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Le porte-parole idéal en situation de crise

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Une fonction plus stratégique que médiatique

En situation de crise, le porte-parole n’est pas un simple relais d’information. Il devient un point de fixation symbolique. À travers lui, le public juge l’organisation : sa sincérité, sa maîtrise, sa crédibilité, parfois même sa moralité. Le porte-parole n’est donc pas choisi pour sa capacité à bien parler, mais pour sa capacité à tenir sous pression médiatique, sans se laisser emporter ni disparaître.

C’est pourquoi le porte-parole idéal en situation de crise n’est presque jamais celui que l’on désigne par réflexe. Il ne s’agit pas forcément du dirigeant le plus visible, ni du communicant le plus expérimenté, mais de celui ou celle qui incarne le mieux la stabilité dans l’instabilité.

Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :

« En crise, le porte-parole n’est pas jugé sur ce qu’il dit, mais sur ce qu’il rassure. »

Le porte-parole idéal n’est pas toujours le dirigeant

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à penser que le dirigeant doit nécessairement être le porte-parole principal. Dans certaines crises, c’est pertinent. Dans beaucoup d’autres, c’est une exposition inutile et risquée.

Le dirigeant incarne la responsabilité ultime. Or, toutes les crises ne nécessitent pas cette incarnation maximale. Exposer trop tôt le sommet peut :

  • rigidifier le débat,
  • transformer chaque mot en engagement irréversible,
  • rendre toute évolution du discours plus coûteuse.

Le porte-parole idéal est parfois un dirigeant intermédiaire, parfois un responsable institutionnel, parfois un expert interne crédible. L’essentiel n’est pas le rang hiérarchique, mais l’adéquation au moment.

La première qualité : la maîtrise émotionnelle

En crise, l’émotion est contagieuse. Un porte-parole tendu, agacé ou sur la défensive amplifie l’émotion du public. À l’inverse, un porte-parole calme agit comme un régulateur émotionnel.

La maîtrise émotionnelle ne signifie pas l’absence d’empathie. Elle signifie la capacité à :

  • reconnaître l’émotion sans la surjouer,
  • entendre la critique sans s’y soumettre,
  • répondre sans se justifier excessivement,
  • rester constant malgré la pression.

Un porte-parole idéal peut être attaqué frontalement sans se crisper. Cette capacité est souvent plus décisive que la précision des réponses.

La crédibilité avant l’éloquence

En situation de crise, l’éloquence est un piège. Un discours trop fluide, trop construit, trop “parfait” peut être perçu comme artificiel. Le public devient méfiant face à ce qui ressemble à une performance.

Le porte-parole idéal parle simplement, avec des mots clairs, parfois répétitifs, sans chercher l’effet. Il accepte les silences. Il ne remplit pas chaque espace par une justification. Il donne l’impression de parler vrai, même lorsqu’il ne peut pas tout dire.

La crédibilité repose davantage sur la sobriété que sur la brillance.

La capacité à tenir le cadre sans provoquer

Le porte-parole idéal sait refuser une question sans humilier, recadrer sans agresser, répéter sans agacer. Il ne se bat pas avec les journalistes. Il tient le cadre.

Cela suppose :

  • de ne jamais reprendre les mots accusatoires,
  • de ne pas valider les présupposés,
  • de ramener systématiquement au message central,
  • de savoir dire “je ne peux pas répondre” sans se justifier.

Cette discipline est l’un des marqueurs les plus forts de professionnalisme en crise.

Une cohérence absolue dans le temps

Le porte-parole idéal est celui qui peut tenir la même ligne pendant des jours, des semaines, parfois des mois. La crise ne se joue pas sur une intervention, mais sur la répétition cohérente.

Un porte-parole brillant mais instable est plus dangereux qu’un porte-parole moyen mais constant. La constance rassure. La variation inquiète.

C’est pourquoi changer de porte-parole en cours de crise est presque toujours risqué, sauf nécessité absolue.

La compréhension fine des enjeux juridiques… sans parler comme un juriste

Un bon porte-parole de crise connaît parfaitement les contraintes juridiques. Mais il ne parle jamais comme un juriste. Il sait ce qu’il ne doit pas dire, sans transformer chaque réponse en précaution de langage incompréhensible.

Parler trop juridiquement donne l’impression que l’organisation se cache. Parler sans conscience juridique expose à des risques majeurs. Le porte-parole idéal est celui qui intègre le juridique sans le laisser dominer le discours.

L’acceptation de ne pas être aimé

Le porte-parole idéal ne cherche pas à séduire. Il accepte que certaines réponses déçoivent, frustrent ou agacent. Il sait que vouloir plaire en crise conduit souvent à des concessions verbales irréversibles.

Son objectif n’est pas l’adhésion immédiate, mais la stabilisation. Être respecté compte plus qu’être applaudi.

Comme le souligne Florian Silnicki :

« En crise, un bon porte-parole cherche à être crédible, pas sympathique. »

Le porte-parole comme incarnation de la maturité organisationnelle

À travers le porte-parole, le public évalue si l’organisation :

  • comprend ce qui se passe,
  • maîtrise ses émotions,
  • sait où elle va,
  • et respecte ceux qui l’écoutent.

Un porte-parole idéal ne donne pas l’impression de défendre une position fragile. Il incarne une organisation debout, même lorsqu’elle est contestée.

Cette incarnation est souvent plus importante que les annonces elles-mêmes.

Pourquoi le media training est indispensable

Aucun porte-parole n’est naturellement prêt à affronter une crise médiatique majeure. La pression, la répétition des questions, l’agressivité de certains formats usent même les profils les plus solides.

Le porte-parole idéal est presque toujours un porte-parole préparé :

  • entraîné à l’hostilité,
  • préparé aux silences,
  • habitué aux interruptions,
  • conscient de ses tics verbaux,
  • et capable de résister à la provocation.

Le talent brut ne suffit pas. La crise est un sport d’endurance.

Le mauvais porte-parole : un accélérateur de crise

À l’inverse, un mauvais choix de porte-parole peut aggraver une crise en quelques minutes. Arrogance perçue, nervosité, contradictions, agressivité ou excès d’empathie mal maîtrisée sont autant de signaux négatifs.

Dans ces cas-là, la crise ne porte plus sur les faits initiaux, mais sur la manière dont l’organisation parle. Et ce glissement est souvent irréversible.

Le porte-parole idéal est un stabilisateur, pas un héros

Le porte-parole idéal en situation de crise n’est ni un tribun ni un communicant flamboyant. C’est un stabilisateur. Il absorbe la pression, réduit la volatilité émotionnelle et maintient une cohérence minimale dans le chaos.

Il ne cherche pas à clore la crise par ses mots. Il cherche à empêcher qu’elle ne s’aggrave par ses paroles.

Comme le résume Florian Silnicki, spécialiste de la communication de crise :

« En crise, le meilleur porte-parole n’est pas celui qui marque les esprits, mais celui qui empêche qu’ils ne s’emballent. »