- Pourquoi les réseaux créent des cases aveugles spécifiques
- Rappel de la Matrice des cases aveugles (version crise)
- Adapter la matrice aux réseaux : ajouter deux notions clés
- Zone 1 sur les réseaux : Éclairée (vu dedans / vu dehors)
- Zone 2 sur les réseaux : Sous le tapis (vu dedans / pas vu dehors)
- Zone 3 sur les réseaux : Déni (pas vu dedans / vu dehors)
- Zone 4 sur les réseaux : Inconnu (pas vu dedans / pas vu dehors)
- Les “accélérateurs” des réseaux : ce qui transforme un sujet en crise
- Transformer la matrice en plan d’action réseaux : le protocole en 10 points
- Les erreurs fatales sur les réseaux (et leur antidote)
- Répondre aux rumeurs et aux fausses informations : une stratégie réaliste
- Mini-cas pédagogiques (pour voir la matrice en action)
- Kit de formulations prêtes à l’emploi (spécial réseaux)
- Sur les réseaux, une crise se perd souvent sur la posture
Sur les réseaux sociaux, une crise n’arrive pas seulement “plus vite”. Elle arrive autrement. Elle se construit en fragments (une vidéo, une capture d’écran, un témoignage), elle se propage par des dynamiques d’amplification (algorithmes, indignation, communautés), et elle se fige en récit (“ils s’en fichent”, “ils mentent”, “ils exploitent”, “ils couvrent”). Résultat : une organisation peut être très compétente techniquement et pourtant perdre la bataille dans les premières heures… parce qu’elle n’a pas vu ses cases aveugles analyse l’expert en communication de crise, Florian Silnicki qui est le Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom.
L’intérêt de la Matrice des cases aveugles est précisément de rendre visibles ces décalages : ce que l’organisation sait vs ce que l’extérieur perçoit, ce qui est déjà public vs ce qui ne l’est pas encore, ce qui est certain vs ce qui est “crédible” sur les plateformes. Appliquée aux réseaux sociaux, la matrice devient un outil de pilotage de crise en temps réel : elle aide à décider quoi dire, quoi faire, quoi prouver, et surtout où se trouvent les risques d’aggravation (silence, déni, posture juridique, arrogance, manque d’empathie, incohérences entre canaux).
Pourquoi les réseaux créent des cases aveugles spécifiques
Avant même de remplir une matrice, il faut comprendre les mécanismes qui fabriquent les angles morts sur les plateformes. Il y en a six, très fréquents.
Le “fragment” devient la réalité
Une crise naît souvent d’un micro-contenu : 12 secondes de vidéo, une phrase sortie de contexte, un ticket de caisse, un mail interne, une story. Même si l’événement complet est plus nuancé, le fragment agit comme une preuve émotionnelle. Et le public raisonne ainsi : “Je l’ai vu, donc c’est vrai.”
Case aveugle typique : répondre avec une explication longue, alors que le réseau ne “voit” qu’un fragment.
Règle : on répond d’abord au fragment (ce que les gens ont vu), puis on redonne le contexte.
La vitesse est une pression morale
Sur les réseaux, le délai n’est pas interprété comme un temps d’enquête. Il est souvent interprété comme : silence, fuite, mépris, calcul. Un silence de 3 heures peut être vécu comme une insulte si le contenu tourne déjà.
Case aveugle typique : croire que “ne pas parler tant qu’on n’est pas certain” est neutre.
Règle : on peut parler sans conclure, à condition de reconnaître le signal et d’expliquer la démarche.
L’algorithme n’amplifie pas “le plus vrai”, mais “le plus engageant”
Ce qui monte est souvent ce qui déclenche : indignation, peur, injustice, humour mordant, simplification. L’algorithme privilégie l’engagement, pas la vérification.
Case aveugle typique : s’étonner que “ce faux récit prenne” alors qu’il est narrativement parfait.
Règle : combattre un récit, c’est proposer un récit plus crédible, plus humain, plus prouvable.
Les communautés fonctionnent en “tribus”
Une crise peut partir d’une niche (forum, groupe Facebook, subreddit, communauté TikTok, Discord, micro-influenceurs) puis basculer vers les médias. Si vous ne surveillez que les grands médias, vous arrivez trop tard.
Case aveugle typique : penser que “ça reste entre eux”.
Règle : traiter les signaux faibles comme des alertes potentielles, surtout quand ils touchent à la morale (éthique, sécurité, injustice).
La preuve est souvent “sociale”
Sur les réseaux, la crédibilité vient parfois moins d’un document que d’une dynamique : “tout le monde le dit”, “les commentaires confirment”, “moi aussi j’ai vécu ça”. Une accumulation de témoignages peut devenir plus persuasive qu’un communiqué.
Case aveugle typique : opposer un chiffre froid à une foule de récits.
Règle : reconnaître l’expérience vécue, puis apporter des faits et des preuves, sans écraser la parole.
Les plateformes transforment tout en jugement
Sur beaucoup de crises, la question centrale sur les réseaux n’est pas : qu’est-ce qui s’est passé ?
C’est : qui êtes-vous, et qu’est-ce que vous valez moralement ?
Case aveugle typique : répondre “technique” à une crise “valeurs”.
Règle : traiter l’axe moral (justice, responsabilité, empathie) aussi sérieusement que l’axe factuel.
Rappel de la Matrice des cases aveugles (version crise)
La matrice classique croise deux axes :
- Visibilité interne : ce que l’organisation voit / sait / reconnaît (vs ce qu’elle ignore ou refuse de voir)
- Visibilité externe : ce que l’extérieur voit / croit / perçoit (vs ce qui n’est pas encore public)
On obtient quatre zones :
Appliquée aux réseaux sociaux, cette matrice ne sert pas seulement à “classer” : elle sert à choisir une posture et à éviter les erreurs d’amplification.
Adapter la matrice aux réseaux : ajouter deux notions clés
Sur les plateformes, deux variables changent tout :
- La viralité (vitesse + volume) : un sujet peut être faux et pourtant massivement amplifié.
- La “prouvabilité” : certaines réponses sont vraies mais invérifiables publiquement, donc faibles.
Je vous propose une discipline simple : pour chaque case de la matrice, ajoutez deux colonnes mentales :
- À quel point ça peut partir (viral) ?
- À quel point on peut prouver (preuves partageables) ?
Cela évite de tomber dans le piège “on a raison donc on va gagner”. Sur les réseaux, on gagne quand on est crédible, pas seulement quand on est exact.
Zone 1 sur les réseaux : Éclairée (vu dedans / vu dehors)
Ce que c’est, version plateformes
Le fait est public et reconnu : une panne, un accident visible, une vidéo authentifiée, une erreur assumée, un bug confirmé. Sur les réseaux, tout le monde a déjà “vu” quelque chose. Les débats portent sur :
- la responsabilité (“vous avez été négligents”),
- l’intention (“vous vous en fichez”),
- la réparation (“qu’est-ce que vous faites maintenant ?”).
Les cases aveugles typiques en Zone 1
- Parler trop corporate
Une crise “vue” sur les réseaux est une crise “humaine” : un langage trop froid devient une provocation. - Sous-estimer la force du symbole
Un détail (un rire, une phrase, une posture, une image) peut incarner toute la crise. - Croire qu’un post suffit
Sur les réseaux, la crise se joue autant dans les commentaires, les réponses, les duos/réactions, que dans le post initial.
La posture recommandée
- Reconnaissance immédiate : “Nous avons vu…”
- Empathie sobre : “Nous comprenons l’inquiétude / la colère.”
- Action immédiate : “Voici ce que nous faisons maintenant.”
- Calendrier : “Prochain point à…”
- Preuve : “Nous publierons / mettrons à disposition…”
Formats efficaces
- Un message court + une FAQ accessible (page dédiée ou thread)
- Un post épinglé mis à jour (X, Instagram, Facebook)
- Une vidéo courte du porte-parole si la crise est très émotionnelle (attention : ton humble, pas promo)
Exemple de message “première heure” (réseaux)
Nous avons pris connaissance de [l’incident / la vidéo / la situation].
Notre priorité est [la sécurité / la prise en charge / la continuité].
Nous sommes en train de [mesures immédiates] et nous reviendrons avec un point factuel à [heure].
Si vous êtes concerné(e), contactez [canal d’aide].
C’est simple, mais c’est ce qui évite l’erreur fatale : laisser le public combler le vide.
Zone 2 sur les réseaux : Sous le tapis (vu dedans / pas vu dehors)
Ce que c’est, version plateformes
L’organisation sait qu’il existe un sujet potentiellement explosif, mais il n’est pas (encore) viral : faille cyber suspectée, incident en cours d’investigation, problème qualité non médiatisé, tension interne, erreur logistique, etc.
Sur les réseaux, cette zone est particulièrement risquée parce que :
- une fuite est facile (screenshots, enregistrements),
- un témoignage isolé peut déclencher une vague,
- un “petit” compte peut être repris par un gros.
La case aveugle numéro 1 : confondre “pas public” avec “pas découvrable”
Votre vraie question n’est pas : “Est-ce public ?”
C’est : “Qui pourrait le rendre public, et avec quel matériau ?”
Checklist “découvrabilité” (réseaux) :
- Existe-t-il une preuve partageable (photo, capture, mail) ?
- Combien de personnes ont accès à l’info ?
- Y a-t-il des personnes en conflit / frustrées / en départ ?
- Les clients peuvent-ils constater eux-mêmes l’impact ?
- Un influenceur sectoriel peut-il l’expliquer simplement ?
La case aveugle numéro 2 : le “double scandale”
Sur les réseaux, le scandale n’est pas toujours l’événement initial. C’est souvent :
“Ils savaient et ils n’ont rien dit.”
Ce mécanisme détruit la confiance plus vite que l’erreur d’origine.
La posture recommandée
Ici, la matrice sert à décider entre trois stratégies (à choisir selon le contexte, sans dogme) :
- Transparence proactive (souvent la meilleure si risque élevé de fuite)
Vous annoncez un fait minimal certain, et vous expliquez le processus. - Correction avant exposition (si impact faible et correction rapide)
Vous corrigez vite, vous documentez, vous préparez une réponse si ça sort. - Silence préparé (rarement recommandé, mais possible)
Si parler créerait un risque (ex. sécurité), vous préparez néanmoins :
- un message de reconnaissance,
- une ligne de preuve,
- un plan d’aide,
- un plan d’update.
Discipline de crise : préparer l’atterrissage
En Zone 2, votre travail n’est pas d’écrire un communiqué parfait. C’est de préparer :
- une version courte (post),
- une version longue (FAQ / page),
- une preuve (audit, mesures, timeline),
- un canal d’aide,
- un process de mise à jour.
Sur les réseaux, “nous enquêtons” sans horizon temporel est perçu comme une manœuvre. Donnez un rythme : “point à 18h”, “mise à jour demain 10h”.
Zone 3 sur les réseaux : Déni (pas vu dedans / vu dehors)
Ce que c’est, version plateformes
C’est la zone la plus toxique : le public est déjà persuadé qu’il y a un problème (ou qu’il y a une injustice), mais l’organisation ne le voit pas, ou le refuse.
Sur les réseaux, la Zone 3 apparaît très souvent sous ces formes :
- une vidéo circule, l’organisation la juge “hors contexte” sans vérifier ;
- un hashtag monte, la direction le considère “minoritaire” ;
- des témoignages se multiplient, l’entreprise parle de “cas isolés” ;
- un bad buzz est traité comme un incident de community management, alors qu’il est moral.
Les phrases qui trahissent la Zone 3 (et déclenchent l’incendie)
- “C’est faux.” (trop tôt, sans enquête visible)
- “Nous démentons formellement.” (si le public a une preuve perçue)
- “Ce n’est pas représentatif.” (perçu comme mépris)
- “Nous respectons la loi.” (hors sujet si l’accusation est morale)
- “Nous ne commentons pas.” (interprété comme fuite)
La posture recommandée : reconnaître le signal, pas forcément le fait
C’est une compétence essentielle sur les réseaux : on peut reconnaître publiquement l’existence d’un signal sans valider la totalité de l’accusation.
Formulations robustes :
- “Nous avons vu les contenus qui circulent.”
- “Nous comprenons pourquoi cela choque / inquiète.”
- “Nous vérifions immédiatement les faits.”
- “Nous reviendrons avec des éléments vérifiés à [heure].”
- “Si des personnes sont concernées, voici un canal dédié.”
Cela évite l’escalade “vous mentez / vous méprisez” tout en gardant le cadre factuel.
Le piège : entrer en guerre contre Internet
Le réflexe “combat” (attaquer les médias, attaquer les internautes, ironiser, jouer la victime) est une machine à amplifier la crise.
Sur les plateformes, se défendre agressivement revient souvent à dire :
“Notre réputation compte plus que ce que vous vivez.”
Et c’est exactement ce qui galvanise l’indignation.
Méthode “boucle courte” (spéciale Zone 3)
Quand la Zone 3 est suspectée, imposez une boucle courte de 60–90 minutes :
- Identifier le contenu source (l’URL / la vidéo originale, pas les reposts)
- Vérifier l’authenticité (date, lieu, contexte)
- Cartographier l’amplification (qui relaye : médias, influenceurs, communautés)
- Qualifier l’accusation :
- factuelle ? (erreur, incident, mensonge)
- morale ? (injustice, discrimination, mépris)
- systémique ? (“vous faites toujours ça”)
- Choisir une réponse : reconnaissance + démarche + action immédiate
- Mettre un point d’étape public (sinon la foule écrit l’histoire à votre place)
Zone 4 sur les réseaux : Inconnu (pas vu dedans / pas vu dehors)
Ce que c’est, version plateformes
C’est la zone des surprises : ce que personne n’a encore identifié, mais qui peut exploser parce que :
- un ancien contenu ressurgit,
- un salarié témoigne,
- un incident mineur est filmé,
- un audit fuite,
- une campagne est interprétée contre l’intention,
- une norme sociale a changé (et votre message devient “hors époque”).
Sur les réseaux, la Zone 4 est immense, car la mémoire y est longue (reposts, archives, captures).
Réduire la Zone 4 : capteurs et diversité
Pour diminuer cette zone, on ne “prédit” pas tout. On installe des capteurs :
- Veille multi-plateformes, y compris niches
- Capteur interne : RH, managers terrain, hotline, SAV
- Contradicteur officiel (red team) : “comment ça pourrait mal tourner ?”
- Pré-mortem : “Imaginez qu’on se retrouve trend demain : pourquoi ?”
Pré-bunking : prévenir les crises de perception
Un outil très utile est le pré-bunking : avant une annonce sensible, on liste :
- les interprétations négatives possibles,
- les questions qui vont sortir,
- les preuves nécessaires,
- les formulations à éviter.
Sur les réseaux, une crise peut naître d’une mauvaise interprétation plausible. Votre job est de réduire la plausibilité.
Les “accélérateurs” des réseaux : ce qui transforme un sujet en crise
Quand vous remplissez la matrice, cherchez ces accélérateurs. S’ils sont présents, un incident peut devenir crise très vite.
- Une victime identifiable (personne, visage, témoignage)
- Un méchant identifiable (marque, dirigeant, “le système”)
- Une injustice simple à comprendre (“ils abusent”)
- Une preuve visuelle (vidéo/capture)
- Une contradiction (vos valeurs vs vos actes)
- Une répétition (“encore eux”)
- Un influenceur pivot (capable de traduire et d’amplifier)
Plus il y en a, plus votre Zone 3 est probable, même si vous n’avez “rien vu” en interne.
Transformer la matrice en plan d’action réseaux : le protocole en 10 points
Voici une méthode pratico-pratique que j’enseigne aux cellules de crise.
Nommer le “contenu source”
Quelle est la pièce qui déclenche ? La matrice commence par ça, sinon vous répondez à une rumeur de rumeur.
Écrire la version “réseau” de la crise
En une phrase, telle que le public la formule.
Ex. : “Ils mettent les gens en danger”, “Ils se moquent des clients”, “Ils exploitent les salariés”.
C’est dur à écrire… mais indispensable. C’est souvent LA case aveugle.
Remplir les 4 zones en 15 minutes
Sans débat interminable. On liste, on qualifie, on marque ce qui est incertain.
Identifier la Zone dominante (celle qui vous menace)
- Zone 1 : bataille de confiance (tenir, réparer, prouver)
- Zone 2 : risque de fuite (anticiper, décider transparence)
- Zone 3 : risque d’escalade (reconnaître signal, enquêter)
- Zone 4 : risque de surprise (capteurs + scénario)
Définir le “message minimal viable” (MMV)
Le message minimal viable, c’est ce que vous pouvez dire vite sans vous contredire :
- reconnaissance + priorité + action + prochain point + canal d’aide
Choisir les canaux (pas “partout” par réflexe)
- Là où la crise est née (sinon vous êtes accusé de fuir)
- Là où vos publics clés vous attendent
- Un lieu stable de référence (page dédiée / FAQ)
Organiser le rythme (cadencer la mise à jour)
Le rythme est un outil anti-rumeur.
Un point d’étape “à heure fixe” calme plus qu’un long communiqué.
Gérer les commentaires : 3 règles
- Ne pas débattre en boucle, mais orienter vers la preuve et le canal d’aide
- Modérer avec parcimonie (sinon accusation de censure)
- Répondre aux questions récurrentes via une FAQ mise à jour
Préparer les “preuves partageables”
Sur les réseaux, une preuve doit être :
- compréhensible en 10 secondes,
- citée facilement,
- accessible (pas un PDF de 30 pages sans synthèse),
- cohérente avec vos actions.
Synchroniser l’interne
Un classique : l’externe dit “on fait X”, et l’interne apprend “on n’a pas le droit de faire X”.
Sur les réseaux, l’incohérence se voit immédiatement (témoignages internes).
Les erreurs fatales sur les réseaux (et leur antidote)
Erreur 1 : répondre “juridique” à une crise “humaine”
Antidote : dissocier responsabilité morale et responsabilité légale :
- on peut exprimer des regrets et protéger sans s’auto-incriminer ;
- on peut reconnaître l’impact sans conclure sur la cause.
Erreur 2 : faire comme si Twitter/X = “ce n’est pas réel”
Antidote : considérer les réseaux comme un capteur et un amplificateur. Ce n’est pas “la totalité” du public, mais c’est souvent “le début” du récit.
Erreur 3 : “un post et c’est réglé”
Antidote : penser en série : post initial + FAQ + points d’étape + preuves + rectifications.
Erreur 4 : se battre avec les influenceurs ou les journalistes en public
Antidote : apporter des éléments vérifiables, proposer un contact direct, éviter l’humiliation publique (qui déclenche le campisme).
Erreur 5 : supprimer trop vite
Supprimer peut être nécessaire (doxxing, injures, danger), mais supprimer “pour faire disparaître” est une essence inflammable.
Antidote : si suppression, expliquer la règle (sécurité, haine, données personnelles). Et archiver la preuve de votre action.
Répondre aux rumeurs et aux fausses informations : une stratégie réaliste
Sur les réseaux, “débunker” ne suffit pas. Vous devez choisir quoi corriger, comment corriger, et à quel moment.
Triage : tout corriger est impossible
Ne corrigez pas tout. Corrigez ce qui est :
- dangereux (risque sécurité),
- structurant (change le récit),
- viral (gagne du terrain),
- attribué à vous (“ils ont dit…”).
La correction efficace : courte + claire + preuve + répétition
- “Non, [fait exact].”
- “Voici ce que nous savons / faisons.”
- “Voici la source / preuve.”
- “Nous mettrons à jour à [heure].”
Éviter l’effet Streisand
Corriger une rumeur faible peut la rendre visible. D’où l’intérêt de la matrice : évaluer visibilité externe + viralité.
Mini-cas pédagogiques (pour voir la matrice en action)
Cas 1 : vidéo virale “mauvaise pratique”
- Dehors : “Ils maltraitent / ils trichent / ils sont dangereux”
- Dedans : “On ne sait pas si c’est chez nous”
- Zone dominante : 3 (déni) si vous minimisez, 1 si vous confirmez
- Réponse robuste :
- reconnaître la vidéo,
- vérifier le lieu et l’équipe,
- mesure conservatoire (suspension, audit, contrôle),
- point d’étape public rapide.
Cas 2 : capture d’écran d’un mail interne
- Dehors : “Ils savaient / cynisme / mépris”
- Dedans : “Mail authentique mais sorti du contexte”
- Zone dominante : 1 + 2 (car vous savez plus que le public)
- Réponse robuste :
- reconnaître l’authenticité ou clarifier,
- donner le contexte sans noyer,
- corriger la décision si elle est mauvaise,
- expliquer le changement (acte + preuve).
Cas 3 : hashtag “boycott”
- Dehors : mobilisation morale
- Dedans : surprise, pas d’incident “objectif”
- Zone dominante : 3 ou 4
- Réponse robuste :
- écouter, comprendre l’accusation,
- clarifier vos pratiques avec preuves,
- ouvrir un canal de dialogue crédible,
- éviter la posture “victime”.
Kit de formulations prêtes à l’emploi (spécial réseaux)
Reconnaître le signal sans conclure
- “Nous avons vu les contenus qui circulent et nous les prenons très au sérieux.”
- “Nous comprenons les réactions et nous vérifions les faits immédiatement.”
- “Notre priorité est [sécurité / prise en charge].”
Donner un horizon
- “Nous publierons un point factuel à [heure] ici.”
- “Nous mettrons à jour ce post au fur et à mesure.”
Centrer sur l’aide
- “Si vous êtes concerné(e), contactez [lien / mail / numéro].”
- “Nous avons ouvert un dispositif dédié pour [clients / riverains / salariés].”
Éviter l’arrogance
- Remplacer “c’est faux” par “à ce stade, nous n’avons pas d’élément confirmant X, et nous vérifions”.
Reconnaître l’impact (sans théâtre)
- “Nous sommes désolés pour les difficultés / l’inquiétude que cela provoque.”
- “Nous comprenons que cela puisse choquer.”
Sur les réseaux, une crise se perd souvent sur la posture
Appliquer la Matrice des cases aveugles aux réseaux sociaux, c’est accepter une réalité parfois inconfortable : vous ne contrôlez pas le récit, mais vous pouvez contrôler votre crédibilité. Et votre crédibilité se joue dans trois dimensions :
- Lucidité : voir ce que l’extérieur voit (et ce qu’il comprend)
- Humanité : reconnaître l’impact avant de plaider la technique
- Preuve : faire, montrer, mettre à jour, tenir ses engagements
Les réseaux sociaux ne sont pas seulement un canal de diffusion. Ce sont des arènes de jugement. La matrice vous permet d’éviter l’erreur la plus fréquente : parler juste… au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise posture.