AccueilFAQLa communication de crise, c’est comme la chirurgie esthétique : si ça se voit, c’est que c’est mal fait

La communication de crise, c’est comme la chirurgie esthétique : si ça se voit, c’est que c’est mal fait

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Une vérité dérangeante de la communication de crise moderne

La communication de crise souffre d’un paradoxe tenace. Lorsqu’elle échoue, tout le monde la remarque, la commente, la critique et l’analyse. Lorsqu’elle réussit, en revanche, elle disparaît du débat public, comme si elle n’avait jamais existé. Cette invisibilité est souvent perçue comme une absence, alors qu’elle constitue en réalité le signe le plus fiable de son efficacité.

La comparaison avec la chirurgie esthétique s’impose naturellement. Une opération ratée se voit immédiatement. Une intervention réussie, au contraire, ne saute pas aux yeux. Elle ne transforme pas un visage, elle le préserve. Elle corrige sans déformer. En communication de crise, la logique est identique. Quand la stratégie devient visible, commentée ou moquée, c’est presque toujours le symptôme d’un dysfonctionnement.

Comme le résume Florian Silnicki, spécialiste reconnu de la gestion des situations sensibles à la tête de l’agence LaFrenchCom spécialisée en communication de crise :
« La communication de crise, c’est comme la chirurgie esthétique : si ça se voit, c’est que c’est mal fait. »

Pourquoi une communication de crise visible est souvent une communication ratée

Lorsqu’une organisation se retrouve au cœur d’une tempête médiatique, la tentation est grande de multiplier les prises de parole. Conférences de presse, interviews de dirigeants, communiqués successifs, publications sur les réseaux sociaux… Cette survisibilité donne l’illusion de la maîtrise, mais elle trahit bien souvent l’inverse.

Une communication qui devient un sujet en soi alimente la crise au lieu de la contenir. Chaque déclaration crée un nouveau point d’accroche médiatique, relance le cycle de l’actualité et expose à l’erreur. Plus on parle, plus on offre de matière à interprétation, à critique et à détournement. La crise cesse alors d’être liée aux faits pour se transformer en feuilleton narratif.

La meilleure communication de crise est celle qui ne se remarque pas

Une communication de crise efficace ne cherche pas à impressionner. Elle ne vise ni la performance rhétorique ni le coup d’éclat. Son objectif est beaucoup plus sobre : rétablir un équilibre fragile, apaiser les tensions et permettre à l’organisation de continuer à fonctionner sans laisser de cicatrice durable.

À l’image d’une chirurgie esthétique réussie, elle respecte l’existant. Elle s’appuie sur l’identité réelle de l’organisation, sur sa culture et sur ses valeurs. Elle n’invente pas un récit artificiel, elle rend la réalité compréhensible et acceptable. Lorsqu’elle est bien exécutée, le public ne se dit pas que la communication est bonne. Il se dit simplement que la situation semble sous contrôle.

Communication de crise et défiance : quand trop en faire aggrave la situation

En situation de crise, le public est instinctivement méfiant. Il scrute le moindre mot, le moindre silence, le moindre changement de ton. Une communication trop travaillée, trop lisse ou trop démonstrative déclenche rapidement un soupçon d’artifice.

Lorsque le discours semble excessivement calibré, juridique ou émotionnellement forcé, l’opinion perçoit une tentative de manipulation. La confiance se dégrade alors plus vite encore que la réputation. Comme le souligne Florian Silnicki, « en crise, plus on sent la stratégie, moins on croit au message ». Cette défiance est difficile à inverser une fois installée.

Crises médiatiques : pourquoi certaines disparaissent sans laisser de trace

Certaines crises, pourtant sérieuses, semblent s’éteindre sans laisser de souvenir durable. Elles ne deviennent pas des cas d’école négatifs. Elles ne restent pas associées à une phrase malheureuse ou à une posture jugée arrogante. Cette disparition apparente n’est jamais le fruit du hasard.

Elle résulte le plus souvent d’une gestion sobre, rapide et cohérente. Peu de déclarations, peu d’effets de manche, mais des décisions concrètes, assumées et alignées avec la parole publique. Dans ces cas-là, la communication ne disparaît pas par manque d’action. Elle s’efface parce qu’elle est juste.

Ce que le public ne voit pas : les décisions invisibles qui font la différence

Comme en chirurgie esthétique, le résultat final dépend surtout de ce qui ne se voit pas. Le diagnostic initial, la préparation, l’expérience du praticien et les arbitrages techniques comptent davantage que le geste visible. En communication de crise, ce sont les décisions prises en amont et en coulisses qui conditionnent l’issue.

La capacité à qualifier rapidement la crise, à comprendre les attentes émotionnelles des parties prenantes et à décider avec sang-froid est déterminante. Le public ne voit jamais ces choix. Pourtant, il en ressent toujours les effets, à travers la cohérence du discours et la crédibilité des actes.

Le silence en communication de crise : absence ou stratégie ?

Le silence est souvent interprété comme une fuite ou un aveu. Pourtant, dans certaines situations, il constitue une décision stratégique. Se taire peut éviter de nourrir une polémique artificielle ou de figer une version incomplète des faits. Mais ce silence doit être maîtrisé, assumé et cohérent avec les actions menées en parallèle.

Un silence non préparé devient anxiogène. Un silence stratégique, au contraire, peut contribuer à l’apaisement. Là encore, tout se joue dans la justesse et la mesure, jamais dans l’excès.

Pourquoi vouloir “réussir” sa communication de crise est une erreur

Chercher à produire une “belle” communication de crise est souvent un contresens. L’objectif n’est pas de séduire ni de convaincre tout le monde. Il est de préserver l’essentiel : la confiance minimale qui permet à une organisation de continuer à exister après la tempête.

Florian Silnicki le rappelle régulièrement : « Quand on commence à analyser la communication de crise d’une organisation, c’est généralement qu’elle a déjà perdu une partie de la bataille. » Le meilleur travail est celui dont personne ne parle. Le succès se mesure à l’absence de polémique sur la stratégie elle-même.

Communication de crise et chirurgie esthétique : l’élégance de l’invisible

La communication de crise est un art de la retenue. Elle impose de résister à la tentation de surcommuniquer, de surjustifier et de sur-expliquer. Elle exige de l’humilité, car elle accepte que le meilleur résultat possible soit parfois que personne ne remarque l’effort accompli.

Lorsqu’une crise s’éteint sans slogan mémorable, sans phrase choc et sans mea culpa viral, beaucoup y voient une absence de stratégie. En réalité, c’est souvent la preuve d’un travail extrêmement précis, mené dans l’ombre, avec une obsession simple : ne pas laisser de trace inutile.

En communication de crise, comme en chirurgie esthétique, l’élégance réside dans l’invisible. Et c’est précisément cette discrétion qui fait la différence entre une organisation qui traverse une crise… et une organisation qui en reste durablement marquée.