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Comment clore une crise après une conférence de presse

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La conférence de presse n’est pas la fin, mais le pivot de la gestion de crise

Beaucoup d’organisations commettent la même erreur d’analyse : considérer la conférence de presse de crise comme le point final de la gestion de la crise. En réalité, elle n’en est presque jamais la conclusion. Elle est un pivot stratégique. Elle marque le moment où la crise cesse d’être subie et commence — potentiellement — à être refermée. Mais rien n’est automatique.

Une conférence de presse réussie peut stopper l’emballement. Elle ne referme pas, à elle seule, le récit. La clôture est un processus, pas un événement.

Comme le rappelle l’expert en communication de crise Florian Silnicki :

« Une conférence de presse permet de reprendre le contrôle du récit de la crise et de sa gestion. La fermeture de la crise se joue dans ce que vous faites après. »

Comprendre ce qui signifie vraiment “clore” une crise

Clore une crise ne signifie pas :

  • faire taire toutes les critiques,
  • convaincre tout le monde,
  • ou effacer ce qui s’est passé.

Clore une crise signifie que le sujet cesse de structurer l’agenda, que l’organisation n’est plus définie prioritairement par cet épisode, et que le récit collectif dispose d’un point d’arrêt intelligible.

Une crise est close lorsque :

  • elle ne se réactive plus spontanément,
  • elle ne sert plus de grille de lecture systématique,
  • elle est intégrée comme un épisode, pas comme une identité.

Première règle : ne pas chercher à “profiter” de la conférence de presse

Après une conférence de presse, la tentation est forte d’en faire trop : interviews complémentaires, tribunes, posts explicatifs, prises de parole internes et externes massives. Cette surcommunication est souvent contre-productive.

Elle donne l’impression que l’organisation cherche à imposer une fin, alors que la clôture doit être acceptée, pas décrétée. Plus on insiste, plus on entretient la visibilité du sujet.

Clore une crise commence souvent par réduire volontairement la parole, pas par l’augmenter.

Observer avant d’agir : la phase d’écoute post-conférence

Les heures et les jours qui suivent la conférence de presse sont cruciaux. Il faut observer :

  • quels éléments sont repris par les médias,
  • quelles phrases deviennent des références,
  • quels angles persistent,
  • quels sujets disparaissent naturellement.

Cette phase d’écoute permet d’identifier si la conférence a réellement :

  • stabilisé le récit,
  • déplacé le débat,
  • ou simplement créé une nouvelle séquence.

Sans cette lecture fine, toute action ultérieure risque d’être mal calibrée.

Ne jamais contredire la conférence de presse

Rien n’empêche plus une crise de se refermer qu’une contradiction postérieure. Une nuance ajoutée, une précision tardive, une déclaration interne qui fuite et diverge du message public peut rouvrir instantanément la crise.

Après la conférence de presse, la discipline doit être absolue :

  • même vocabulaire,
  • même priorités,
  • même limites,
  • même posture.

La conférence devient la référence officielle. Tout ce qui s’en écarte fragilise la clôture.

Laisser l’actualité respirer

Une crise ne se ferme pas sous pression. Elle se ferme lorsque l’actualité trouve naturellement autre chose à traiter. Vouloir accélérer ce processus est une erreur classique.

Après la conférence de presse, la meilleure stratégie est souvent :

  • l’espacement des prises de parole,
  • l’absence de réaction aux micro-polémique résiduelles,
  • la répétition minimale du message central si nécessaire.

Ce silence relatif n’est pas un retrait. C’est une stratégie de désescalade.

Clore sans triompher : la sobriété comme condition clé

Une crise se ferme rarement dans le triomphe. Toute posture de victoire — « nous avons répondu », « les faits sont clairs », « le débat est clos » — est perçue comme une provocation.

La clôture crédible est :

  • sobre,
  • factuelle,
  • presque discrète.

Le public accepte plus facilement la fin d’une crise lorsqu’il a le sentiment qu’elle s’est éteinte, pas qu’on l’a fait taire.

Comme le souligne Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom spécialisée dans la communication de crise et la gestion des enjeux médiatiques complexes et sensibles :

« On ne ferme jamais une crise contre l’opinion publique. On la ferme quand l’opinion cesse de vouloir l’ouvrir. »

Transformer la conférence en point de bascule narratif

Pour qu’une crise se referme, la conférence de presse doit devenir le moment à partir duquel le récit change. Avant : l’emballement, les accusations, l’incertitude. Après : la gestion, la stabilisation, la projection.

Cela suppose que la conférence ait :

  • apporté un cadre clair,
  • fixé des limites,
  • montré une capacité de pilotage,
  • sans promettre l’impossible.

La clôture commence lorsque les articles passent de « polémique autour de… » à « après la polémique… ».

Donner au public une “fin acceptable”

Le public n’attend pas toujours une vérité complète. Il attend une fin acceptable. Cela peut prendre plusieurs formes :

  • la démonstration que le sujet est désormais pris en charge,
  • la certitude qu’il n’y aura pas de nouvel épisode,
  • la perception que l’organisation a compris ce qui était en jeu.

Sans cette fin symbolique, la crise reste disponible pour une réactivation future.

Attention aux relances mal maîtrisées

Même après une conférence de presse réussie, certains médias ou acteurs tenteront de relancer. Répondre à toutes les relances est une erreur. Il faut distinguer :

  • les relances structurantes,
  • des tentatives de réanimation artificielle.

Dans le second cas, ne pas répondre est souvent la meilleure manière de clore. Répondre redonne de l’oxygène à un sujet qui s’essoufflait.

La clôture passe aussi par l’interne

Une crise n’est jamais vraiment close tant qu’elle ne l’est pas en interne. Les collaborateurs doivent comprendre :

  • ce qui s’est passé,
  • ce qui a été dit,
  • ce qui est désormais derrière,
  • ce qui ne doit plus être commenté.

Une parole interne claire et alignée évite les fuites, les maladresses et les contradictions qui rouvrent les crises après leur supposée fin.

Quand la crise est judiciaire : accepter une clôture partielle

Dans les crises judiciaires, la conférence de presse ne peut clore que le volet médiatique immédiat, pas le fond. Il faut accepter cette limite.

La clôture médiatique consiste alors à :

  • figer le récit,
  • empêcher l’escalade,
  • préparer une sortie ultérieure liée à la décision judiciaire,
  • sans laisser la crise structurer l’image pendant toute la procédure.

La fermeture est progressive, pas définitive.

Le temps comme allié final

Une fois la conférence passée, la crise se ferme moins par des mots que par le temps maîtrisé. Si :

  • aucune contradiction n’apparaît,
  • aucune relance n’est nourrie,
  • aucune posture agressive n’est adoptée,

le sujet perd progressivement son pouvoir d’attraction. Le temps devient enfin un allié, là où il était un risque.

On ne ferme pas une crise, on l’éteint

Clore une crise après une conférence de presse n’est pas un acte spectaculaire. C’est un travail de retenue, de cohérence et de patience. La conférence pose le cadre. La fermeture se joue dans ce qui suit : ce que l’on ne dit pas, ce que l’on répète à peine, ce que l’on laisse s’éteindre.

La maturité d’une organisation se mesure moins à sa capacité à parler fort qu’à sa capacité à savoir s’arrêter au bon moment.

Comme le résume Florian Silnicki :

« La conférence de presse permet de reprendre la main. La clôture de la crise dépend de la capacité à ne pas la serrer trop fort. »