- Objet et finalité
- Champ d’application
- Définitions
- Principes directeurs
- Engagements envers les victimes et personnes affectées
- Engagements envers les personnes exposées
- Engagements envers les parties prenantes
- Lignes rouges humaines
- Doctrine de message : parler “juste” sous contrainte
- Mise en œuvre : comment nous garantissons l’application
- Indicateurs de vigilance (signaux d’alerte)
- Formation et culture
- Révision et articulation
Une crise n’est jamais seulement un sujet de réputation. Elle est d’abord un événement qui touche des personnes : victimes et proches, collaborateurs, clients, usagers, riverains, communautés, témoins, lanceurs d’alerte, représentants, partenaires. Elle crée aussi des personnes exposées : porte‑paroles, équipes terrain, managers, community managers, juristes, médecins du travail, équipes de sécurité, parfois des individus cités ou mis en cause.
Dans ces moments, la parole publique d’une organisation, de ses dirigeants ou de ses conseils peut :
- apaiser ou aggraver,
- réparer ou blesser,
- protéger ou exposer,
- clarifier ou déclencher une violence (y compris numérique).
Florian Silnicki, Expert en communication de crise et Président Fondateur de LaFrenchCom pose un principe directeur :
la communication de crise doit réduire les dommages, jamais en créer de nouveaux.
Cette charte formalise nos engagements concrets pour que, sous pression médiatique, juridique, sociale ou émotionnelle, la dimension humaine reste centrale : dignité, protection, écoute, équité et cohérence.
Elle s’articule avec nos autres chartes (éthique et intégrité, acceptation des missions et lignes rouges, confidentialité renforcée, coordination avec le juridique, relation médias, gestion des conflits d’intérêts, non‑communication sur nos clients et missions).
Objet et finalité
Objet
Cette charte fixe les règles de conduite de LaFrenchCom visant à :
- respecter et protéger les victimes et personnes affectées ;
- protéger les personnes exposées (internes et externes) contre l’exposition, la stigmatisation et le harcèlement ;
- gérer de manière responsable la relation avec l’ensemble des parties prenantes ;
- encadrer nos messages, nos canaux, nos formats et nos dispositifs de modération ;
- interdire explicitement les pratiques déshumanisantes, agressives ou instrumentalisantes.
Finalité
Notre finalité est triple :
- Protection : dignité, sécurité, vie privée, santé psychologique.
- Confiance : une parole responsable, utile, cohérente, alignée sur les actes.
- Sortie durable : réparation, redevabilité, prévention, apprentissages.
Champ d’application
Cette charte s’applique :
- à toutes les missions de LaFrenchCom (prévention, préparation, gestion, sortie de crise, REX) ;
- à tous les canaux (communiqués, réseaux sociaux, messages internes, conférence de presse, Q&A, scripts porte‑parole, notes dirigeants, réponses individuelles) ;
- à l’ensemble de nos équipes, partenaires et sous‑traitants intervenant sous notre responsabilité ;
- aux interactions avec toute partie prenante, y compris médias, autorités, syndicats, ONG, associations, communautés locales, clients et usagers.
Définitions
- Victimes : personnes directement atteintes (physiquement, psychologiquement, matériellement), et/ou leurs proches.
- Personnes affectées : personnes impactées sans être victimes directes (clients, usagers, riverains, communautés, salariés).
- Personnes exposées : personnes susceptibles de subir une exposition médiatique/numérique/sociale : collaborateurs, témoins, porte‑paroles, dirigeants, représentants, personnes citées.
- Parties prenantes : acteurs concernés, affectés ou influents : salariés, représentants, clients, autorités, régulateurs, collectivités, associations, experts, médias, etc.
- Recoupement : possibilité d’identifier une personne ou un dossier par combinaison d’indices (date, lieu, poste, description, image, contexte).
- Violence en ligne : harcèlement, menaces, raids, doxxing, incitation, stigmatisation, humiliations, diffusion non consentie de contenus.
Principes directeurs
La dignité humaine prime
La réputation ne justifie jamais :
- l’humiliation,
- la stigmatisation,
- la déshumanisation,
- l’exposition d’identités,
- l’instrumentalisation de la souffrance.
Empathie sobre et responsable
L’empathie n’est pas une mise en scène. Elle se traduit par :
- reconnaissance claire des impacts,
- ton sobre et respectueux,
- priorité donnée aux actes d’assistance et de réparation.
Protection de la vie privée et des identités
Nous limitons strictement :
- la divulgation d’identités (victimes, témoins, salariés, familles),
- les détails intimes ou médicaux,
- les images et éléments permettant le recoupement.
Non‑violence : pas d’escalade, pas de bouc émissaire
Nous refusons :
- l’attaque ad hominem,
- la stratégie de confrontation agressive,
- la désignation hâtive de responsables comme “sacrifice médiatique”.
Équité : les plus concernés ne sont pas les derniers informés
Quand c’est possible (sans risque de sécurité/procédure), nous privilégions :
- l’information des personnes concernées (salariés, personnes affectées) avant la communication large.
Parole alignée sur les actes
En crise, les mots sans actions aggravent. Nous favorisons l’ordre :
protéger → assister → clarifier → corriger → réparer → prévenir → expliquer.
Transparence de méthode, limites assumées
Quand tout ne peut pas être dit (enquête, sécurité, données), nous expliquons :
- ce qui est confirmé,
- ce qui est en cours,
- pourquoi certains détails sont retenus,
- quand un point sera fait.
Engagements envers les victimes et personnes affectées
Reconnaissance de l’impact
Nous recommandons et aidons à formuler une reconnaissance :
- factuelle,
- non défensive,
- non conditionnelle (“si des personnes se sentent…” est évité lorsque l’impact est établi).
Protection contre la re‑traumatisation
Nous évitons :
- descriptions inutiles de détails choquants,
- diffusion d’images sensibles,
- mise en récit dramatique pour “montrer” qu’on réagit,
- sur‑exposition d’un drame à des fins d’image.
Priorité aux dispositifs d’aide
La communication doit être utile. Nous poussons l’activation et la visibilité (quand approprié) de :
- points de contact dédiés,
- dispositifs d’assistance,
- informations pratiques (démarches, sécurité, recours),
- accompagnements psychologiques ou sociaux si nécessaire.
Consentement et autonomie
Nous ne sollicitons pas des victimes comme “preuves de communication”.
Nous ne relayons pas de témoignages sans :
- consentement éclairé,
- respect de la vie privée,
- protection du risque de récupération ou de harcèlement.
Réparation et redevabilité
Nous encourageons des engagements :
- précis,
- datés,
- vérifiables,
- accompagnés d’un calendrier et de modalités de suivi (quand possible).
Engagements envers les personnes exposées
Protection des collaborateurs et équipes en première ligne
Nous mettons en place, selon le niveau de risque :
- doctrine claire “qui répond / qui ne répond pas”,
- scripts de réponse et consignes d’arrêt,
- rotation des équipes,
- protocole anti‑harcèlement (monitoring menaces, escalade, signalement),
- coordination RH/sécurité/IT si nécessaire.
Protection des témoins et lanceurs d’alerte
Nous appliquons une prudence renforcée :
- anonymisation stricte,
- interdiction de disqualification publique (“traitre”, “menteur”, etc.),
- prévention des représailles et des recoupements.
Respect des personnes mises en cause
Sans nier l’exigence de redevabilité, nous refusons :
- humiliation publique,
- divulgation d’éléments personnels,
- stratégie du bouc émissaire.
La gestion des responsabilités doit suivre un cadre de faits, de procédure et de justice, pas une logique de “sacrifice médiatique”.
Santé psychologique et charge mentale
Nous considérons que la protection des personnes exposées inclut :
- repos et rotation,
- limitation des astreintes,
- débriefings après séquences intenses,
- soutien en cas de menaces ou d’agressions.
Engagements envers les parties prenantes
Cartographie “impact” avant “influence”
Nous distinguons systématiquement :
- parties les plus affectées (impact humain direct),
- parties les plus exposées (risque médiatique/numérique),
- parties les plus influentes (capacité d’amplification),
- parties institutionnelles (autorités, régulateurs),
- parties de dialogue (associations, représentants, experts).
Écoute structurée
Nous privilégions :
- recueil des préoccupations (hotlines, boîtes mail, réunions cadrées),
- réponses structurées (FAQ, points de situation),
- mécanismes d’updates, plutôt que réaction impulsive.
Équité de traitement
Nous évitons une communication à deux vitesses où :
- les personnes touchées apprennent la situation par la presse,
- les salariés sont informés après le public,
- certaines parties prenantes sont ignorées car “peu visibles”.
Dialogue sans intimidation
Nous refusons les stratégies de “musellement” :
- menaces,
- attaques,
- campagnes de discrédit,
- pression pour faire taire.
Lignes rouges humaines
LaFrenchCom refuse toute stratégie visant à :
- Instrumentaliser la souffrance (victimes comme vitrine, émotion scénarisée).
- Minimiser un dommage avéré (déni, cynisme, dévalorisation).
- Exposer des identités de victimes, témoins, salariés, personnes vulnérables (directement ou par recoupement).
- Déclencher ou nourrir un harcèlement (doxxing, raids, insinuations).
- Stigmatiser un groupe, une communauté, une catégorie de personnes.
- Créer un bouc émissaire pour “protéger l’organisation”.
- Publier des détails intimes sans nécessité, au mépris de la dignité.
Toute demande allant dans ces directions déclenche nos mécanismes : refus, suspension, ou retrait (selon notre charte d’acceptation des missions et lignes rouges).
Doctrine de message : parler “juste” sous contrainte
Structure recommandée (robuste et protectrice)
- Faits confirmés (sans spéculation)
- Reconnaissance de l’impact (dignité, empathie sobre)
- Actions immédiates (assistance, sécurisation, investigation)
- Prochaines étapes (calendrier d’update)
- Point de contact (aide, questions, signalements)
Dire ce qu’on ne peut pas dire
Lorsque des limites existent, nous privilégions :
- “Nous ne pouvons pas détailler à ce stade pour protéger [les personnes / la procédure / la sécurité].”
- “Voici ce que nous pouvons confirmer aujourd’hui.”
- “Voici quand nous mettrons à jour.”
Ton et vocabulaire
Nous privilégions :
- sobriété,
- clarté,
- absence de jargon,
- phrases non agressives.
Nous évitons :
- sarcasme, ironie, “punchlines”,
- formulations accusatoires,
- promesses intenables (“cela n’arrivera plus jamais”).
Mise en œuvre : comment nous garantissons l’application
Relecture “humain & exposition”
Avant toute publication sensible, nous appliquons une relecture spécifique :
- risque d’exposition d’identité,
- risque de recoupement,
- risque de harcèlement,
- risque de stigmatisation,
- risque de re‑traumatisation,
- cohérence avec procédures et confidentialité.
Gouvernance et arbitrage
Nous recommandons une gouvernance intégrant :
- un décideur (direction),
- un garant “protection des personnes” (RH / juridique / sécurité selon contexte),
- un référent message (communication),
- un référent LaFrenchCom (senior).
Protocoles spécifiques (selon la crise)
- protocole anti‑harcèlement et menaces,
- protocole de modération non‑violence,
- protocole de protection des identités,
- protocole d’information interne prioritaire.
Indicateurs de vigilance (signaux d’alerte)
Nous considérons comme signaux d’alerte :
- tentation d’attaquer un tiers pour détourner l’attention,
- demandes de “faire taire” plutôt que “clarifier et agir”,
- pression pour publier des identités,
- ton défensif ou méprisant,
- messages contradictoires interne/externe,
- escalade sur réseaux sociaux.
Ces signaux déclenchent : pause, relecture renforcée, arbitrage et ajustement.
Formation et culture
LaFrenchCom forme et entraîne :
- porte‑paroles (empathie, sobriété, adversarial),
- équipes internes (messages, Q&A, limites),
- équipes réseaux sociaux (modération, harcèlement, sécurité),
- gouvernance crise (rôles, validation, discipline).
Révision et articulation
Cette charte est publique et évolutive. Elle s’articule avec :
- Éthique & intégrité,
- Confidentialité & sécurité de l’information,
- Coordination avec le juridique,
- Relation médias,
- Lignes rouges et acceptation des missions,
- Conflits d’intérêts,
- Non‑communication clients/missions.
LaFrenchCom affirme publiquement que la communication de crise se juge aussi à ce qu’elle protège :
- les victimes et les personnes affectées,
- les personnes exposées,
- et la dignité de l’ensemble des parties prenantes.
Cette charte formalise notre engagement : sobriété, protection, écoute, non‑violence, et parole alignée sur les actes parce que c’est humainement responsable, et parce que c’est la condition d’une sortie de crise durable.