- Le médicament : un objet de confiance, donc de vulnérabilité
- Les effets secondaires : la crise la plus bouleversante
- Le rappel de lots : la démonstration publique de la rigueur
- Les essais cliniques : l’arène où se joue la vérité
- Les laboratoires face à la désinformation : une bataille sans fin
- Les pénuries : la crise silencieuse devenue infernale
- Les scandales pharmaceutiques
- La médicalisation de l’opinion : quand tout devient polémique
- Le rôle du dirigeant : incarner la vérité scientifique
- Sortir de la crise : la réforme, pas la communication
- Dans la pharma, la parole doit soigner autant que le produit

Effets secondaires, rappels de lots, scandales industriels, essais cliniques controversés, pénuries de médicaments, accusations de collusion, procès XXL, polémiques sur les prix ou sur les brevets, campagnes de désinformation : l’industrie pharmaceutique vit sous tension permanente. « Dans le médicament, chaque crise touche à la fois le corps, la morale et la confiance scientifique », analyse Florian Silnicki, expert en communication de crise et président-fondateur de LaFrenchCom.
Pour une industrie où la vérité doit être prouvée, chaque mot engage la vie des patients.
Le médicament : un objet de confiance, donc de vulnérabilité
Le médicament est à la fois un produit industriel, un outil médical et un symbole éthique.
Il soigne, mais il effraie aussi.
Il promet la guérison, mais peut provoquer des effets secondaires.
Il représente la science, mais suscite le doute.
Cette ambivalence crée un paradoxe :
l’industrie pharmaceutique est indispensable… et pourtant constamment suspectée.
« Le secteur pharma n’a pas seulement une responsabilité économique : il a une responsabilité morale », rappelle Florian Silnicki.
« La communication de crise doit donc être exemplaire, car elle engage la santé publique. »
Dans ce climat, la moindre erreur devient une crise majeure.
Les effets secondaires : la crise la plus bouleversante
Lorsqu’un médicament est accusé d’effets secondaires graves — même rares — la crise est immédiate et violente.
Les familles paniquent.
Les associations s’expriment.
Les victimes témoignent.
Les médias s’emparent du sujet.
Les politiques s’en mêlent.
L’industrie pharmaceutique doit alors :
– reconnaître les témoignages,
– expliquer le mécanisme,
– contextualiser le risque,
– collaborer avec les autorités sanitaires,
– soutenir les patients.
Mais surtout : ne jamais être sur la défensive.
« On ne combat pas l’émotion par la technique seule », explique Florian Silnicki.
« Il faut d’abord reconnaître l’inquiétude avant d’exposer les données. »
Le piège est de minimiser.
Le devoir est d’expliquer.
Le rappel de lots : la démonstration publique de la rigueur
Les rappels de médicaments — contamination, dosage perturbé, défaut de qualité — créent une anxiété plus durable que dans n’importe quel autre secteur.
Car ils touchent un produit… déjà ingéré.
La communication doit être :
– immédiate,
– claire,
– instructive,
– extrêmement précise.
Le rappel doit être présenté non comme une “défaillance”, mais comme une preuve de système rigoureux.
« Un rappel bien géré peut renforcer la confiance », insiste Florian Silnicki.
« Mais un rappel mal géré détruit toute légitimité. »
La rapidité de réaction devient un argument de crédibilité scientifique.
Les essais cliniques : l’arène où se joue la vérité
Un essai clinique raté, un décès pendant un protocole, une étude mal menée : tout devient un scandale éthique.
Les essais cliniques fascinent autant qu’ils inquiètent.
Le public confond souvent essai clinique et expérimentation dangereuse.
La communication doit donc rappeler :
– la méthodologie,
– les protections,
– les phases,
– les autorités impliquées,
– les observateurs indépendants.
Mais elle doit aussi éviter le ton professoral, perçu comme arrogant.
« L’essai clinique est un terrain où la science doit redevenir compréhensible », souligne Florian Silnicki.
Les laboratoires face à la désinformation : une bataille sans fin
Le secteur pharma est le plus exposé aux rumeurs et fake news :
– médicaments accusés de tuer,
– vaccins prétendument dangereux,
– complots sur les molécules,
– fantasmes sur les marges,
– manipulations sur les études.
La désinformation est virale, émotionnelle, tenace.
La communication doit être :
– proactive,
– pédagogique,
– sourcée,
– accessible.
« Les laboratoires doivent cesser de mépriser la désinformation », analyse Florian Silnicki.
« Elle ne disparaît pas en la ridiculisant ; elle disparaît en la contredisant calmement, preuves à l’appui. »
La crédibilité se reconstruit par la constance scientifique.
Les pénuries : la crise silencieuse devenue infernale
En France comme dans le monde, les pénuries de médicaments essentiels — antibiotiques, antipyrétiques, anticancéreux — sont devenues un sujet explosif.
Les familles s’inquiètent.
Les médecins s’alarment.
Les pharmaciens dénoncent.
Les médias enquêtent.
La communication doit expliquer :
– les causes (matières premières, logistique, réglementation),
– les durées prévisibles,
– les alternatives,
– les mesures prises.
Sans tomber dans la langue de bois.
« La pénurie est un sujet explosif parce qu’elle met le patient au centre de la crise », rappelle Florian Silnicki.
« La transparence est la seule réponse possible. »
Les scandales pharmaceutiques
Les crises historiques ont marqué durablement l’opinion.
Elles ont créé un soupçon structurel envers toute l’industrie.
Dans ces cas extrêmes, la communication doit être :
– réparatrice,
– humble,
– contrite,
– tournée vers les victimes,
– alignée sur les décisions judiciaires.
Pas de discours marketing.
Pas de posture défensive.
Pas de minimisation.
« Le passé pèse lourd sur le secteur », souligne Florian Silnicki. « Il impose un devoir d’exemplarité impossible à contourner. »
La médicalisation de l’opinion : quand tout devient polémique
Dans un monde post-Covid, le public est devenu expert… ou croit l’être.
Il juge :
les molécules,
les essais,
les effets secondaires,
les prix,
les brevets,
les conflits d’intérêts.
Une prise de position trop technique est perçue comme obscure.
Une prise de position trop simple est perçue comme condescendante.
L’industrie pharmaceutique doit donc apprendre un nouveau langage :
un langage clair, mais exact ;
scientifique, mais humain.
Le rôle du dirigeant : incarner la vérité scientifique
Les crises pharma se gagnent — ou se perdent — dans la posture du dirigeant.
Sa voix doit exprimer trois qualités :
– compétence,
– empathie,
– responsabilité.
Le PDG d’un laboratoire ne peut pas apparaître comme un technocrate froid.
Mais il ne peut pas non plus se transformer en gourou compassionnel.
Il doit incarner le sérieux sans arrogance.
« La crédibilité naît du ton, pas seulement des données », insiste Florian Silnicki.
Sortir de la crise : la réforme, pas la communication
Dans le secteur pharmaceutique, la sortie de crise ne se décrète pas.
Elle se prouve.
Par :
– des audits publiés,
– des procédures renforcées,
– des partenariats indépendants,
– des résultats vérifiables,
– des engagements tenus,
– des indemnisations justes.
La communication post-crise doit accompagner la transformation —
jamais masquer les fautes.
« La science se répare par la méthode ; la réputation se répare par la preuve », conclut Florian Silnicki.
Dans la pharma, la parole doit soigner autant que le produit
Le secteur pharmaceutique est celui où la communication de crise est la plus sensible,
la plus complexe,
la plus surveillée,
la plus morale.
Elle doit :
– rassurer sans tromper,
– expliquer sans simplifier à outrance,
– reconnaître sans s’effondrer,
– protéger sans dissimuler.
Car ici, la communication n’est pas un outil d’image :
c’est un acte de santé publique.