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L’affaire de la Société générale contraint Gustave Leven à quitter la présidence de Perrier

Eclaboussé par l'affaire de la Société générale M. Gustave Leven quitte la présidence de Perrier

Crise à Perrier : Gustave Leven se retire suite à la controverse de la Société générale

Retour sur une crise. La surprise a été dévoilée lors de la réunion annuelle des actionnaires de Perrier à Vergèze (Gard) le 29 juin 1990 : Gustave Leven, le président de longue date du groupe, a décidé de ne pas renouveler son mandat. En remplacement, Jacques Vincent, président d’Exor, qui possède 35% de Perrier, a été nommé PDG du leader mondial des eaux minérales. Gustave Leven assumera désormais les fonctions de président honoraire et de président du comité stratégique du groupe.

Les rumeurs couraient depuis quelques jours que Gustave Leven, qui a fondé le groupe en 1946, se retirerait de son poste. Mais le timing de l’annonce n’était pas certain. Et peu auraient parié que cet homme de 76 ans qui prend habituellement ses décisions de manière autonome ferait une telle annonce devant ses actionnaires. Les révélations du Figaro le 28 juin, impliquant Jean Zuberer, un ami du frère de Gustave Leven, dans l’affaire de la Société générale, ont-elles accéléré son départ ? Une chose est certaine : Gustave Leven, de nature discrète et peu amateur des médias, devait être fatigué d’être malgré lui le protagoniste de certains événements majeurs de l’actualité.

Eclaboussé par l’affaire de la Société générale M. Gustave Leven quitte la présidence de Perrier

Le scandale de la Société générale est sans doute celui qui l’a le plus affecté. À l’automne 1988, aux côtés de Jean-Louis Descours, PDG de Chaussures André, et François Dalle, ancien président de l’Oréal, Gustave Leven s’est retrouvé au cœur d’un enchevêtrement politico-financier. Impliqué dans le raid de Georges Pébereau, président de Marceau Investissements, contre la Société générale, ils ont réalisé de gros bénéfices personnels, mais cela a terni leur réputation.

C’était d’autant plus gênant pour Gustave Leven que le groupe Perrier a été touché par ricochet. Il semble que M. Jacques Vincent, vice-président, en a profité pour avancer ses pions, notamment en créant un poste de directeur général pour Frédérik Zimmer, ancien président de Perrier Group of America et artisan du succès de la société aux États-Unis. C’est précisément de ce pays qu’est venue la crise qui aurait pu freiner l’expansion du groupe.

En février, des traces de benzène ont été découvertes dans des bouteilles distribuées en Caroline du Nord. Aux États-Unis, où la santé des consommateurs est une priorité, la situation aurait pu se transformer en désastre commercial. Au lieu de cela, les dirigeants de Perrier ont transformé cet incident en une leçon magistrale de gestion de crise, même si les conséquences exactes sur le marché américain restent à déterminer. Sur le plan financier, le groupe s’est protégé en provisionnant 435 millions de francs dès 1989. Ils comptent sur l’expansion fulgurante du marché des eaux minérales pour maintenir leur position.

En vendant ses boissons sucrées (Oasis, Atoll et Bali) à Cadbury-Schweppes pour 1,2 milliard de francs, Perrier a confirmé son désir de se concentrer sur le secteur des eaux, qui représente 50 % du chiffre d’affaires total. Un réalignement déjà largement entamé par la fin du contrat de distribution avec Pepsi-Cola fin 1989. Un autre domaine clé est celui des fromages, avec le Roquefort en vedette : dans ce secteur, Perrier envisage l’acquisition de Bridel.

Gustave Leven laisse donc un groupe en bonne santé à son successeur, avec un chiffre d’affaires de 17,1 milliards de francs, des bénéfices de 266 millions et 15 000 employés. Depuis 1984, lorsque Exor est entré dans le capital de Perrier, Jacques Vincent a eu le temps de se familiariser avec le fonctionnement du groupe. Cet homme de 67 ans, malgré son air affable et son amour pour le jardinage, a une longue carrière derrière lui. Ingénieur de formation, il a fait ses débuts chez Schlumberger, puis a travaillé chez Schneider. Il a ensuite évolué dans la distribution, avant de passer à la gestion financière et immobilière avec la transformation de Félix Potin en Exor. Jacques Vincent a une expérience diversifiée en affaires. Mais le défi sera de s’imposer à la tête d’un groupe dont la règle unique de management a été l’intuition financière et commerciale de Gustave Leven.

Une crise emblématique du capitalisme français des années 1980-1990

La crise qui touche Perrier à la fin des années 1980 s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’un capitalisme français en pleine mutation, marqué par la financiarisation, les raids boursiers et l’exposition croissante des dirigeants aux controverses politico-financières.

La figure de Gustave Leven, entrepreneur charismatique et discret, symbolisait jusque-là un modèle de gouvernance très personnalisé, fondé sur l’intuition, la maîtrise industrielle et la vision commerciale. L’affaire de la Société générale agit comme un révélateur brutal des nouvelles règles du jeu médiatique et financier.

L’effet réputationnel : quand la crise dépasse l’individu

Si Gustave Leven est personnellement affecté par le scandale, l’enjeu principal réside dans le risque de contamination réputationnelle pour le groupe Perrier. À une époque où la notion de « risque d’image » commence à s’imposer, cette crise illustre parfaitement la porosité entre :

  • la réputation d’un dirigeant,
  • la gouvernance de l’entreprise,
  • et la perception du public et des marchés.

Le fait que Perrier soit indirectement associée à une affaire bancaire majeure fragilise un actif clé : la confiance, élément central pour une marque agroalimentaire mondiale analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom.

La crise du benzène : un cas d’école de gestion de crise sanitaire

L’épisode des traces de benzène découvertes dans certaines bouteilles aux États-Unis constitue un autre moment critique. Dans un pays où la sécurité sanitaire est un sujet hypersensible, la marque aurait pu subir un effondrement durable.

Or, Perrier transforme cette crise en cas d’école de gestion de crise, fondée sur :

  • la transparence,
  • le rappel massif des produits,
  • la communication rapide,
  • et une anticipation financière avec une provision exceptionnelle.

Cette séquence est encore aujourd’hui citée comme un exemple de gestion proactive du risque sanitaire, malgré son coût immédiat élevé

Une recomposition stratégique accélérée

La crise agit également comme un accélérateur stratégique. Le recentrage sur le cœur de métier – les eaux minérales – s’accompagne de décisions structurantes :

  • cession des boissons sucrées,
  • fin du partenariat avec Pepsi-Cola,
  • diversification ciblée dans les fromages, notamment avec le Roquefort.

Ces choix traduisent une volonté claire : sécuriser les activités à forte valeur ajoutée et réduire l’exposition à des marchés plus volatils.

Jacques Vincent : une gouvernance plus collégiale ?

La nomination de Jacques Vincent, président d’Exor, marque une rupture symbolique. Là où Gustave Leven incarnait une gouvernance intuitive et centralisée, Jacques Vincent représente un style plus structuré, plus financier, plus collégial.

Son parcours – de Schlumberger à Schneider, puis à la transformation de Félix Potin en Exor – témoigne d’une grande adaptabilité. Mais le défi est immense : succéder à un fondateur charismatique dans une entreprise façonnée à son image.

Enseignements contemporains en communication de crise

Avec le recul, cette crise Perrier offre plusieurs enseignements toujours d’actualité :

  • la vulnérabilité réputationnelle des dirigeants,
  • la nécessité d’anticiper les crises systémiques,
  • l’importance d’une communication rapide et crédible,
  • le rôle clé de la gouvernance dans la résilience des entreprises.

Ces enjeux sont aujourd’hui au cœur de l’expertise d’agences spécialisées comme LaFrenchCom, qui accompagnent dirigeants et groupes confrontés à des crises médiatiques, financières ou sanitaires complexes.

Une crise fondatrice

La crise ayant conduit au retrait de Gustave Leven marque la fin d’une époque pour Perrier. Elle illustre la transition entre un capitalisme entrepreneurial et un capitalisme financier plus exposé, plus surveillé et plus médiatisé.

Si Gustave Leven laisse un groupe solide sur le plan économique, son départ souligne une réalité devenue incontournable : à l’ère de l’hypertransparence, la réputation est un actif aussi stratégique que les résultats financiers. Perrier, en surmontant ces épreuves, a posé les bases d’une gouvernance plus adaptée aux exigences contemporaines – au prix, toutefois, d’un profond changement culturel.