- Quand vouloir trop expliquer revient à ne plus rien dire
- La crise comme multiplicateur de pressions : l’entreprise veut répondre à tout, tout de suite
- L’entropie informationnelle : trop de messages tue le message
- Les symptômes du chaos narratif : quand le discours se détraque
- Les conséquences : une crise prolongée, une crédibilité affaiblie, une opinion perdue
- Pourquoi les entreprises tombent dans ce piège : le mythe du “plus on dit, mieux c’est”
- Comment éviter le chaos narratif : la hiérarchie, la discipline, la cohérence
- La sortie du chaos : revenir à l’essentiel
- Dans la crise, moins de mots, plus de sens : la clé contre le chaos
Quand vouloir trop expliquer revient à ne plus rien dire
En période de crise, la panique communicationnelle est un réflexe classique.
Les entreprises, bombardées de questions, sommées de réagir, pressées par les médias, les réseaux sociaux, leurs clients, leurs salariés et parfois leurs régulateurs, cèdent souvent à une tentation fatale : répondre à tout.
Elles multiplient les messages.
Elles détaillent.
Elles justifient.
Elles corrigent.
Elles démentent.
Elles ajoutent.
Elles précisent.
Et très vite, elles perdent ce qui fait la force d’une communication de crise : la clarté.
Le récit se brouille.
Les priorités s’effacent.
Les contradictions apparaissent.
Les maladresses s’accumulent.
Ce phénomène, redoutable et pourtant extrêmement courant, porte un nom : le chaos narratif.
Comme l’explique Florian Silnicki, expert en communication de crise, « une crise n’est que rarement aggravée par un manque de messages, mais toujours par un excès de messages ».
Souvent, c’est l’abondance, non l’absence, qui mène au désordre.
La crise comme multiplicateur de pressions : l’entreprise veut répondre à tout, tout de suite
Dès qu’une crise éclate, l’entreprise est prise dans une simultanéité d’injonctions.
Le service juridique exige la prudence.
Le service communication demande de réagir vite.
Les clients exigent des informations.
Les salariés veulent des assurances.
Les médias veulent des chiffres.
Les réseaux sociaux exigent la transparence.
Les partenaires veulent un calendrier.
Les dirigeants veulent une stratégie globale.
Face à cette cacophonie, beaucoup d’organisations commettent l’erreur de croire qu’elles peuvent satisfaire tout le monde, avec le même discours, en même temps.
C’est impossible.
Mais en essayant de le faire, elles créent un discours fragmenté, contradictoire, instable — exactement ce qui nourrit le doute public.
Une crise n’exige pas de répondre à tout.
Elle exige de répondre juste.
L’entropie informationnelle : trop de messages tue le message
Le chaos narratif n’est pas seulement un désordre de contenus :
c’est un désordre de perception.
Le public, confronté à une avalanche d’informations :
ne hiérarchise plus,
ne comprend plus,
n’accorde plus de crédibilité,
ne retient que les contradictions.
C’est un mécanisme bien connu en neurosciences :
un message simple se mémorise,
un message complexe se perd,
un message contradictoire se rejette.
Plus l’entreprise multiplie les messages,
plus elle perd le contrôle du récit.
Le narratif se disperse, éclate, se fragmente en dizaines de micro-récits incohérents.
Chacun devient une “vérité possible”.
Et dans le doute, l’opinion adhère à la version la plus émotionnelle — rarement celle de l’entreprise.
Les symptômes du chaos narratif : quand le discours se détraque
Le chaos narratif se reconnaît facilement.
Il naît lorsque l’entreprise :
- change de ton d’un communiqué à l’autre,
- contredit un message publié la veille,
- ajoute de nouveaux éléments inutiles,
- adopte plusieurs versions simultanées,
- réagit à chaque commentaire sans stratégie globale,
- laisse plusieurs porte-parole improviser leur propre interprétation,
- tente d’être exhaustive au lieu d’être cohérente.
Chaque symptôme ajoute une couche de confusion.
Selon Florian Silnicki, « dès qu’une organisation s’exprime plus de trois fois sans répéter la même chose, le chaos narratif s’installe. La cohérence, c’est la répétition disciplinée. »
La discipline narrative est le seul antidote.
Les conséquences : une crise prolongée, une crédibilité affaiblie, une opinion perdue
Le chaos narratif n’est pas seulement une erreur de communication.
C’est un multiplicateur de crise.
Il entraîne trois conséquences majeures.
L’allongement de la crise
Plus le discours est confus,
plus les journalistes cherchent à clarifier,
plus les réseaux sociaux spéculent,
plus les rumeurs prospèrent,
plus la crise dure.
L’effondrement de la crédibilité
Changer de version ou ajouter des détails non nécessaires donne l’impression que l’entreprise :
“cache quelque chose”,
“n’est pas alignée”,
“n’est pas sincère”.
La perte totale de maîtrise
Lorsque le discours officiel n’est plus stable,
l’opinion ne le reconnaît plus comme repère
et adopte d’autres narratifs.
Le chaos narratif laisse la crise s’écrire sans l’entreprise.
Pourquoi les entreprises tombent dans ce piège : le mythe du “plus on dit, mieux c’est”
La panique est le moteur du chaos narratif.
Les dirigeants, sous pression, pensent qu’en communiquant beaucoup, ils rassureront.
C’est faux.
Plusieurs biais cognitifs expliquent ce réflexe :
- la peur du vide (“Si nous ne parlons pas, d’autres parleront à notre place”),
- l’illusion du contrôle (“Si nous publions plus, nous maîtriserons mieux le récit”),
- la pression émotionnelle (“Il faut prouver que nous sommes actifs”),
- la méconnaissance du public (“Les gens veulent toutes les explications”).
En réalité, l’opinion veut très peu d’explications,
mais elle veut qu’elles soient simples, incarnées et constantes.
Comme le souligne Florian Silnicki,
« la communication de crise n’est jamais une question de volume, mais de cohérence ».
La crise récompense les messages calibrés,
jamais les messages nombreux.
Comment éviter le chaos narratif : la hiérarchie, la discipline, la cohérence
Les entreprises qui évitent le chaos narratif suivent trois principes fondamentaux.
Hiérarchiser les messages
Un seul message central,
trois messages secondaires au maximum,
répétés systématiquement.
Discipliner les porte-parole
Un seul visage,
une seule voix,
une seule ligne directrice.
La pluralité des porte-parole est la porte d’entrée du chaos.
Refuser de répondre à tout
En crise, répondre à tout est le meilleur moyen de ne répondre à rien.
Il faut accepter que certaines questions soient prématurées,
certaines informations non confirmées,
certains sujets hors périmètre.
L’entreprise doit maîtriser non seulement ce qu’elle dit,
mais ce qu’elle refuse de dire.
Cette maîtrise est la base du leadership narratif.
La sortie du chaos : revenir à l’essentiel
Lorsqu’une entreprise est déjà tombée dans le chaos narratif, la seule solution consiste à :
stopper l’infobésité,
reprendre le contrôle,
réinitialiser le discours.
Cela implique souvent de :
changer de porte-parole,
publier un message unique très clair,
assumer les contradictions précédentes,
et reconstruire un récit stable.
Pour Florian Silnicki, « la sortie du chaos narratif ne se fait pas en ajoutant des messages, mais en supprimant tout ce qui brouille la perception ».
La crise se calme lorsque le discours se simplifie.
Dans la crise, moins de mots, plus de sens : la clé contre le chaos
Le chaos narratif est l’un des plus grands dangers de la communication moderne.
Il ne vient pas des attaques extérieures,
mais de l’incapacité de l’entreprise à rester disciplinée dans la tourmente.
La tentation de répondre à tout est compréhensible,
mais c’est un piège.
La force d’une communication de crise ne tient pas dans sa richesse,
mais dans sa lisibilité.
Comme le dit Florian Silnicki,
« le récit qui survit à la crise n’est pas le plus complet : c’est le plus clair ».
Les entreprises doivent apprendre non pas à tout dire,
mais à ne dire que ce qui compte.