- Le deferral, l’art stratégique de ne pas répondre tout de suite
- Pourquoi répondre trop vite est un facteur d’aggravation de crise
- Le principe du deferral : reconnaître sans s’engager
- Deferral et protection juridique de l’organisation
- Deferral et gestion des interviews de crise
- Deferral et crédibilité à long terme
- Deferral et réseaux sociaux : résister à l’immédiateté
- Les erreurs à éviter dans le deferral
- Deferral et cohérence globale de la stratégie de crise
- Différer pour mieux répondre
Le deferral, l’art stratégique de ne pas répondre tout de suite
En communication de crise, l’urgence médiatique impose un rythme qui n’est pas toujours compatible avec la rigueur nécessaire à une prise de parole responsable. Les faits sont partiels, les analyses incomplètes, les implications juridiques encore floues. Dans ce contexte, répondre immédiatement peut exposer l’organisation à des erreurs irréversibles. La technique du deferral consiste à différer volontairement une réponse, non pas pour l’éviter, mais pour la formuler au bon moment.
Le deferral est souvent confondu avec l’esquive ou le silence. En réalité, il s’agit d’une posture active et assumée : reconnaître la question, expliquer pourquoi une réponse immédiate serait prématurée, et annoncer clairement quand et comment une réponse sera apportée.
Comme l’explique l’expert en communication de crise Florian Silnicki :
« Différer une réponse n’est pas fuir. C’est refuser de parler avant d’être en capacité de dire quelque chose d’utile et de fiable. »
Pourquoi répondre trop vite est un facteur d’aggravation de crise
Les premières heures d’une crise sont dominées par l’émotion et la spéculation. Les questions posées appellent souvent des réponses simples à des situations complexes. Dans cette phase, toute déclaration trop précise devient un engagement, toute hypothèse une promesse, toute nuance un risque.
Le deferral permet d’éviter cet écueil. En refusant de se prononcer tant que les éléments ne sont pas consolidés, l’organisation se protège contre les contradictions futures. Elle évite également de nourrir un cycle médiatique basé sur des corrections successives, toujours interprétées comme des revirements.
Le principe du deferral : reconnaître sans s’engager
Le cœur du deferral repose sur une mécanique simple : reconnaître la légitimité de la question tout en expliquant que le moment n’est pas encore venu d’y répondre. Cette reconnaissance est essentielle pour préserver la crédibilité. Le public accepte plus facilement une réponse différée qu’une réponse manifestement improvisée.
Le deferral implique donc une transparence sur le processus, pas sur le contenu. Il indique ce qui est en cours, sans anticiper les conclusions.
Le spécialiste de la gestion de crise Florian Silnicki rappelle que cette posture renforce souvent la perception de sérieux :
« Dire “je ne peux pas répondre maintenant” est parfois la réponse la plus responsable qui soit. »
Deferral et protection juridique de l’organisation
Sur le plan juridique, le deferral est un outil de protection majeur. De nombreuses crises comportent des enjeux légaux complexes, parfois contradictoires avec les attentes médiatiques immédiates. Répondre trop tôt peut compromettre une enquête, fragiliser une défense ou créer des obligations involontaires.
En différant la réponse, l’organisation montre qu’elle respecte les processus en cours, qu’il s’agisse d’audits internes, d’enquêtes administratives ou de procédures judiciaires. Cette posture est généralement comprise par les journalistes et les autorités, à condition d’être expliquée clairement.
Deferral et gestion des interviews de crise
En interview, le deferral permet de résister aux questions qui exigent des réponses définitives alors que la situation ne le permet pas. Le porte-parole ne refuse pas la question, mais la replace dans une temporalité réaliste.
Cette technique est particulièrement utile face aux questions de type « quand », « qui » ou « pourquoi », qui supposent souvent des conclusions prématurées. En différant, le porte-parole évite de se laisser enfermer dans une narration irréversible.
Deferral et crédibilité à long terme
Une communication qui évolue de manière cohérente dans le temps est plus crédible qu’une communication immédiate mais erratique. Le deferral contribue à cette cohérence. En annonçant qu’une réponse viendra ultérieurement, puis en la fournissant effectivement, l’organisation démontre sa fiabilité.
À l’inverse, une réponse hâtive suivie d’un correctif affaiblit durablement la confiance. Le public retient rarement la correction, mais toujours l’erreur initiale.
Deferral et réseaux sociaux : résister à l’immédiateté
Les réseaux sociaux accentuent la pression à répondre instantanément. Chaque minute de silence est commentée, interprétée, parfois condamnée. Le deferral permet de résister à cette injonction en donnant un signal clair : la question est prise en compte, mais elle nécessite un traitement sérieux.
Sur ces plateformes, le deferral peut être formulé de manière concise et factuelle, en renvoyant vers une communication ultérieure plus complète. Il permet de limiter les réactions impulsives tout en maintenant une présence officielle.
Les erreurs à éviter dans le deferral
Le deferral mal maîtrisé peut devenir contre-productif s’il est perçu comme une fuite. Différer sans jamais répondre, ou sans indiquer de perspective claire, alimente la suspicion. De même, différer sur des sujets où une réponse est attendue immédiatement, notamment lorsqu’il y a des victimes, peut choquer l’opinion.
Le deferral exige donc un discernement fin. Il ne s’applique pas à toutes les questions, mais uniquement à celles qui nécessitent réellement du temps pour être traitées correctement.
Deferral et cohérence globale de la stratégie de crise
Le deferral n’est efficace que s’il est intégré à une stratégie globale. Il doit être cohérent avec le holding statement, le narrative control et la message discipline. Différer une réponse tout en multipliant les prises de parole contradictoires annule son bénéfice.
Il suppose également une coordination interne solide, afin que tous les porte-parole adoptent la même posture temporelle.
Différer pour mieux répondre
Le deferral est une technique essentielle de la communication de crise moderne. Il permet de gagner du temps sans perdre la crédibilité, de protéger l’organisation sans se taire, et de répondre avec rigueur plutôt qu’avec précipitation.
Dans un environnement dominé par l’instantanéité, savoir dire « pas encore » est parfois la décision la plus stratégique.
Comme le résume Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom spécialisée dans la gestion des enjeux sensibles :
« En communication de crise, le bon timing d’une réponse vaut souvent plus que la réponse elle-même. »