- La gestion de crise : le domaine des fausses évidences
- Les idées reçues sur la nature de la crise
- Les idées reçues sur le temps et la réactivité
- Les idées reçues sur l’organisation et la méthode
- Les idées reçues sur la communication en temps de crise
- Les idées reçues sur la psychologie de la crise
- Les idées reçues sur l’après-crise
- Déconstruire les mythes pour construire la résilience
La gestion de crise : le domaine des fausses évidences
La gestion de crise fait partie de ces disciplines que tout le monde croit comprendre… jusqu’à ce que la crise éclate.
Souvent perçue comme une simple réaction d’urgence, elle est en réalité une organisation méthodique qui ne laisse rien au hasard, une culture répondant à ses propres codes et usages, et une méthode qui ne s’improvise pas.
Mais parce qu’elle touche à l’imprévisible, elle attire les raccourcis : “on improvisera”, “on verra lundi”, “on sait faire”.
Ces phrases, prononcées avant chaque grande crise, résument le décalage entre l’illusion de maîtrise et la réalité du chaos.
Cet article recense 60 idées reçues sur la gestion de crise, classées en six grandes familles.
Autant de mythes à déconstruire pour renforcer la résilience des organisations et restaurer la vérité d’un métier : celui de la lucidité sous pression.
Les idées reçues sur la nature de la crise
Avant d’apprendre à gérer une crise, il faut comprendre ce qu’elle est.
Beaucoup d’organisations et de dirigeants la perçoivent comme une rupture brutale, un événement isolé, une anomalie dans la routine.
C’est pourtant tout l’inverse : une crise est rarement un accident, c’est le résultat d’un enchaînement de fragilités.
- “Une crise, c’est un événement exceptionnel.”
C’est souvent un processus prévisible qui n’a pas été anticipé.
- “Les crises, c’est la faute à pas de chance.”
La chance n’a rien à voir : c’est la préparation qui fait la différence.
- “Une crise, c’est une mauvaise passe.”
C’est un test de gouvernance et de cohérence.
- “Les crises ne concernent que les grandes entreprises.”
Les petites structures sont souvent les plus vulnérables.
- “Les crises sont toujours externes.”
Beaucoup viennent de l’intérieur : tensions, management, procédures, culture.
- “On ne peut pas tout prévoir.”
Certes, mais on peut tout préparer.
- “Une crise, c’est d’abord un problème de communication.”
Non : c’est un problème de décision, d’organisation et d’humain.
- “Les crises, c’est pour les autres.”
Tous les secteurs finissent par y être confrontés.
- “Les crises arrivent par surprise.”
En réalité, elles murmurent toujours avant de crier.
- “Une crise, c’est temporaire.”
Ses effets sur la confiance, eux, durent longtemps.
Les idées reçues sur le temps et la réactivité
Le temps est la ressource la plus rare en gestion de crise.
Il s’accélère, se contracte, et échappe au contrôle des décideurs.
Certaines organisations croient qu’elles ont des heures ; elles n’ont souvent que des minutes.
Voici les erreurs les plus répandues sur la temporalité de la crise.
- “On aura le temps d’en parler.”
Non : la crise impose son propre tempo.
- “On attendra d’avoir toutes les infos.”
L’attente crée le vide, et le vide crée la panique.
- “Il vaut mieux ne rien faire que mal faire.”
L’inaction est souvent la pire des actions.
- “Le temps calmera les choses.”
Le temps sans stratégie nourrit la rumeur.
- “Les week-ends sont tranquilles.”
Les crises adorent les vendredis soir.
- “On a toute la nuit.”
Internet, lui, ne dort jamais.
- “Réagir trop vite, c’est risqué.”
Réagir trop tard, c’est fatal.
- “On aura le temps de se coordonner.”
Sans préparation, chaque minute devient un chaos.
- “On improvisera sur place.”
L’improvisation, en crise, coûte toujours plus cher que la préparation.
- “On verra lundi.”
Lundi, la crise sera déjà publique.
Les idées reçues sur l’organisation et la méthode
La gestion de crise repose sur une architecture précise : une cellule de crise, des circuits de décision, une coordination, un plan d’action.
Mais beaucoup d’entreprises confondent structure et bureaucratie, méthode et lenteur.
Résultat : elles se désorganisent au moment même où elles doivent être les plus ordonnées.
- “La cellule de crise, c’est du formalisme.”
C’est le cœur du pilotage stratégique.
- “La hiérarchie décidera.”
En crise, la centralisation excessive paralyse.
- “Il suffit d’une réunion quotidienne.”
Il faut un centre de commandement permanent.
- “Tout le monde doit participer.”
Non : seuls les rôles utiles doivent être mobilisés.
- “On verra sur le moment qui fait quoi.”
La répartition doit être connue avant la crise.
- “Un plan papier suffit.”
Il faut un plan vivant, testé et mis à jour.
- “La coordination, c’est naturel.”
C’est un réflexe qu’il faut construire.
- “Le juridique prime sur tout.”
Le droit protège, mais la lenteur juridique peut aggraver la crise.
- “Les RH n’ont rien à voir.”
La gestion humaine est au cœur de la résilience.
- “Le plan de continuité remplace le plan de crise.”
L’un gère l’opérationnel, l’autre gère la confiance.
Les idées reçues sur la communication en temps de crise
La communication est souvent le visage visible de la gestion de crise.
Mais la parole sans stratégie, c’est du bruit.
Et la parole sans cohérence, c’est du risque.
Ces dix croyances expliquent pourquoi tant d’organisations aggravent leurs crises en voulant les éteindre trop vite.
- “Il suffit de communiquer.”
Non : il faut d’abord comprendre.
- “La transparence absolue suffit.”
La transparence mal maîtrisée peut être contre-productive.
- “Le silence protège.”
Il expose.
- “Un communiqué règle tout.”
C’est un outil, pas une solution.
- “Les excuses suffisent.”
Elles doivent s’accompagner d’actes.
- “Les réseaux sociaux sont secondaires.”
Ce sont souvent eux qui déclenchent la crise.
- “Les médias exagèrent toujours.”
Peut-être, mais ce sont eux qui cadrent le récit.
- “On peut tout contrôler.”
En crise, on influence, on ne contrôle pas.
- “La communication vient après.”
Elle doit être intégrée dès la première heure.
- “Un bon communicant suffit.”
Il faut une équipe, une méthode, et un dirigeant impliqué.
Les idées reçues sur la psychologie de la crise
La crise n’est pas qu’une affaire de procédures : c’est une épreuve humaine.
Elle secoue les dirigeants, désoriente les équipes et fragilise les certitudes.
Ignorer cette dimension émotionnelle, c’est perdre la bataille avant même de la livrer.
- “Les émotions n’ont pas leur place.”
Elles existent — mieux vaut les canaliser que les nier.
- “Les dirigeants doivent rester de marbre.”
L’empathie maîtrisée inspire plus que la froideur.
- “Le stress est une faiblesse.”
C’est un signal vital à écouter.
- “Les collaborateurs comprendront.”
Pas sans communication interne claire.
- “Les crises unissent toujours les équipes.”
Elles peuvent aussi les fracturer.
- “Les leaders de crise naissent sur le moment.”
Ils se préparent bien avant.
- “La peur se combat par des faits.”
Elle se combat par le sens.
- “Les experts savent tout gérer.”
Ils ont besoin d’écoute et de confiance, pas de mythe d’infaillibilité.
- “La colère du public passera.”
Elle doit être comprise et traitée.
- “Le stress post-crise n’existe pas.”
Il est réel et doit être pris en compte.
Les idées reçues sur l’après-crise
La gestion de crise ne s’arrête pas avec le retour au calme apparent.
L’après-crise est une phase cruciale : celle de la reconstruction, de la réparation et de l’apprentissage.
Mais beaucoup d’organisations, soulagées d’avoir “tenu”, oublient de tirer les leçons.
- “Quand la crise est finie, on oublie.”
Non : on documente, on apprend, on améliore.
- “Il faut tourner la page vite.”
Il faut d’abord comprendre le chapitre.
- “Le public a oublié.”
Internet, lui, se souvient.
- “Reparler de la crise, c’est la raviver.”
C’est au contraire en parler qui la clôt.
- “Il suffit de reprendre le business.”
La confiance, elle, ne redémarre pas sur commande.
- “La crise a renforcé l’entreprise.”
Pas toujours : sans introspection, elle laisse des cicatrices.
- “Les responsables sont partis, le problème aussi.”
Les causes structurelles demeurent.
- “Il ne faut pas communiquer sur les leçons tirées.”
La pédagogie post-crise inspire le respect.
- “Une crise bien gérée ne sert à rien.”
Elle devient un capital d’expérience.
- “L’après-crise, c’est du confort.”
C’est une autre forme d’urgence : celle de reconstruire sans reproduire.
Déconstruire les mythes pour construire la résilience
Toutes ces idées reçues ont un point commun : elles reposent sur une mauvaise compréhension du temps, de l’humain et de la méthode.
La gestion de crise n’est pas l’art d’éteindre les incendies, c’est l’art de maintenir le cap quand tout brûle.
Ce n’est pas un réflexe de survie, c’est une discipline stratégique : anticiper, agir, apaiser, apprendre.
Les organisations les plus solides ne sont pas celles qui évitent les crises,
mais celles qui savent en sortir plus fortes, plus lucides et plus vraies.