AccueilFAQIdée reçue n°8 : un bon communiqué de presse peut tout changer

Idée reçue n°8 : un bon communiqué de presse peut tout changer

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En situation de crise, le communiqué de presse est souvent perçu comme l’arme ultime. Le bon texte, au bon moment, avec les bons mots, suffirait à reprendre la main. Cette croyance est non seulement fausse, mais elle est souvent à l’origine d’échecs retentissants.

Le communiqué de presse, totem de la communication de crise

Quand une crise éclate, la première question qui surgit presque mécaniquement est : « On fait un communiqué ? »
Dans l’imaginaire collectif, le communiqué de presse incarne la réponse officielle, structurée, maîtrisée. Il rassure les dirigeants parce qu’il est tangible. On peut l’écrire, le relire, le valider. Il donne l’impression d’agir.

Mais cette focalisation sur le communiqué est trompeuse. Dans la majorité des crises, le communiqué n’est ni le point de départ, ni le point de bascule. Il est un outil parmi d’autres, souvent surévalué, parfois même contre-productif.

Comme le rappelle Florian Silnicki, spécialiste reconnu de la gestion des situations de crise :
« Un communiqué de presse ne rattrape jamais une mauvaise décision de gestion de crise. Il ne fait que la rendre publique. »

Comprendre le rôle réel — et les limites — du communiqué de presse est essentiel pour éviter de transformer un outil banal en facteur aggravant.

Pourquoi le communiqué de presse est autant surestimé

Le communiqué de presse rassure parce qu’il est un objet familier. Il appartient au registre classique de la communication institutionnelle. Contrairement à une interview ou à une conférence de presse, il semble maîtrisable de bout en bout.

Cette maîtrise est en grande partie illusoire. Une fois diffusé, le communiqué échappe immédiatement à son auteur. Il est lu, interprété, découpé, résumé, parfois déformé. Rarement repris tel quel, il sert surtout de matière première aux journalistes.

Surtout, le communiqué donne l’impression qu’une crise est avant tout un problème de formulation. Comme si les bons mots pouvaient corriger une situation complexe, émotionnelle et parfois moralement chargée.

Le communiqué n’est jamais jugé seul

L’une des erreurs majeures consiste à analyser un communiqué de presse comme un texte autonome. En réalité, il est toujours jugé à l’aune de son contexte.

Le public et les médias ne lisent pas un communiqué en se demandant s’il est bien écrit. Ils se demandent s’il est cohérent avec les faits, avec les actes déjà posés, avec les déclarations précédentes et avec l’image globale de l’organisation.

Un communiqué parfaitement rédigé mais déconnecté de la réalité produit un effet désastreux. Il donne l’impression d’un discours hors-sol, technocratique, voire cynique.

Quand le communiqué devient le problème

Dans certaines crises, le communiqué de presse ne se contente pas d’échouer. Il devient lui-même un sujet de controverse. Une phrase mal formulée, un ton jugé froid, une hiérarchisation maladroite des informations peuvent déclencher une vague d’indignation.

Ce sont souvent ces communiqués-là qui sont cités, moqués, disséqués pendant des années. Non pas parce qu’ils étaient trop courts ou trop longs, mais parce qu’ils révélaient une posture perçue comme inadaptée.

Comme le souligne l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« Le public ne juge pas un communiqué sur sa forme, mais sur ce qu’il dit de l’état d’esprit de l’organisation. »

Le mythe du “bon texte” salvateur

Beaucoup d’organisations abordent la crise comme un problème rédactionnel. On multiplie les versions, on pèse chaque mot, on sollicite de nombreux avis. Cette obsession du texte masque souvent une incapacité à trancher sur le fond.

Un communiqué n’est jamais meilleur que les décisions qu’il traduit. Lorsqu’il y a flou, désaccord ou hésitation en interne, le texte devient confus, prudent à l’excès ou excessivement juridique. Ce flou est immédiatement perçu.

À l’inverse, lorsqu’une décision claire a été prise, le communiqué devient presque secondaire. Il est simple, lisible et cohérent, sans effort excessif.

Les journalistes n’attendent pas ce que les organisations imaginent

Autre idée reçue : le communiqué serait destiné à “convaincre” les journalistes. En réalité, les journalistes ne cherchent pas à être convaincus. Ils cherchent des faits, des positions claires et des éléments vérifiables.

Un communiqué trop long, trop argumentatif ou trop défensif est souvent perçu comme suspect. Il donne le sentiment que l’organisation cherche à orienter le récit plutôt qu’à éclairer la situation.

Dans les rédactions, les communiqués de crise sont rarement lus intégralement. Ils sont survolés, puis confrontés à d’autres sources. Le texte n’est qu’un point d’entrée, jamais une fin en soi.

Le communiqué ne remplace ni l’incarnation ni le dialogue

Dans certaines crises, le communiqué est utilisé comme un écran. On espère éviter les questions, les interviews, la confrontation. Cette stratégie est rarement efficace.

Lorsqu’une crise est fortement émotionnelle, impersonnaliser la réponse est perçu comme une fuite. Le public attend alors une parole incarnée, humaine, assumée. Le communiqué, par nature institutionnel, ne peut pas remplir seul cette fonction.

À l’inverse, dans des crises plus techniques, un communiqué peut suffire… à condition qu’il soit soutenu par des actions claires et cohérentes.

Quand le communiqué est utile — et quand il ne l’est pas

Le communiqué de presse a une utilité réelle lorsqu’il sert à poser un cadre factuel, à diffuser des informations vérifiées et à officialiser des décisions. Il est particulièrement pertinent pour :

  • clarifier une situation complexe,
  • éviter les interprétations erronées,
  • fixer une position officielle stable.

En revanche, il est inefficace lorsqu’il cherche à :

  • susciter de l’empathie à lui seul,
  • justifier des faits contestables,
  • remplacer des décisions difficiles,
  • clore artificiellement une crise.

Dans ces cas-là, il devient un faux remède.

Le danger des communiqués “trop parfaits”

Les communiqués excessivement travaillés sont souvent les plus mal perçus. Un style trop lisse, trop juridique ou trop technocratique crée une distance émotionnelle avec le public.

Cette distance est interprétée comme de l’indifférence ou du mépris. Le communiqué cesse alors d’être un outil d’information pour devenir un symbole de déconnexion.

Comme le rappelle Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom :
« En crise, plus un communiqué semble écrit par des experts en com de crise, moins il est cru par le public. »

Le communiqué comme reflet de la gouvernance de crise

Un communiqué de presse est toujours le reflet d’un fonctionnement interne. Un texte flou traduit une gouvernance floue. Un texte contradictoire révèle des arbitrages non tranchés. Un texte défensif signale une organisation sur la défensive.

À l’inverse, un communiqué simple et clair est souvent le signe d’une cellule de crise efficace, capable de décider rapidement et d’assumer ses choix.

Le communiqué ne crée pas la stratégie. Il la révèle.

Ce que défend LaFrenchCom face au mythe du communiqué

C’est pour cette raison que LaFrenchCom considère le communiqué de presse comme un outil secondaire, jamais comme un levier central.

Avant d’écrire, l’agence travaille sur la compréhension fine de la situation, la prise de décision, l’alignement interne et la définition de la posture. Le communiqué n’intervient qu’à la fin, pour traduire une réalité déjà stabilisée.

Cette approche explique pourquoi certains communiqués passent presque inaperçus. Non parce qu’ils sont faibles, mais parce qu’ils ne cherchent pas à compenser ce qui manque ailleurs.

Pourquoi ce mythe persiste malgré les échecs répétés

Si l’idée qu’un bon communiqué peut tout changer persiste, c’est parce qu’elle est confortable. Elle permet de croire que la crise est avant tout un problème de communication, et non un problème de décisions, de pratiques ou de gouvernance.

Elle offre une solution rapide à une situation complexe. Mais cette facilité apparente est trompeuse. Les crises les plus dures sont précisément celles où l’on a cru trop longtemps qu’un texte suffirait.

Un communiqué ne change jamais une crise, il en fixe la trace

L’idée reçue selon laquelle un bon communiqué de presse peut tout changer est l’un des mythes les plus tenaces de la communication de crise. Elle conduit à surinvestir un outil qui ne peut pas porter, à lui seul, le poids d’une situation sensible.

Un communiqué ne sauve pas une crise. Il en est l’empreinte publique. Il peut clarifier, stabiliser, officialiser. Mais il ne corrige ni les faits, ni les décisions, ni les erreurs.

Comme le résume Florian Silnicki :
« En crise, un communiqué n’est jamais plus fort que la réalité qu’il décrit. »

Comprendre cette limite permet d’utiliser cet outil avec justesse, sans illusion, et surtout sans en faire un alibi à l’inaction ou à l’indécision.