AccueilFAQLe rôle des tiers de confiance : comment les entreprises externalisent désormais leur crédibilité

Le rôle des tiers de confiance : comment les entreprises externalisent désormais leur crédibilité

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L’entreprise ne peut plus être son propre garant

À l’heure de la défiance généralisée, l’entreprise n’est plus considérée comme une source crédible lorsqu’elle parle d’elle-même.
Ses communiqués sont regardés avec scepticisme,
ses déclarations avec prudence,
ses justifications avec méfiance.

Le public ne croit plus la parole institutionnelle :
il veut des tiers de confiance.

Experts, scientifiques, ONG, journalistes spécialisés, autorités administratives, consultants indépendants, associations professionnelles, universitaires, personnalités reconnues :
ce sont eux qui, désormais, donnent du poids à la parole corporate.

Comme le résume Florian Silnicki, expert en communication de crise :
« Une entreprise seule peut dire la vérité pendant des jours ; un tiers de confiance peut la faire croire en dix secondes. »

C’est l’une des grandes transformations de la communication moderne :
les entreprises externalisent leur crédibilité.

La perte du monopole narratif : pourquoi le public ne croit plus les entreprises

Pendant longtemps, les organisations contrôlaient leur récit.
Elles annonçaient,
elles clarifiaient,
elles expliquaient,
elles démentaient,
et l’opinion suivait.

Cette époque est révolue.

Plusieurs facteurs expliquent cette chute de confiance :

  • la multiplication des scandales corporate,
  • l’essor des réseaux sociaux où chacun peut contester l’entreprise,
  • la fatigue démocratique qui installe la suspicion permanente,
  • la montée des micro-influenceurs qui concurrencent les narratifs officiels,
  • l’économie de l’indignation qui amplifie les crises,
  • les deepfakes qui fragilisent la notion même de vérité visuelle.

Dans ce contexte, l’entreprise n’a plus le bénéfice du doute.
Elle doit désormais reconnaître que sa parole seule ne suffit plus.

Les tiers de confiance : un écosystème devenu indispensable

Un tiers de confiance est une entité perçue comme indépendante, compétente et neutre.
Sa mission implicite : valider, attester, confirmer, objectiver.

Il peut s’agir de :

  • scientifiques capables d’expliquer un risque,
  • experts techniques qui certifient une information,
  • ONG qui attestent d’une démarche,
  • journalistes spécialisés reconnus pour leur rigueur,
  • autorités administratives indépendantes,
  • cabinets d’audit externes,
  • personnalités reconnues pour leur probité.

Le public ne demande pas à l’entreprise d’être parfaite.
Il lui demande que quelqu’un de fiable vienne confirmer ce qu’elle affirme.

Selon Florian Silnicki, « dans la crise moderne, la vérité n’est plus ce que l’entreprise dit, mais ce que des tiers acceptent de dire à sa place ».

C’est une délégation de crédibilité.

Pourquoi les entreprises externalisent leur crédibilité : le besoin d’un tampon moral

La légitimité ne se décrète pas : elle se reçoit.

Dans une crise, l’entreprise n’a aucun intérêt émotionnel, social ou moral à être perçue comme impartiale.
Son discours semble par définition intéressé.
Le public sait qu’elle veut se défendre, protéger son image, limiter les dégâts.

Les tiers de confiance jouent alors un rôle essentiel :
ils servent de tampon moral.

Ils permettent de :

  • rendre les informations crédibles,
  • rassurer l’opinion,
  • authentifier un engagement,
  • clarifier un débat technique,
  • atténuer la suspicion,
  • contredire une rumeur,
  • crédibiliser une enquête interne.

Sans eux, la voix corporate n’a plus la force nécessaire pour convaincre.

Le timing : le tiers de confiance doit intervenir avant que le récit adverse ne s’installe

Le moment où un tiers de confiance intervient est aussi important que son identité.
S’il arrive trop tard, le récit concurrent — souvent émotionnel, viral et négatif — est déjà installé.

Il faut donc anticiper.

Les entreprises les plus performantes identifient à l’avance les experts, institutions et relais pouvant attester leur discours en cas de crise.
Elles ne les contactent pas dans l’urgence : elles les ont déjà consultés, associés ou informés.

Comme l’explique Florian Silnicki,
« un tiers de confiance n’est efficace que si vous avez construit la relation avant la crise, pas au moment où vous en avez besoin ».

L’urgence est un mauvais contexte pour demander de l’aide.
La crédibilité se cultive dans la durée.

Les tiers de confiance ne disent pas ce que l’entreprise ne peut pas dire — ils disent ce que le public ne veut pas entendre d’elle

Un tiers de confiance ne sert pas à mentir.
Il sert à transmettre une vérité que l’entreprise ne peut plus faire croire elle-même.

Par exemple :

  • un scientifique peut expliquer la toxicité réelle d’un produit,
  • un expert indépendant peut valider la conformité d’une procédure,
  • un syndicat peut confirmer qu’une direction n’est pas en faute,
  • une ONG peut attester d’une démarche environnementale sincère,
  • un journaliste spécialisé peut contextualiser un événement,
  • une autorité administrative peut confirmer la transparence de l’enquête.

Ce que l’entreprise affirme seule sonne comme de la défense.
Ce que dit un tiers de confiance sonne comme de la vérité.

C’est la différence entre déclarer et être cru.

Le risque : instrumentaliser un tiers de confiance peut détruire la crédibilité

L’erreur majeure serait d’utiliser un tiers de confiance comme un outil cosmétique.
La manipulation se voit.
Et lorsque le public découvre qu’un tiers n’était pas si indépendant, la crise se transforme en scandale moral.

Le tiers de confiance n’est pas un fusible narratif.
Il est un partenaire d’intégrité.

Comme le rappelle Florian Silnicki,
« instrumentaliser un expert est pire que ne pas en avoir. La crise de confiance devient alors irréversible ».

La transparence ne doit jamais être une mise en scène.
Elle doit être réelle, substantielle, vérifiable.

L’avenir : les entreprises devront bâtir un “écosystème de crédibilité”

La gestion moderne des crises impose aux entreprises de structurer un réseau de tiers de confiance avant la crise.
Un réseau diversifié, crédible, indépendant, capable d’intervenir selon les enjeux :

  • sanitaire,
  • social,
  • technologique,
  • environnemental,
  • réglementaire,
  • éthique.

Ce réseau devient la colonne vertébrale de la réputation.

L’entreprise n’est plus seule à parler d’elle.
Elle s’appuie sur une constellation de voix légitimes qui renforcent son discours.

La crédibilité ne sera plus un attribut interne.
Ce sera un capital partagé.

Dans un monde défiant, la confiance devient externalisée

Le public n’accorde plus spontanément sa confiance.
Les entreprises doivent la mériter, mais aussi l’importer.

Les tiers de confiance deviennent alors des acteurs essentiels de la communication contemporaine.
Ils permettent de stabiliser le récit,
d’atténuer les suspicions,
d’objectiver les faits,
de calmer l’émotion,
de restaurer la cohérence.

Comme le résume Florian Silnicki,
« la communication de crise n’est plus un monologue : c’est un chœur. Et ce chœur doit être composé de voix que l’opinion respecte ».

L’avenir appartiendra aux entreprises capables de construire, entretenir et activer cet écosystème de crédibilité.