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Roger Federer démythifie l'image de la star inaccessible


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roger federer

Non content de dominer le circuit, le Suisse est pris pour exemple par ses rivaux sur le court et en dehors dans sa communication.

Federer, homme d’influence

Roger Federer en impose. Depuis son accession au premier rang du tennis masculin, le Suisse, qui affrontait Hewitt en finale la nuit dernière, a placé tout le circuit sous le charme de son jeu, éblouissant, mais aussi de sa personnalité, à la fois simple et mesurée. Sans rodomontades ni ostentation, il modèle à la fois le jeu et le comportement de ses concurrents les plus proches. Il innove raquette en main en réinventant à sa manière des coups d’une variété rare, mais aussi hors du court en démythifiant l’image de la star inaccessible et capricieuse. Rarement cette influence aura été aussi sensible qu’à Houston cette semaine. 

Observateur privilégié du phénomène, ancien coach du Suisse passé depuis quelques mois au service de Marat Safin, Peter Lundgren reconnaît que l’exemple donné par son ancien protégé a donné des idées à tous ses pairs : « On essaie de prendre le meilleur de ce qu’il fait. De son professionnalisme, de son impassibilité sous pression, de sa façon de varier le jeu. Il joue des lifts courts, des slices ; il utilise tous les effets ; il montre qu’il n’est pas utile de frapper tout le temps très fort. Ils devraient tous essayer de s’inspirer de lui à défaut de le copier. C’est comme ça qu’on s’améliore. » 

Ni caprices, ni colères

Quand Andy Roddick monte en quatre matchs aussi souvent au filet que pendant toute sa carrière, c’est pour trouver une réponse au problème posé par ce rival qui l’a dépossédé du numéro 1 mondial et battu huit fois sur neuf. « Il fallait bien que je trouve quelque chose », plaisantait-il pour justifier cette évolution si radicale qu’il l’a poussée jusqu’au bout de sa logique samedi contre Lleyton Hewitt. 

« Roger est capable de varier énormément tous ses coups, pas seulement le service, constate ce dernier. Il peut frapper son coup droit dans toutes les zones du court, il a un excellent revers lifté, mais aussi un excellent revers coupé ; il peut venir au filet où il volleye bien… Contre lui, on a toujours conscience du fait qu’il a toujours plusieurs choix possibles. » La seule manière d’empêcher le Suisse de les effectuer sereinement étant de le bousculer, ses adversaires les plus directs prennent donc de plus en plus la voie du filet, tout en travaillant des parades personnelles à ces petits revers courts coupés avec lesquels il les attire aussi facilement au filet. 

Mais l’exemplarité du numéro 1 mondial dépasse largement les limites du court. Son calme, son sens des responsabilités, l’aisance avec laquelle il supporte son rôle d’homme publique sont stupéfiants. Ainsi quand, dans la nuit de mercredi à jeudi, une bruine têtue provoqua l’interruption du match qui l’opposait déjà à Lleyton Hewitt, il accepta sans aucune hésitation de demeurer sur le court pendant un bon quart d’heure, abrité par un parapluie, parce que les organisateurs ne voulaient pas faire fuir les spectateurs en renvoyant les acteurs au vestiaires. À voir les incessants regards jetés par Hewitt à son adversaire, on peut supposer que l’Australien bouillait, lui, de l’envie de s’en aller. Mais l’impassibilité de Federer aurait transformé son départ en fuite devant l’adversité. Il ne bougea donc pas une oreille, pas plus qu’il n’avait osé clamer ses « come on ! » agressifs contre un homme qui ne parle guère plus sur un court que Björn Borg en son temps. 

Samedi, au plus fort du tie-break record du deuxième set contre Safin, le Suisse donna une autre preuve de sa maîtrise. Deux fois, sur deux balles de match en sa faveur, des coups du Russe frôlèrent la ligne. Sur le premier, à 10-9, le juge de ligne vit la balle bonne ; sur le second, à 12-11, l’arbitre de chaise dut corriger la décision du juge qui avait jugé le coup trop long. Dans les deux occasions, la seule réaction de Federer fut de montrer une trace avec sa raquette avant de reprendre le jeu, sans discuter : « J’ai regardé la [première] marque, dit-il plus tard ; elle m’a semblé dehors, mais elle était tellement près de la ligne… Alors je me suis dit _peut-être qu’elle a dû accrocher la ligne d’un rien… Sinon, je serais devenu fou ! Ils l’ont jugée bonne, il fallait que je l’accepte et que je continue… » 

Face à pareil monstre de calme et de sérénité, même la Cocotte-minute de Marat Safin ne peut que refroidir. Peter Lundgren n’aura pas à chercher bien loin dans les semaines à venir pour trouver des exemples justifiant aux yeux du Russe ses appels au calme. Non, contrairement à la croyance de certains des prédécesseurs de Federer, les caprices sur le court ne sont pas le meilleur moyen de faire respecter son rang. 

Précédé dans la voie de la sagesse sur le terrain par d’autres grands anciens comme Björn Borg, Mats Wilander ou Stefan Edberg, Federer innove cependant dans le domaine des relations avec les médias, ce volet du métier de sportif professionnel que bien de ses confrères considèrent comme un mal à peine nécessaire et dont certains conseillers des joueurs jugent qu’il trouble leur concentration. Lui prouve le contraire, par l’exemple. 

Suisse de mère sud-africaine, il a pourtant le « malheur » de parler quatre langues : le dialecte suisse allemand, plus proche de l’alsacien que de l’allemand pur, l’allemand, l’anglais et le français. Ce don se transforme pour lui en pensum.

Après chacun de ses matchs il répond, en effet, dans ces quatre langues à la presse écrite, puis aux radios et enfin aux télévisions, passant parfois plus de temps en salle de presse que sur le court. 

D’autres chercheraient à abréger, là aussi, les échanges. Pas lui. Sans pourtant jamais cabotiner, il accorde à chacun le temps nécessaire et même un peu plus comme put le constater jeudi un de nos confrères de la radio suisse, après la victoire du numéro 1 mondial dans son match de poule contre Hewitt.

À sa sortie de la salle de presse, l’homme de radio réalisa que son enregistreur n’avait pas fonctionné. Quand, une petite demi-heure plus tard, Federer sortit du studio des télévisions, il s’approcha et lui avoua : « Roger, j’ai un problème… » Sans le laisser continuer sa phrase, le numéro 1 mondial répondit aussitôt : « Ton magnéto n’a pas marché ? Pas de problème, on le refait. » Il était 2 heures du matin. Dix minutes de sommeil en moins ne l’empêchèrent pas de battre Moya le lendemain.