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Communication de crise : comment gérer une caméra cachée ?


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communication de crise pro

COUP DE PROJECTEUR : CAMÉRA CACHÉE

On dit qu’une image en dit plus que de longs discours, alors une vidéo en révèle encore plus. Les vidéos filmées en caméra cachée donnent beaucoup de poids aux articles et aux accusations portées contre une personne ou une organisation. Une très courte partie de la vidéo peut être utilisée, et le montage pourra notamment éliminer le véritable point de vue de la personne filmée ou le contexte permettant de l’expliquer ce qui est un vrai problème à surmonter en communication de crise.

« Il faut faire attention à ne pas dire ou faire quelque chose qui pourrait vous nuire si vous étiez enregistré, mais ce n’est pas possible de complètement l’empêcher, d’autant plus que les choses peuvent être présentées hors contexte ou montées de manière trompeuse. Si vous vous retrouvez la cible de tels procédés, vous devez faire votre maximum pour protéger votre réputation et votre vie privée avant que l’enregistrement soit diffusé. Vous pouvez attaquer juridiquement la décision de l’éditeur de faire appel à une caméra cachée, ou bien la véracité des allégations que la vidéo est censée appuyer. » affirme Florian Silnicki, Expert en communication de crise qui dirige LaFrenchCom, une agence spécialisée.

Si on prend pour exemple l’affaire de Sam Allardyce en 2016, il n’est pas sûr que les informations obtenues avec caméra cachée puissent être rejetées. L’organe de régulation de la presse britannique (IPSO) avait alors déclaré que les articles du Telegraph dénonçant la conduite de l’entraineur de foot étaient recevables.

La loi et les différents codes régissant les médias définissent dans quelles circonstances l’utilisation de caméra cachée est autorisée. Par exemple :

  • La clause 10 du Code des éditeurs de l’IPSO indique que : « La presse ne doit pas essayer d’obtenir ou diffuser des informations acquises en utilisant une caméra cachée ou des appareils d’enregistrement secrets, ou en interceptant des appels téléphoniques, messages ou e-mails privés ou sur portable, ou en accédant à des informations détenues sous format numérique sans en avoir obtenu l’autorisation » et « utiliser des subterfuges ou une tromperie, y compris via des agents ou intermédiaires, ne peut généralement être justifié que par l’intérêt général et dans ce cas, seulement lorsque les informations ne peuvent être obtenues autrement».
  • La BBC précise que : « L’utilisation de caméra ou micro caché doit être justifiée par un intérêt général clair. C’est un moyen précieux pour la BBC d’enregistrer des faits ou comportements dont notre public n’aurait pas connaissance autrement. Cependant, ce type d’enregistrement devrait normalement être considéré comme un dernier recours. L’intrusion que constituent l’utilisation et la transmission d’enregistrement de ce type doit être proportionnelle à l’intérêt général. Lorsqu’il y a une attente généralement plus importante de protection de la vie privée, la BBC exige qu’un intérêt général plus important soit démontré avant tout enregistrement secret».

L’approbation de la diffusion d’enregistrement secret se fait en deux étapes. La décision d’enregistrer et la décision de diffuser doivent être justifiées. En général, l’enregistrement ne peut se justifier que s’il existe déjà des raisons solides de penser qu’un enregistrement secret démontrera des actes répréhensibles et s’il n’y a pas d’autre moyen de le prouver.

Les plaintes portent rarement sur le fait que l’enregistrement ait été fait à l’insu de tous. Elles s’inscrivent plutôt dans une plainte de diffamation ou relative à l’inexactitude des faits rapportés. Si cette plainte est considérée comme recevable, le fait que l’enregistrement se soit fait secrètement et ait été diffusé est souvent un facteur aggravant.

L’utilisation d’une caméra cachée, en plus du caractère d’inexactitude, était un élément important de la plainte de Monsieur Allardyce. Son avocat a argué que l’utilisation d’une caméra cachée n’était pas nécessaire et a souligné qu’aucun élément figurant dans les articles du Telegraph n’indiquait que les journalistes avaient été alertés sur un élément répréhensible justifiant l’utilisation d’un tel subterfuge et que, lorsque leur enquête n’avait identifié aucun élément répréhensible, la vidéo en caméra cachée avait été diffusée quand même, en se basant dessus pour formuler des allégations mensongères.

L’IPSO a rendu une décision favorable à Monsieur Allardyce quant au caractère d’inexactitude, mais elle a aussi fait savoir que l’utilisation de la caméra cachée ne violait pas son code de conduite. On serait en droit de penser que, pour en venir à cette conclusion, le Telegraph aurait dû montrer à l’IPSO des faits sur lesquels il s’était basé pour décider de recourir à la caméra cachée, mais cela n’a pas été le cas. L’IPSO s’est contenté de la déclaration du Telegraph selon laquelle le journal avait « considéré » que sa source était « crédible et fiable », que d’autres sources avaient répété les accusations et que des cadres de l’équipe éditoriale avaient été impliqués dans le processus de décision.

Les parties en présence ont toutes deux clamé avoir gagné. Quoi qu’il en soit, la décision de l’IPSO révèle plusieurs points intéressants sur la réalisation de vidéos en caméra cachée :

  1. Les journaux n’auront probablement pas beaucoup de difficultés à convaincre l’IPSO qu’ils ont une raison suffisante de recourir à un tel subterfuge pour obtenir des informations dans l’intérêt général. Sur la base de cette décision, il semble qu’il suffit à un journal d’affirmer qu’il dispose de preuves.
  2. Le combat est fortement inégal lorsqu’une plainte est déposée pour utilisation d’enregistrement caché. La personne qui a été enregistrée ne dispose pas d’une copie de l’enregistrement ou la transcription. Elle sera donc dans une situation désavantageuse pour remettre en cause l’enregistrement, car elle se basera sur ses seuls souvenirs, alors que les médias auront accès à tout ce qui aura été dit ou fait. Dans le cas de Monsieur Allardyce, il a fallu attendre six mois pour que l’IPSO obtienne finalement la transcription de l’enregistrement du Telegraph. Sa plainte aurait pu être résolue plus rapidement si les transcriptions et enregistrements sans montage avaient été fournis dès le début de l’affaire.
  3. On ne peut jamais complètement réparer les dégâts causés par une vidéo en caméra cachée, notamment quand les allégations qui la sous-tendent ne sont pas prouvées. Suite aux articles du Telegraph, qui se sont ensuite avérés inexacts, Monsieur Allardyce a rapidement perdu son emploi en tant que manager de l’équipe de football d’Angleterre.

Comme la plupart des enregistrements en caméra cachée s’inscrivent dans des enquêtes aux longs cours, il faudra encore attendre quelque temps pour mesurer l’impact de la décision de l’IPSO sur le comportement des journalistes et les plaintes à venir. Dans l’immédiat, les médias se sentiront plus à l’aise pour justifier leur utilisation de caméra cachée, et par conséquent leurs cibles potentielles devraient être particulièrement vigilantes.