- La station de ski : un écosystème où tout est interconnecté
- Les accidents sur les pistes : la crise la plus visible, la plus dramatique
- Les avalanches : le spectre qui hante toutes les montagnes
- L’enneigement insuffisant : la crise du changement climatique
- Les pannes de remontées mécaniques : la panique technique
- Les saisonniers : un sujet explosif et permanent
- Les habitants : la cohabitation délicate entre station et village
- Les polémiques sur les prix : la crise économique permanente
- Le rôle des dirigeants de station : figures d’autorité locale
- Sortir d’une crise : réparer le territoire, raconter l’avenir
- La montagne ne pardonne pas le déni

Accidents mortels sur les pistes, collisions entre skieurs, chutes de télésièges, avalanches, polémiques sur la sécurité, enneigement insuffisant, conflits sociaux avec les saisonniers, fermetures liées au climat, prix jugés exorbitants, villages coupés du monde, vidéos virales d’incivilités, agressions de moniteurs ou d’agents, tensions avec les habitants : les stations de ski vivent dans un équilibre extrêmement fragile. « Une station, c’est un territoire : sa crise ne touche pas seulement une entreprise, mais toute une communauté », analyse Florian Silnicki, expert en communication de crise et président-fondateur de LaFrenchCom.
La communication doit alors être aussi précise que les secours, aussi calme que les montagnes… et aussi humaine que les drames qu’elle traite.
La station de ski : un écosystème où tout est interconnecté
Une station de ski n’est pas un simple lieu de loisir. C’est un territoire complet, un microcosme où cohabitent touristes, saisonniers, commerçants, habitants, équipes de secours, autorités locales, remontées mécaniques, écoles de ski, hôteliers, restaurateurs. Lorsque la crise éclate, personne n’est isolé. Tout est lié. Un accident sur une piste entache la réputation de la station. Une polémique sur les prix affecte les hôteliers. Une fermeture de remontées impacte les restaurateurs. Une avalanche rend tout le monde vulnérable.
La communication doit donc être systémique. Elle doit tenir compte des acteurs multiples. Elle doit veiller à la cohérence du message. Elle ne peut pas laisser une voix dissonante créer une brèche. « Une station est un orchestre », rappelle Florian Silnicki. « Dans la crise, si un seul instrument joue faux, tout l’ensemble sonne mal. »
Les accidents sur les pistes : la crise la plus visible, la plus dramatique
Les accidents sont le sujet le plus sensible pour les stations. Une collision violente. Un enfant blessé. Un décès. Un moniteur renversé. Un skieur parti en hors-piste et emporté par une avalanche. Ces drames deviennent immédiatement des sujets de presse nationale. Les réseaux sociaux s’emparent des images. Les témoins racontent, parfois de manière approximative. La station doit parler. Et elle doit le faire vite.
La communication doit exprimer la compassion, reconnaître la gravité, rappeler les faits établis, éviter toute interprétation, protéger les familles, respecter les enquêtes. Elle doit aussi rappeler les règles de sécurité sans jamais donner l’impression de culpabiliser les victimes. La montagne est un espace à risque. Mais dire cela trop sèchement est insupportable pour les familles endeuillées.
« La station doit trouver un ton juste, qui respecte la douleur mais ne laisse pas se propager des informations inexactes », souligne Florian Silnicki. Dans ces moments, chaque mot pèse autant que les conditions météo.
Les avalanches : le spectre qui hante toutes les montagnes
Une avalanche n’est pas seulement un phénomène naturel. C’est un traumatisme collectif. Elle peut ensevelir des skieurs, des randonneurs, parfois des maisons, voire un hameau entier. Lorsque l’alerte retentit, les images sont immédiatement relayées. La station est scrutée. Le public veut savoir si le risque était connu, si les pistes avaient été sécurisées, si les signaux étaient au bon niveau.
La communication doit être d’une rigueur absolue. Dire ce qui était prévu, ce qui a été anticipé, ce qui a été déclenché. Ne jamais spéculer. Travailler main dans la main avec les services de secours, la préfecture, Météo-France, les pisteurs-secouristes. L’avalanche n’est pas seulement une crise, c’est un moment de vérité. Elle révèle la capacité d’une station à expliquer, à rassurer, à protéger.
L’enneigement insuffisant : la crise du changement climatique
Les stations de ski sont devenues l’un des symboles les plus visibles du réchauffement climatique. Hiver après hiver, des vidéos d’herbe sous les télésièges circulent sur les réseaux sociaux. Les médias publient des images de pistes marron. Les touristes annulent. Les associations écologistes dénoncent l’absurdité de maintenir des stations en altitude basse. Les habitants s’inquiètent pour leur avenir économique.
La communication doit être honnête. Elle doit reconnaître la fragilité climatique plutôt que l’esquiver. Elle doit expliquer les stratégies : diversification des activités, enneigement raisonné, démarches environnementales, adaptation. Une station qui nie l’impact du climat apparaît déconnectée. Une station qui l’assume et s’adapte devient crédible.
« Le ski ne doit pas se défendre contre le climat. Il doit se raconter dans le climat », affirme Florian Silnicki.
Les pannes de remontées mécaniques : la panique technique
Un télésiège qui s’arrête. Une télécabine bloquée. Des skieurs suspendus à plusieurs dizaines de mètres du sol. Une évacuation en rappel. Les images sont impressionnantes, souvent spectaculaires. Elles se diffusent en quelques minutes. Les touristes paniquent. Les familles s’inquiètent.
La communication doit immédiatement reconnaître la panne, expliquer les opérations de secours, rassurer sur la sécurité, donner des horaires estimés d’évacuation, remercier les équipes techniques. Le pire serait le silence, qui donne un sentiment d’abandon. Le second pire serait une communication trop technique, qui donne le sentiment d’un déni.
Les saisonniers : un sujet explosif et permanent
Sans saisonniers, les stations de ski n’existent pas. Hôtellerie, restauration, entretien, pistes, remontées, commerce, animation : les saisonniers sont partout. Mais ils sont aussi vulnérables. Logements insuffisants, salaires trop bas, conditions pénibles, horaires extrêmes, promesses non tenues. Les tensions sociales sont constantes. Les vidéos d’appartements insalubres circulent. Les témoignages de burn-out explosent. Les syndicats s’en mêlent.
La communication doit reconnaître le sujet, pas le nier. Elle doit montrer les efforts, les améliorations, les investissements. Elle doit éviter toute posture défensive. Les saisonniers sont l’âme invisible des stations. Les mépriser dans la communication revient à se tirer une balle dans le cœur.
Les habitants : la cohabitation délicate entre station et village
Dans certaines stations, les habitants permanents ne représentent plus qu’une minorité. Ils voient leur territoire transformé, leurs prix immobiliers exploser, leurs services saturés, leurs routes encombrées. Ces tensions peuvent devenir des crises ouvertes. Manifestations locales, tribunes d’élus, reportages télévisés accusateurs.
L’erreur serait de considérer ces tensions comme des nuisances. Une station doit intégrer ses habitants dans sa communication, les écouter, les associer, répondre à leurs inquiétudes. Elle doit montrer qu’elle est une communauté, pas une machine touristique.
Les polémiques sur les prix : la crise économique permanente
Les forfaits de ski, les locations de matériel, les cours, l’hôtellerie, la restauration : les stations sont régulièrement accusées d’être trop chères. Une publication comparant les prix devient virale. Un touriste se plaint sur Twitter. Un reportage télé révèle qu’une semaine au ski coûte un mois de salaire.
La communication doit jouer sur l’équilibre. Reconnaître la réalité économique d’une station qui a des coûts énormes. Expliquer les investissements. Exposer la valeur. Surtout, ne jamais mépriser les plaintes des touristes, qui sont légitimes.
Le rôle des dirigeants de station : figures d’autorité locale
Le directeur de station, le maire du village, les responsables des remontées mécaniques et des pisteurs-secouristes deviennent des figures médiatiques locales essentielles dans la gestion de la crise. Ils doivent parler tôt, avec gravité, avec humanité. Leur rôle est de stabiliser un territoire. Un dirigeant absent aggrave la crise. Un dirigeant trop technique la refroidit. Un dirigeant trop politique la divise.
« La montagne a besoin d’incarnation », affirme Florian Silnicki.
Le charisme calme les vallées.
Sortir d’une crise : réparer le territoire, raconter l’avenir
Une station ne sort jamais d’une crise par un communiqué. Elle en sort par ses actes. Sécurisation accrue des pistes. Renforcement des équipes de secours. Amélioration des logements saisonniers. Dialogue avec les habitants. Transparence sur les incidents. Adaptation climatique visible.
La communication doit raconter ces actions. Non pas dans un discours marketing, mais dans une parole de territoire. Avec humilité, et surtout avec continuité.
La montagne ne pardonne pas le déni
Dans une station de ski, la communication de crise est un acte de responsabilité collective. Elle doit être humaine, territoriale, sincère, rapide. Car la montagne n’est pas un décor : c’est un lieu de vie. Et dans ces lieux de vie, chaque crise blesse des personnes avant de toucher une marque.
« Une station de ski doit parler comme un refuge : avec chaleur, vérité et protection », conclut Florian Silnicki.
C’est cette parole-là qui répare les saisons difficiles.