. L’entreprise donne l’image d’une organisation repliée sur elle-même, incapable de reconnaître les inquiétudes légitimes de ses parties prenantes.
Dans ce type de configuration, la crise change de nature. Elle n’est plus seulement juridique ou factuelle, elle devient morale et symbolique, ce qui la rend beaucoup plus difficile à contenir.
La complémentarité indispensable entre avocats et communicants
Dire que la communication de crise ne peut pas être pilotée uniquement par les avocats ne signifie pas qu’elle doit s’affranchir du juridique. Bien au contraire. Une communication de crise efficace repose sur une coordination étroite entre les avocats et les experts en communication.
L’enjeu n’est pas de choisir entre protection juridique et protection réputationnelle, mais de trouver un équilibre intelligent entre les deux. Les avocats sécurisent le cadre, les communicants travaillent la perception. Ensemble, ils permettent au dirigeant de prendre la parole de manière responsable, maîtrisée et crédible.
Comme l’explique le Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom, Florian Silnicki :
« Une bonne communication de crise est juridiquement sécurisée et médiatiquement intelligible. L’un sans l’autre est dangereux. »
Le rôle spécifique du dirigeant dans cet équilibre
Le dirigeant se trouve souvent au cœur de cette tension. Il reçoit des recommandations parfois contradictoires et doit arbitrer dans un contexte de forte pression. S’en remettre exclusivement aux avocats peut sembler rassurant, mais cela revient à traiter une crise multidimensionnelle avec une seule grille de lecture.
Le rôle du dirigeant est précisément de dépasser cette approche mono-dimensionnelle. En s’entourant à la fois de juristes et d’experts en communication de crise, il se donne les moyens de piloter la situation dans toutes ses dimensions, sans sacrifier l’une à l’autre.
Une question de temporalité et de sortie de crise
Enfin, la gestion uniquement juridique d’une crise tend à se focaliser sur le court terme et sur l’issue procédurale. Or, la réputation d’une entreprise et d’un dirigeant se joue souvent bien au-delà du calendrier judiciaire. Une affaire peut être classée ou se conclure favorablement sur le plan juridique, tout en laissant une image durablement dégradée.
La communication de crise travaille précisément sur cette temporalité longue. Elle vise à préserver la capacité de l’organisation à fonctionner, à recruter, à convaincre et à se projeter après la crise. Cet objectif dépasse largement le cadre du droit, même s’il doit s’y articuler.
Le droit protège, la communication répare et préserve
Les avocats sont des alliés indispensables en situation de crise, mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, en piloter la communication. Le droit protège contre les sanctions, la communication protège contre la perte de confiance. L’un sans l’autre expose le dirigeant à des risques majeurs.
Comprendre cette complémentarité permet d’éviter une erreur fréquente et coûteuse : croire qu’en se taisant juridiquement, on se protège totalement. En réalité, on ne fait souvent que déplacer le risque.
Comme le résume Florian Silnicki :
« Une crise se gagne rarement uniquement devant un tribunal. Elle se joue aussi, et souvent d’abord, dans l’opinion. »