- Ce qui compte en crise n’est pas la langue, mais la maîtrise de la gestion de crise
- La fausse équation : international = anglais obligatoire
- En crise, la précision prime sur la performance linguistique
- Le mythe de l’anglais comme langue neutre
- Ce que le public international attend réellement
- Parler en français est légitime… à certaines conditions
- L’erreur inverse : parler anglais pour “faire international”
- Le vrai sujet : le contrôle du récit, pas la langue
- Parler français peut être un acte de leadership
- La langue n’est jamais le cœur de la crise
Nicolas Féraud, président de la commune de Crans-Montana a été beaucoup critiqué pour avoir utilisé la langue française lors de sa conférence de presse. C’est pourtant le seul point non critiquable de sa conférence de presse. Nicolas Féraud a fait un choix stratégique en utilisant le français pour intervenir. Avec 300 millions de locuteurs, le français est l’une des langues les plus parlées au monde. C’est aussi la seule langue, avec l’anglais, à être parlée sur cinq continents !
Ce qui compte en crise n’est pas la langue, mais la maîtrise de la gestion de crise
À chaque crise internationale, la polémique revient comme un réflexe pavlovien : « Pourquoi parler en français ? Il aurait fallu parler en anglais. »
Cette critique absurde, souvent présentée comme une évidence moderne, repose en réalité sur une confusion profonde entre langue, efficacité et crédibilité. En communication de crise, parler en français n’est pas un problème y compris face à un public international. Le vrai sujet n’est pas la langue utilisée, mais la manière dont elle est utilisée et encadrée.
Dans de nombreuses crises récentes, la langue est devenue un faux débat, un dérivatif commode qui masque les véritables enjeux : clarté du message, cohérence de la posture, maîtrise du tempo et crédibilité de la parole.
Comme le rappelle l’expert en communication de crise internationalement reconnu, Florian Silnicki :
« En crise internationale, la langue n’est jamais le problème central. Le problème, c’est l’improvisation, pas le français. »
La fausse équation : international = anglais obligatoire
L’idée selon laquelle une conférence de presse internationale devrait nécessairement se tenir en anglais repose sur une vision simpliste de la communication mondiale. Elle confond langue dominante et langue efficace.
Dans les faits, les grandes institutions internationales, les États, les organisations multilatérales et de nombreuses entreprises parlent régulièrement leur langue nationale, y compris dans des contextes de crise mondiale. Ce qui rend leur communication compréhensible et acceptable n’est pas la langue choisie, mais le dispositif qui l’accompagne.
Parler anglais n’est pas une garantie de compréhension. L’histoire démontre que parler français n’est pas du tout un obstacle à la crédibilité.
En crise, la précision prime sur la performance linguistique
Une crise n’est pas un exercice de fluidité linguistique. C’est un exercice de précision, de contrôle et de responsabilité. Or, pour de nombreux dirigeants et porte-parole, s’exprimer dans une langue qui n’est pas la leur augmente considérablement les risques :
- maladresses lexicales,
- approximations sémantiques,
- formules ambiguës,
- erreurs irréversibles.
Dans une langue étrangère, la capacité à nuancer, cadrer, refuser un terme ou reprendre le contrôle d’une question diminue fortement. En crise, chaque mot engage. Parler dans sa langue maternelle permet une maîtrise infiniment plus fine du discours.
Florian Silnicki le souligne souvent en media training de crise :
« Une phrase mal formulée en anglais peut coûter plus cher qu’un discours parfaitement maîtrisé en français. »
Le mythe de l’anglais comme langue neutre
L’anglais est souvent présenté comme une langue “neutre” et universelle. En réalité, il est tout sauf neutre. Il est chargé culturellement, politiquement et symboliquement. Parler anglais, c’est aussi entrer dans un cadre culturel précis, avec ses codes, ses attentes et ses pièges.
Dans certaines crises internationales, parler anglais peut même être perçu comme :
- une concession inutile,
- une tentative de séduction médiatique,
- ou une perte d’ancrage et d’autorité.
À l’inverse, parler français peut être interprété comme un acte de stabilité, de continuité et de souveraineté symbolique, à condition que cela soit fait avec rigueur.
Ce que le public international attend réellement
Contrairement à une idée reçue, le public international n’attend pas nécessairement que tout soit dit en anglais. Il attend avant tout :
- des messages clairs,
- une posture maîtrisée,
- une cohérence entre paroles et actes,
- une absence d’ambiguïté.
Les journalistes internationaux sont habitués aux conférences de presse multilingues. Ils travaillent avec des interprètes, des transcriptions, des traductions officielles. Ce qu’ils sanctionnent, ce n’est pas la langue, mais l’imprécision, l’arrogance ou l’improvisation.
Parler en français est légitime… à certaines conditions
Dire que parler français n’est pas un problème ne signifie pas que tout est permis. Cette stratégie repose sur des conditions strictes.
La première est la mise en place d’un dispositif d’interprétation professionnelle. Pas une traduction approximative a posteriori, mais une interprétation simultanée ou quasi immédiate, fiable, assumée, visible. Cela montre que l’organisation respecte son public international.
La deuxième condition est la préparation du message pour l’international. Parler français ne signifie pas parler “local”. Les références culturelles, les implicites nationaux, les tournures trop spécifiques doivent être évités. Le discours doit être pensé pour être compris au-delà de son contexte d’origine.
La troisième condition est la discipline absolue du message. Plus encore qu’en contexte national, la répétition, la clarté et la cohérence sont essentielles. La langue française devient alors un outil de précision, pas un obstacle.
L’erreur inverse : parler anglais pour “faire international”
Certaines organisations choisissent l’anglais non par nécessité, mais par souci d’image. Le résultat est souvent contre-productif. Un dirigeant mal à l’aise, hésitant, prisonnier de formules simples donne une impression de faiblesse, voire de confusion.
Dans une crise internationale, l’autorité perçue compte plus que la performance linguistique. Un message ferme, clair et stable en français, correctement interprété, est presque toujours plus crédible qu’un discours approximatif en anglais.
Le vrai sujet : le contrôle du récit, pas la langue
Les polémiques sur la langue sont souvent révélatrices d’un malaise plus profond. Elles apparaissent lorsque :
- le message est flou,
- la posture est contestée,
- la crise est mal cadrée.
La langue devient alors un bouc émissaire commode. On critique le français pour éviter de parler du fond : manque de clarté, contradictions, absence de cap.
Comme le résume Florian Silnicki :
« Quand le message est solide, la langue cesse d’être un sujet. Quand le message est fragile, tout devient polémique. »
Parler français peut être un acte de leadership
Dans certaines situations, parler français lors d’une crise internationale est même un acte de leadership. Cela signifie :
« Nous assumons notre parole, notre cadre, notre responsabilité. »
Ce choix n’est pas un repli. C’est une affirmation de maîtrise. À condition, encore une fois, que l’organisation montre qu’elle se rend compréhensible, sans arrogance ni désinvolture.
La langue n’est jamais le cœur de la crise
Dire qu’il faut absolument parler anglais lors d’une crise internationale est une idée reçue dangereuse. Elle détourne l’attention des vrais enjeux : précision, cohérence, crédibilité, contrôle du récit.
Parler français n’est pas un problème.
Parler mal, dans n’importe quelle langue, en est un.
La bonne question n’est donc pas « En quelle langue faut-il parler ? »
Mais « Sommes-nous capables de maîtriser parfaitement ce que nous disons, et la manière dont cela sera compris ? »
Comme le résume Florian Silnicki :
« En crise internationale, la langue est un outil. La maîtrise est le message. »