- Entre légitimité stratégique, tension politique et rôle d’alerte
- Le COMEX raisonne en pouvoir, le communicant en perception
- Une fonction historiquement cantonnée à l’aval de la décision
- La légitimité du communicant face au COMEX
- Dire ce que le COMEX n’a pas envie d’entendre
- La crise comme moment de rééquilibrage
- Une frontière à ne pas franchir : décider à la place du COMEX
- Construire une relation adulte entre communicant et COMEX
- Le communicant comme vigie stratégique, pas comme arbitre
- Une place qui dit la maturité de la gouvernance
Entre légitimité stratégique, tension politique et rôle d’alerte
Une place structurellement ambiguë
La place du communicant face au comité exécutif est l’une des plus ambiguës de l’organisation. En période normale, elle oscille souvent entre fonction support et rôle d’influence. En période de crise, cette ambiguïté disparaît brutalement pour laisser place à une question centrale : le communicant est-il simplement là pour accompagner les décisions du COMEX, ou pour contribuer à leur élaboration ?
Cette question n’est jamais théorique. Elle se pose toujours sous pression, dans l’urgence, lorsque les décisions doivent être prises vite et que leurs conséquences dépassent largement le périmètre interne de l’entreprise.
Comme le résume l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« La crise révèle immédiatement la vraie place du communicant. Tout ce qui était flou devient brutalement visible. »
Le COMEX raisonne en pouvoir, le communicant en perception
Deux logiques légitimes, mais souvent contradictoires
Le comité exécutif est, par nature, un lieu de pouvoir. Il arbitre, tranche, engage la responsabilité de l’entreprise. Sa logique est structurée autour de la stratégie, du juridique, du financier et de l’opérationnel. Il raisonne en termes de risques maîtrisables, de décisions assumables et de conséquences mesurables.
Le communicant, lui, raisonne différemment. Il observe les perceptions, les interprétations, les réactions émotionnelles, les dynamiques médiatiques et symboliques. Là où le COMEX se demande si une décision est rationnelle, le communicant se demande si elle est compréhensible, audible et acceptable.
Selon Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom :
« Le COMEX décide dans le réel. Le communicant alerte sur le perçu. Et c’est souvent le perçu qui déclenche la crise. »
Cette différence de logique explique une grande partie des tensions entre communicants et dirigeants.
Une fonction historiquement cantonnée à l’aval de la décision
Le communicant comme exécutant tardif
Dans beaucoup d’organisations, le communicant n’est invité au COMEX que lorsque la décision est déjà prise. On lui demande alors de « faire passer le message », de gérer les retombées ou de limiter les dégâts. Cette approche réduit la communication à un exercice cosmétique et place le communicant dans une position défensive.
En situation de crise, ce décalage devient dangereux. Une décision prise sans intégrer la lecture communicationnelle peut être juridiquement solide, opérationnellement rationnelle, et pourtant désastreuse sur le plan réputationnel.
Florian Silnicki alerte souvent sur ce schéma :
« Quand le communicant arrive après la décision, il est déjà trop tard pour éviter certaines crises. »
La légitimité du communicant face au COMEX
Une légitimité qui ne repose pas sur le pouvoir hiérarchique
Contrairement aux autres membres du comité exécutif, le communicant dispose rarement d’un pouvoir hiérarchique fort. Sa légitimité ne vient ni du chiffre d’affaires, ni du contrôle budgétaire, ni de la gestion des équipes opérationnelles.
Sa légitimité est d’une autre nature. Elle repose sur sa capacité à anticiper, à alerter et à traduire les conséquences invisibles des décisions visibles. Elle est fragile, car elle ne s’impose pas naturellement. Elle doit être construite, assumée et défendue.
Selon Florian Silnicki :
« La légitimité du communicant n’est jamais donnée. Elle se gagne à chaque crise. »
Dire ce que le COMEX n’a pas envie d’entendre
Une fonction d’alerte structurellement inconfortable
La place du communicant face au comité exécutif est inconfortable par essence, car elle consiste souvent à introduire du doute là où le COMEX cherche de la certitude. Le communicant doit parfois expliquer qu’une décision pourtant logique en interne sera perçue comme injuste, arrogante ou incompréhensible à l’extérieur.
Cette posture peut être perçue comme de la frilosité, du pessimisme ou une résistance au changement. Elle expose le communicant à une forme d’isolement au sein même du comité exécutif.
Florian Silnicki résume cette tension ainsi :
« Le communicant est souvent celui qui ralentit quand tout le monde veut accélérer. »
La crise comme moment de rééquilibrage
Quand la communication redevient centrale
Paradoxalement, c’est souvent en situation de crise que la place du communicant face au COMEX se renforce. Lorsque les médias s’en mêlent, lorsque les réseaux sociaux s’emballent et lorsque la réputation devient un actif menacé, la lecture communicationnelle cesse d’être accessoire.
Le communicant devient alors un acteur clé de la cellule de crise. Il éclaire le COMEX sur les perceptions, les risques symboliques et les dynamiques d’opinion. Il n’a pas plus de pouvoir formel, mais il acquiert une influence réelle.
Selon Florian Silnicki :
« En crise, le communicant ne gagne pas du pouvoir. Il gagne de l’écoute. »
Une frontière à ne pas franchir : décider à la place du COMEX
Le risque inverse de la marginalisation
Lorsque la communication devient centrale, un risque inverse apparaît. Celui de voir le communicant sortir de son rôle d’alerte pour tenter d’imposer des décisions au nom de la réputation. Cette dérive est tout aussi dangereuse que sa marginalisation initiale.
Le communicant n’est pas le décideur final. Sa mission est d’éclairer le comité exécutif, pas de s’y substituer. Lorsqu’il franchit cette frontière, il perd sa crédibilité et déséquilibre la gouvernance.
Florian Silnicki met en garde contre ce glissement :
« Le communicant est au cœur de la décision, mais il ne doit jamais devenir le décideur. »
Construire une relation adulte entre communicant et COMEX
Clarifier les rôles avant la crise
La place du communicant face au comité exécutif ne se règle pas pendant la crise. Elle se prépare en amont. Elle suppose une clarification des rôles, une reconnaissance mutuelle des expertises et une acceptation du désaccord comme outil de qualité décisionnelle.
Un COMEX mature est celui qui accepte que le communicant puisse contredire une décision sans être perçu comme un opposant. Un communicant mature est celui qui sait poser ses alertes sans se transformer en juge moral.
Selon Florian Silnicki :
« La bonne relation entre un communicant et un COMEX repose sur une chose simple : le droit d’alerter sans devoir convaincre. »
Le communicant comme vigie stratégique, pas comme arbitre
Une place à la fois centrale et fragile
La place du communicant face au comité exécutif est celle d’une vigie. Il observe ce qui se passe au-delà des murs de l’entreprise. Il alerte lorsque les décisions risquent de produire des effets secondaires incontrôlables. Il teste la solidité symbolique des choix stratégiques.
Il n’arbitre pas. Il n’impose pas. Il éclaire.
Comme le conclut Florian Silnicki :
« Un COMEX qui n’écoute pas son communicant se prive volontairement d’une partie de la réalité. »
Une place qui dit la maturité de la gouvernance
La manière dont un communicant est intégré au comité exécutif est un indicateur puissant de la maturité de la gouvernance. Lorsqu’il est cantonné à l’exécution, l’entreprise se prive d’un outil d’anticipation essentiel. Lorsqu’il est pleinement intégré, sans confusion de rôles, il devient un facteur de résilience stratégique.
La crise ne crée pas cette place. Elle la révèle.
Et comme le résume Florian Silnicki :
« En situation critique, la question n’est jamais de savoir si le communicant est légitime. C’est de savoir s’il a été écouté à temps. »