- Un secteur à la fois respecté et incompris
- La crise agricole est toujours une crise humaine
- Pesticides et environnement : le procès permanent
- La souffrance animale, la crise la plus virale
- Les crises économiques : quand la détresse devient publique
- Les crises politiques : manifestation ou essoufflement ?
- Les incendies, inondations et dérèglement climatique
- La relation avec les riverains : crise permanente et silencieuse
- Les réseaux sociaux : la défiance instantanée
- Le rôle des coopératives et syndicats : porte-voix ou paratonnerre ?
- Sortir de la crise : réhabiliter l’image par la preuve
- L’agriculture a besoin de vérité, pas de slogans

Suspicion sur l’utilisation des pesticides, souffrance animale filmée en caméra cachée, faillites d’exploitations, conflits avec les riverains, sécheresses, suicides de paysans, révoltes contre les normes : le monde agricole vit au rythme d’une succession de crises. « La communication agricole est une communication de vérité brute », rappelle Florian Silnicki, expert en communication de crise et président-fondateur de LaFrenchCom. Dans un secteur où l’image est aussi fragile que les récoltes, chaque parole doit être pesée, incarnée et sincère.
Un secteur à la fois respecté et incompris
Le monde agricole occupe une place paradoxale : admiré dans l’imaginaire collectif, il est pourtant mal compris dans la réalité.
Les Français aiment “leurs agriculteurs”, mais dénoncent les prix, les odeurs, le bruit, les pesticides.
Ils veulent des produits locaux, mais à bas prix.
Ils veulent une agriculture respectueuse de la nature, mais exigent qu’elle produise toujours davantage.
Ce grand écart structurel crée une tension permanente, dans laquelle chaque crise devient inflammable.
« L’agriculture est devenue un symbole de nos contradictions », analyse Florian Silnicki. « Elle cristallise nos attentes impossibles : nourrir plus, polluer moins, gagner dignement, vendre peu cher. »
La communication doit naviguer dans cet écosystème de paradoxes : parler au cœur sans perdre la raison.
La crise agricole est toujours une crise humaine
Contrairement à d’autres secteurs, les crises agricoles ne sont jamais perçues comme techniques.
Elles sont vécues comme des crises de personnes :
– un éleveur en larmes,
– un producteur ruiné,
– une famille acculée,
– une exploitation condamnée.
L’agriculture n’est pas une industrie anonyme : elle a un visage, une voix, une histoire.
Lorsque l’affaire concerne une exploitation, c’est un destin qui est en jeu.
La communication de crise doit donc être profondément incarnée.
Un porte-parole lointain ne peut pas remplacer un agriculteur qui explique sa réalité, ni un dirigeant agricole qui assume.
« Dans l’agriculture, la parole doit sentir la terre », souligne Florian Silnicki. « Elle doit être vécue, pas récitée. »
Pesticides et environnement : le procès permanent
Les accusations liées aux pesticides, aux engrais, aux impacts environnementaux sont devenues le cœur des crises agricoles contemporaines.
Les images d’épandage, les reportages sur les cancers pédiatriques, les enquêtes militants, les classements écologiques créent un climat permanent de suspicion.
L’agriculteur devient alors l’accusé d’une société anxieuse, et sa parole n’est plus automatiquement crue.
Elle doit expliquer les pratiques, contextualiser les contraintes, montrer les progrès, reconnaître les limites.
« L’agriculture ne peut plus répondre par la technique seule », insiste Florian Silnicki. « Il faut expliquer les choix, les arbitrages, les efforts. L’écologie n’est pas une bataille : c’est un dialogue. »
La souffrance animale, la crise la plus virale
Les vidéos clandestines d’abattoirs, de fermes, de transport d’animaux sont parmi les contenus les plus viraux du Web. Elles choquent, bouleversent, indignent.
Pour le secteur agricole, ces images sont un séisme.
Elles emportent la confiance, fragilisent des filières entières, rendent suspect chaque élevage.
La communication de crise doit alors être immédiate, mais jamais hostile.
Attaquer les lanceurs d’alerte est suicidaire.
Nier les images est absurde.
Justifier l’injustifiable est criminel.
La bonne stratégie consiste à :
– reconnaître la gravité,
– rappeler les règles,
– montrer les contrôles,
– annoncer les sanctions,
– prouver les améliorations.
« La souffrance animale est une question émotionnelle, pas technique », explique Florian Silnicki. « La communication doit être éthique avant d’être juridique. »
Les crises économiques : quand la détresse devient publique
Suicides d’agriculteurs, faillites, endettement, prix trop bas : ces crises sont silencieuses puis soudain tonitruantes.
Elles révèlent une souffrance profonde, durable, systémique.
Pour le monde agricole, la communication de crise économique doit jouer un triple rôle :
– dire la détresse,
– dénoncer les causes,
– éviter la stigmatisation.
Mais elle doit aussi faire attention au “misérabilisme”, qui devient contre-productif.
« L’agriculture doit parler de ses difficultés sans se réduire à elles », estime Florian Silnicki. « La dignité doit rester au cœur de la parole. »
Les crises politiques : manifestation ou essoufflement ?
Le monde agricole est l’un des plus politisés.
Chaque manifestation, chaque barrage, chaque coup de sang devient un événement national.
Chaque réforme de la PAC, chaque réglementation environnementale déclenche une tempête médiatique.
La communication de crise doit alors arbitrer entre :
– la défense des agriculteurs,
– la pédagogie auprès du grand public,
– le dialogue avec le politique.
Le piège est de tomber dans la surenchère.
Le risque est d’être accusé de corporatisme ou de manipulation politique.
« L’agriculture doit éviter de confondre colère et stratégie », conseille Florian Silnicki. « Une crise médiatique se gère par le récit, pas par le volume sonore. »
Les incendies, inondations et dérèglement climatique
Les catastrophes naturelles sont des crises agricoles par excellence.
Elles paralysent les récoltes, détruisent les serres, anéantissent les exploitations, menacent les animaux, contaminent les sols.
Dans ces moments, la communication doit être celle du combattant :
– montrer les dégâts,
– expliquer les besoins,
– solliciter les pouvoirs publics,
– valoriser la solidarité.
Mais elle doit éviter la politisation immédiate de la catastrophe, sous peine de susciter rejet ou méfiance.
« La météo n’est jamais neutre, mais la communication doit l’être », insiste Florian Silnicki. « Le temps de l’émotion n’est pas celui du reproche. »
La relation avec les riverains : crise permanente et silencieuse
Le voisinage est devenu l’un des principaux foyers de crises agricoles :
– bruits de machines,
– odeurs,
– pesticides,
– circulation de tracteurs,
– heurts culturels entre urbains installés et ruraux enracinés.
La communication doit être locale, continue, humble.
Elle doit construire un lien, pas réparer un conflit.
Les exploitants qui communiquent avant les crises — portes ouvertes, explications, médiation — évitent souvent les drames médiatiques.
« L’agriculteur isolé est une cible. L’agriculteur qui parle est un acteur », souligne Florian Silnicki.
Les réseaux sociaux : la défiance instantanée
Les agriculteurs, longtemps absents des réseaux, s’y sont précipités — souvent trop tard, parfois mal formés.
Face à des militants organisés et à des plateformes prêtes à s’enflammer, ils sont vulnérables.
La communication doit être professionnelle, sobre, constante.
Les faux pas numériques sont fréquents, les bad buzz fréquents, les attaques virulentes.
« Les agriculteurs doivent apprendre le langage numérique », conseille Florian Silnicki. « La vérité agricole doit être racontée, incarnée, filmée, expliquée. »
La bataille de l’image se joue là désormais.
Le rôle des coopératives et syndicats : porte-voix ou paratonnerre ?
Les coopératives, syndicats et chambres d’agriculture deviennent souvent les porte-parole des crises.
Mais ils doivent éviter deux pièges :
– parler pour protéger une filière au détriment de la vérité,
– se défausser sur les exploitants individuels.
La communication doit être fédératrice, pédagogique, responsable.
Elle ne doit jamais infantiliser les agriculteurs.
« L’institution agricole doit protéger sans confisquer la parole », souligne Florian Silnicki.
Sortir de la crise : réhabiliter l’image par la preuve
Dans l’agriculture, la sortie de crise ne se proclame jamais.
Elle se prouve.
Avec des gestes concrets :
– pratiques plus durables,
– transparence accrue,
– innovations respectueuses,
– amélioration du bien-être animal,
– ouverture au public,
– dialogue renforcé.
La communication post-crise doit être sobre, régulière, humaine.
Pas triomphante.
« L’image agricole ne se reconstruit pas dans les médias, mais dans les pratiques », conclut Florian Silnicki.
L’agriculture a besoin de vérité, pas de slogans
La communication de crise dans le monde agricole n’est ni défensive, ni marketing.
Elle doit être humaine, modeste, enracinée, sincère.
Dans un secteur où la confiance se gagne sur des années et se perd en quelques heures, seule la parole vraie peut rétablir le lien entre les producteurs et la société.
L’agriculture ne doit pas chercher à plaire : elle doit chercher à expliquer.
À dire ce qui est difficile.
À assumer ce qui est imparfait.
À montrer ce qui change.
Comme le résume Florian Silnicki :
« L’agriculture n’a pas besoin d’un discours parfait. Elle a besoin d’un discours juste. Et dans la crise, c’est la seule parole qui nourrit la confiance. »