- Comprendre la non-validation en situation de crise médiatique
- Pourquoi les questions pièges sont si dangereuses en communication de crise
- Le principe fondamental de la non-validation
- Non-validation et crédibilité : une posture d’équilibre
- Non-validation et gestion de la responsabilité
- Non-validation et interviews en direct
- Non-validation sur les réseaux sociaux
- Les erreurs fréquentes dans la non-validation
- Non-validation et cohérence globale de la stratégie de crise
- Refuser le cadre sans refuser le dialogue
Comprendre la non-validation en situation de crise médiatique
En communication de crise, toutes les questions ne sont pas neutres. Beaucoup contiennent un présupposé implicite, une accusation déguisée ou une interprétation déjà formulée. Répondre directement à ce type de question revient souvent à valider un cadre défavorable, même si la réponse est nuancée ou défensive. La technique de la non-validation consiste précisément à répondre sans jamais accepter le présupposé contenu dans la question.
La non-validation est une compétence centrale en media training de crise. Elle permet de préserver la maîtrise du récit tout en restant audible, calme et crédible. Elle ne consiste ni à esquiver, ni à contredire frontalement, mais à refuser implicitement le cadre imposé.
Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« En crise, beaucoup de questions sont déjà des jugements. Y répondre sans les valider est une compétence stratégique. »
Pourquoi les questions pièges sont si dangereuses en communication de crise
En période de crise, les journalistes cherchent à clarifier, mais aussi à tester, provoquer ou faire émerger des aveux. Les questions prennent alors une forme orientée : elles suggèrent une faute, une intention ou une responsabilité avant même que la réponse ne soit donnée.
Lorsque le porte-parole répond sans vigilance, il peut involontairement confirmer ce présupposé. Même une réponse négative peut valider le cadre de la question. Le public retient alors moins la réponse que l’idée implicite qu’elle contient.
La non-validation permet d’éviter ce piège. Elle protège l’organisation contre l’auto-accusation involontaire et limite la montée en intensité de la crise.
Le principe fondamental de la non-validation
La non-validation repose sur un mécanisme simple mais exigeant : ne jamais reprendre tel quel le vocabulaire, l’hypothèse ou la qualification proposée par l’interlocuteur, lorsque ceux-ci sont contestables ou prématurés.
Il ne s’agit pas de dire que la question est illégitime. Il s’agit de la reformuler implicitement, en la débarrassant de son biais, avant d’y répondre. Le porte-parole répond ainsi à sa propre version de la question, et non à celle imposée.
Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom, rappelle souvent que :
« Celui qui répond aux mots de l’autre adopte souvent son raisonnement sans s’en rendre compte. »
Non-validation et crédibilité : une posture d’équilibre
Contrairement à une idée reçue, la non-validation ne fragilise pas la crédibilité. Bien au contraire. Lorsqu’elle est bien exécutée, elle donne une impression de maîtrise, de calme et de rigueur intellectuelle.
Le public perçoit intuitivement qu’une question peut être orientée. Un porte-parole qui rectifie le cadre sans agressivité apparaît plus fiable qu’un interlocuteur qui se laisse enfermer ou qui se justifie excessivement.
La non-validation est donc une posture d’autorité tranquille. Elle montre que l’organisation ne se laisse pas dicter ses termes, sans pour autant refuser le dialogue.
Non-validation et gestion de la responsabilité
La non-validation ne sert pas à nier toute responsabilité. Elle sert à refuser une responsabilité mal formulée ou prématurée. Il est possible de reconnaître un problème sans accepter une qualification accusatoire.
Cette nuance est essentielle. Une crise peut nécessiter des excuses, des explications ou des mesures correctives. Mais accepter trop tôt un présupposé erroné peut enfermer l’organisation dans une lecture irréversible de la situation.
La non-validation permet de conserver cette marge de manœuvre.
Non-validation et interviews en direct
En interview en direct, la pression du temps rend la non-validation plus difficile. Le réflexe naturel est de répondre immédiatement, souvent en reprenant les termes entendus. Or, quelques secondes de recul suffisent parfois à reformuler intérieurement la question avant de répondre.
Cette technique exige une forte préparation mentale. Elle est systématiquement travaillée en media training de crise, car elle fait partie des mécanismes les plus protecteurs pour les dirigeants exposés.
Non-validation sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, la non-validation est tout aussi cruciale. Répondre à un commentaire orienté ou agressif en reprenant ses termes revient à amplifier son cadrage. Une réponse bien formulée permet au contraire de ramener l’échange sur un terrain factuel ou institutionnel.
Dans certains cas, la non-validation passe même par l’absence de réponse. Ne pas réagir à une accusation infondée peut être une forme de non-validation assumée.
Les erreurs fréquentes dans la non-validation
L’erreur la plus courante consiste à contester frontalement la question, ce qui peut apparaître comme une fuite ou une agressivité. Une autre erreur consiste à entrer dans une justification détaillée, qui valide indirectement le présupposé initial.
La non-validation efficace est sobre. Elle est souvent plus implicite qu’explicite. Elle repose sur le choix des mots, le ton et la reformulation.
Non-validation et cohérence globale de la stratégie de crise
La non-validation ne fonctionne que si elle s’inscrit dans une stratégie globale cohérente. Elle doit être alignée avec le framing, le narrative control et le language control. Isolée, elle peut sembler défensive. Intégrée, elle devient un outil puissant de stabilisation du discours.
Elle suppose également que tous les porte-parole adoptent la même vigilance. Une seule validation involontaire peut affaiblir l’ensemble du dispositif.
Refuser le cadre sans refuser le dialogue
La non-validation est une technique fine mais décisive de la communication de crise. Elle permet de répondre sans s’auto-accuser, d’exister médiatiquement sans subir les présupposés, et de préserver une capacité d’action dans un contexte tendu.
Dans un environnement où les questions sont souvent déjà des jugements, savoir ne pas valider ce qui ne doit pas l’être est une compétence stratégique majeure.
Comme le résume le spécialiste français en gestion de crise Florian Silnicki :
« En communication de crise, répondre n’est pas le plus difficile. Le plus difficile, c’est de répondre sans accepter un cadre qui n’est pas le vôtre. »