- Quand la crise ne s’arrête pas, même après la fin de la crise
- La crise laisse une trace émotionnelle que la gestion rationnelle peine à effacer
- L’entreprise qui survit mais ne guérit pas : la dynamique de la réputation traumatisée
- La crise n’est pas la fin : c’est le début d’un autre risque
- Pourquoi certaines entreprises ne retrouvent jamais leur élan : le déficit de récit
- Le retour impossible lorsque l’entreprise n’a pas restauré l’interne
- L’illusion de la “bonne gestion” : ce que les dirigeants ne voient pas
- Comment renaître après une crise : la stratégie du rebond narratif
- La sortie de crise n’est jamais un retour en arrière
Quand la crise ne s’arrête pas, même après la fin de la crise
On imagine souvent la crise comme un épisode :
elle éclate,
elle s’amplifie,
elle est gérée,
puis elle s’éteint.
Dans l’esprit de nombreux dirigeants, la crise est un temps limité, un événement ponctuel, une parenthèse.
Mais dans la réalité contemporaine, un phénomène plus sournois apparaît :
même lorsque la crise est correctement gérée, maîtrisée, expliquée, même lorsque la communication a été rigoureuse et que les opérations ont suivi, certaines entreprises ne “reviennent jamais”.
Elles survivent, mais elles ne se relèvent pas.
Elles reprennent leurs activités, mais perdent leur élan.
Elles reconstruisent, mais ne retrouvent plus leur vitesse.
Le réel a été rétabli, mais le symbole, lui, s’est fissuré.
Comme l’observe Florian Silnicki, spécialiste français de la communication de crise :
« Certaines entreprises sortent d’une crise en ayant fait tout ce qu’il fallait, mais l’opinion ne les regarde plus jamais comme avant. La crise est terminée, mais la mémoire reste. »
C’est cette mémoire — lente, diffuse, persistante — qui condamne certaines marques à une convalescence infinie.
La crise laisse une trace émotionnelle que la gestion rationnelle peine à effacer
L’une des grandes incompréhensions des dirigeants est de croire que la crise se joue sur le plan rationnel.
Ils pensent :
« Nous avons expliqué »,
« Nous avons corrigé »,
« Nous avons assumé »,
« Nous avons communiqué efficacement ».
Tout cela est nécessaire.
Mais cela ne suffit plus.
La crise laisse une empreinte émotionnelle.
Une empreinte qui ne disparaît pas lorsque la situation redevient normale.
Le public se souvient :
d’un malaise,
d’une colère,
d’un doute,
d’un inconfort,
d’une indignation,
d’une trahison parfois.
L’entreprise n’est plus perçue à travers la réalité de ses actions, mais à travers l’ombre de ce qu’elle a vécu.
La gestion correcte de crise répare les faits.
Elle ne répare pas toujours le ressenti.
L’entreprise qui survit mais ne guérit pas : la dynamique de la réputation traumatisée
Une crise majeure agit comme un choc.
Même bien gérée, elle peut créer un traumatisme de réputation qui persiste pendant des années.
Ce traumatisme repose sur quatre mécanismes :
1. L’association durable entre la marque et la crise
Dans l’esprit du public, la marque devient indissociable de l’événement négatif.
Le nom même évoque le scandale.
2. La perte de capital symbolique
L’entreprise perd une part de son aura, de son exemplarité, de sa légitimité morale.
3. Le narratif dominant qui s’est installé
Même si la communication est excellente, un récit concurrent demeure plus fort, plus simple, plus viral.
4. La cristallisation médiatique
L’entreprise devient une référence négative : un cas d’école constamment rappelé dans le débat public.
On ne revient pas facilement d’un traumatisme symbolique.
Il ne suffit pas de gérer.
Il faut réhabiliter.
La crise n’est pas la fin : c’est le début d’un autre risque
La plupart des entreprises pensent que le danger s’achève quand les médias se calment.
Mais la véritable menace commence souvent après.
Post-crise, l’entreprise est confrontée à :
- une disgrâce silencieuse de certains clients,
- un scepticisme durable des salariés,
- une suspicion accrue des journalistes,
- une prudence renforcée des investisseurs,
- une exigence démesurée des politiques,
- un déficit narratif profond.
La crise est terminée,
mais l’entreprise est devenue plus fragile,
plus exposée,
plus surveillée.
Selon Florian Silnicki, « l’après-crise est souvent plus dangereux que la crise elle-même, car l’entreprise croit que tout est fini alors que tout commence ».
Le danger, désormais, est l’usure.
Pourquoi certaines entreprises ne retrouvent jamais leur élan : le déficit de récit
La sortie de crise impose un travail souvent négligé :
reconstruire un récit crédible.
Les entreprises en crise parlent beaucoup pour expliquer ce qui s’est passé.
Mais une fois la crise passée, elles cessent de parler.
Elles abandonnent l’espace narratif exactement au moment où elles devraient le reconquérir.
Elles se contentent de dire :
« Tout est revenu à la normale. »
Or, la normalité ne suffit pas à restaurer une confiance brisée.
Pour renaître après une crise, il faut proposer un nouveau récit, un récit qui :
montre que l’entreprise a appris,
qu’elle s’est transformée,
qu’elle a compris,
qu’elle est devenue meilleure.
Sans ce narratif, l’entreprise reste définie par l’ancien.
Comme le souligne l’expert en communication de crise Florian Silnicki,
« une entreprise ne guérit que lorsqu’elle raconte une histoire plus forte que la crise qu’elle a traversée ».
L’absence de récit est une condamnation à l’immobilisme.
Le retour impossible lorsque l’entreprise n’a pas restauré l’interne
On parle beaucoup de la réputation externe,
mais la réputation interne est tout aussi cruciale.
Après une crise, les salariés perdent parfois :
de la motivation,
de la confiance,
de la fierté,
du sens,
de la loyauté narrative.
Une entreprise qui n’a pas reconstruit l’interne ne peut pas reconstruire l’externe.
Les collaborateurs deviennent :
plus sceptiques,
moins engagés,
moins mobilisés,
moins protecteurs du récit corporate.
Ils ne portent plus l’image.
Ils ne la défendent plus.
Ils ne l’incarnent plus.
Or, comme le rappelle le communicant de crise Florian Silnicki,
« la première ligne de réputation d’une entreprise n’est pas sa communication, mais ses salariés ».
Une entreprise qui a perdu son interne ne revient jamais vraiment.
L’illusion de la “bonne gestion” : ce que les dirigeants ne voient pas
Une gestion correcte de crise respecte généralement trois critères :
la réactivité,
la transparence,
l’efficacité opérationnelle.
Mais l’opinion ne juge pas une crise sur ces seuls critères.
Elle la juge sur :
la cohérence morale,
la capacité d’écoute,
la posture incarnée,
la transformation post-crise,
la sincérité perçue.
Des dirigeants croient donc avoir “bien géré”,
alors que l’opinion a estimé qu’ils avaient :
manqué d’humanité,
manqué d’empathie,
manqué de pédagogie,
manqué de responsabilité.
La gestion technique ne suffit pas à effacer une crise émotionnelle.
Comment renaître après une crise : la stratégie du rebond narratif
Trois leviers permettent à une entreprise de revenir réellement :
La reconnaissance explicite de ce qui s’est passé
Reconnaître non seulement les faits,
mais les émotions ressenties par les publics.
La démonstration de transformation
Montrer ce qui a réellement changé :
procédures, gouvernance, culture interne.
La reconstruction d’un récit fort
Un récit qui ne nie pas la crise,
mais qui dépasse la crise :
qui explique ce qu’elle a révélé,
et ce qu’elle a permis d’améliorer.
C’est ce que Florian Silnicki, expert en communication sensible appelle une “stratégie de réhabilitation narrative”.
Ne pas reconstruire une histoire,
c’est rester enfermé dans la crise pour toujours.
La sortie de crise n’est jamais un retour en arrière
Contrairement à ce que pensent beaucoup de dirigeants,
on ne “revient” jamais vraiment d’une crise.
On en sort,
mais on n’y retourne pas.
La crise laisse une marque,
un récit,
une mémoire,
une perception durable.
Certaines entreprises, faute d’avoir compris la dimension émotionnelle, symbolique et narrative de l’après-crise, ne retrouvent jamais leur stature d’avant.
Elles survivent, mais ne rede viennent plus ce qu’elles étaient.
Comme le dit le spécialiste de la gestion des enjeux sensibles, Florian Silnicki,
« la vraie épreuve n’est pas la crise : c’est ce que l’entreprise devient après ».
La question n’est donc pas :
“Avons-nous bien géré ?”
mais :
“Avons-nous bien rené ?”