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Comment communiquer sur une mise en examen ?

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Définition

Communiquer sur une mise en examen consiste à articuler, dans une situation juridiquement encadrée et médiatiquement intense, le respect rigoureux de la présomption d’innocence et du secret de l’instruction, la coordination étroite avec la défense pénale, la protection de la personne mise en examen et de l’organisation, l’information mesurée des parties prenantes internes et externes, et l’anticipation des phases ultérieures de la procédure judiciaire. À la différence d’autres événements, la mise en examen n’est ni une condamnation ni un simple soupçon : c’est un acte juridique précis qui désigne une personne contre laquelle existent des indices graves ou concordants d’avoir participé à une infraction. Cette qualification juridique structure entièrement la communication possible et impossible. La règle d’or : la communication de crise ne se substitue jamais à la défense pénale, elle la complète.

En bref : communiquer sur une mise en examen est l’une des situations les plus juridiquement contraintes de la communication de crise. Chaque mot peut être versé au dossier, utilisé à charge, retenu contre la personne mise en examen lors d’audiences ultérieures. La discipline juridique est absolue, mais elle n’autorise ni le silence total ni la dissimulation : elle impose une parole précise, mesurée, coordonnée. La pire erreur n’est pas de trop parler c’est de mal parler analyse Florian Silnicki, Expert en communication sous contrainte judiciaire, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom.

Comprendre la mise en examen : un acte juridique précis

Avant toute communication, comprendre rigoureusement ce qu’est — et ce que n’est pas — une mise en examen.

La définition juridique

La mise en examen est définie par les articles 80-1 et suivants du Code de procédure pénale. Elle désigne l’acte par lequel un juge d’instruction notifie à une personne qu’il existe contre elle des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu’elle ait pu participer, comme auteur ou complice, à la commission des infractions dont il est saisi.

Plusieurs points juridiques structurants :

  • la mise en examen est prononcée par un juge d’instruction, pas par le procureur ou la police,
  • elle suppose des indices graves ou concordants (seuil de preuve relativement exigeant),
  • elle ouvre des droits à la défense (accès au dossier, droit de présenter des demandes d’actes, possibilité de récuser),
  • elle n’est ni une accusation définitive, ni une condamnation,
  • elle peut être suivie d’un non-lieu, d’un renvoi devant un tribunal, ou rester sans suite.

Ce que la mise en examen n’est pas

Plusieurs confusions doivent être évitées :

  • mise en examen ≠ condamnation : la personne mise en examen reste présumée innocente jusqu’à un jugement définitif,
  • mise en examen ≠ garde à vue ou audition libre : ces actes précèdent généralement la mise en examen et ont un statut juridique différent,
  • mise en examen ≠ témoin assisté : statut intermédiaire moins lourd qu’une mise en examen,
  • mise en examen ≠ comparution immédiate : procédure différente, hors instruction,
  • mise en examen ≠ classement sans suite : le classement ne nécessite pas de mise en examen préalable.

Cette précision juridique conditionne toute la communication possible.

Les configurations possibles

Une personne peut être :

  • mise en examen (statut le plus lourd),
  • placée sous le statut de témoin assisté (statut intermédiaire),
  • simplement entendue comme témoin (sans aucune mise en cause).

L’organisation peut elle-même être mise en examen en tant que personne morale, distinctement de ses dirigeants.

Les mesures associées possibles

La mise en examen peut s’accompagner de mesures contraignantes :

  • contrôle judiciaire : interdictions diverses (paraître dans certains lieux, rencontrer certaines personnes, exercer certaines activités professionnelles),
  • assignation à résidence avec surveillance électronique,
  • détention provisoire : la mesure la plus lourde, ordonnée par le juge des libertés et de la détention.

Chacune de ces mesures a des implications opérationnelles majeures pour l’organisation et impose une communication spécifique.

Le secret de l’instruction : une contrainte structurante

La communication sur une mise en examen est encadrée par le secret de l’instruction (article 11 du Code de procédure pénale).

Le principe

L’instruction est secrète. Cette obligation s’impose :

  • aux magistrats et personnels de justice,
  • aux policiers et gendarmes participant à l’enquête,
  • aux experts désignés,
  • aux avocats dans certaines limites,
  • elle ne s’impose pas directement à la personne mise en examen ni à l’organisation.

Ce que le secret de l’instruction implique en pratique

Pour la communication :

  • l’organisation peut communiquer sur la mise en examen elle-même (qui est généralement publique ou rapidement révélée),
  • mais elle ne peut pas révéler les pièces du dossier sans autorisation,
  • elle ne peut pas dévoiler les pistes d’investigation,
  • elle doit éviter les déclarations qui pourraient être interprétées comme des pressions sur les juges,
  • les avocats sont tenus à des règles déontologiques strictes.

Les violations possibles et leurs conséquences

Une violation du secret de l’instruction peut :

  • fragiliser la position juridique (déclarations interprétées comme des aveux ou des manipulations),
  • affaiblir la défense (révélations exploitées par l’accusation),
  • exposer à des poursuites pour violation du secret,
  • nuire aux relations avec les magistrats (susceptibles d’apprécier l’attitude des parties).

Les fuites et les communications de la défense

Dans la pratique, les éléments du dossier filtrent souvent dans la presse, par différents canaux :

  • communiqués des avocats des parties civiles,
  • déclarations à la presse de témoins ou victimes,
  • documents transmis à des journalistes,
  • communiqués des autorités judiciaires elles-mêmes.

Cette réalité impose à l’organisation et à la défense de gérer un environnement informationnel souvent partiel et orienté, sans pouvoir y répondre frontalement.

Le cadre des libertés publiques : présomption d’innocence et liberté d’expression

Deux principes constitutionnels s’articulent dans la communication post-mise en examen.

La présomption d’innocence

Garantie par la Constitution et l’article 9-1 du Code civil, la présomption d’innocence implique que :

  • toute personne mise en cause reste présumée innocente jusqu’à condamnation définitive,
  • les médias ont l’obligation de respecter ce principe (sanctions civiles possibles),
  • les organisations ne peuvent désigner publiquement quelqu’un comme coupable avant le jugement,
  • la personne mise en examen peut demander réparation des atteintes à ce principe.

La liberté d’expression et le droit à l’information

À l’opposé, la liberté d’expression et le droit à l’information justifient :

  • la médiatisation des affaires d’intérêt public,
  • la publication des éléments d’instruction qui filtrent,
  • la discussion publique des faits reprochés,
  • la critique des décisions judiciaires (dans certaines limites).

L’équilibre dans la communication

L’organisation doit naviguer entre ces deux principes :

  • respecter la présomption d’innocence dans ses propres déclarations,
  • éviter de désigner publiquement la personne mise en examen comme coupable,
  • mais ne pas s’interdire une communication factuelle nécessaire,
  • distinguer ce qu’elle sait factuellement de ce qui relève de l’enquête.

Les acteurs et leurs rôles

Plusieurs acteurs interviennent dans la communication post-mise en examen, chacun avec un rôle spécifique.

La personne mise en examen

Elle peut :

  • s’exprimer publiquement sur sa situation,
  • clamer son innocence,
  • donner sa version des faits,
  • critiquer la procédure (avec mesure).

Mais elle doit éviter :

  • de révéler des pièces du dossier sans concertation avec sa défense,
  • de mettre en cause directement d’autres personnes ou des magistrats,
  • de tenir des propos qui pourraient être utilisés à charge,
  • de prendre la parole sans coordination avec ses avocats.

Les avocats de la défense

Les avocats sont les interlocuteurs principaux de la communication juridique. Leur rôle :

  • conseiller sur ce qui peut être dit publiquement,
  • valider chaque communiqué et chaque prise de parole,
  • s’exprimer eux-mêmes auprès des médias dans le respect de leur déontologie,
  • anticiper les conséquences juridiques de chaque communication.

La coordination entre avocats et communicants est essentielle. Un désaccord visible ou une absence de coordination affaiblit l’ensemble du dispositif.

L’organisation (si distincte de la personne mise en examen)

L’organisation peut :

  • communiquer sur les mesures qu’elle prend,
  • affirmer sa coopération avec la justice,
  • mettre en retrait la personne mise en examen si nécessaire,
  • rassurer sur la continuité opérationnelle.

Mais elle doit éviter :

  • de désavouer publiquement la personne avant les conclusions,
  • de prendre parti sur la culpabilité,
  • de critiquer la procédure de manière virulente,
  • de laisser entendre qu’elle dispose d’informations privilégiées.

Le conseil d’administration ou le président du conseil

Pour les mises en examen de dirigeants, le conseil joue un rôle pivot :

  • arbitrage sur le maintien ou la mise en retrait,
  • désignation d’un administrateur référent ou d’un porte-parole,
  • communication institutionnelle sur la situation,
  • gestion des relations avec les actionnaires et investisseurs.

Les conseils en communication de crise

Une agence spécialisée apporte :

  • la maîtrise des codes médiatiques,
  • la coordination avec la défense pénale,
  • la rédaction des éléments de langage,
  • la gestion des relations presse,
  • l’anticipation des rebondissements.

Les autres parties

Selon les cas peuvent intervenir :

  • les avocats des parties civiles,
  • les magistrats (rarement directement, mais parfois par communiqués du parquet),
  • les avocats des autres mis en examen dans les procédures multiples,
  • les associations de victimes constituées parties civiles.

Les configurations typiques de mise en examen

Plusieurs configurations appellent des stratégies de communication différentes.

1. La mise en examen d’un dirigeant pour des faits liés à l’organisation

Configuration la plus complexe :

  • fusion des intérêts entre la personne et l’organisation,
  • risque de mise en cause de la personne morale en parallèle,
  • enjeu de gouvernance immédiat,
  • probable mise en retrait nécessaire,
  • médiatisation intense.

2. La mise en examen d’un dirigeant pour des faits étrangers à l’organisation

Configuration où le dirigeant est mis en examen pour des faits relevant de sa sphère privée ou d’autres activités :

  • séparation théorique entre vie privée et fonctions,
  • mais contamination de la marque presque toujours,
  • enjeu de positionnement éthique,
  • arbitrage délicat entre soutien personnel et distance institutionnelle.

3. La mise en examen de la personne morale

Configuration où l’organisation elle-même est mise en examen :

  • enjeu juridique considérable (peines applicables aux personnes morales),
  • mobilisation complète de la défense,
  • risque de mesures conservatoires (interdictions d’exercice de certaines activités),
  • impact opérationnel et financier majeur.

4. La mise en examen multiple dans une affaire collective

Configuration où plusieurs personnes (dirigeants, cadres, collaborateurs externes) sont mises en examen dans la même procédure :

  • complexité de la coordination des défenses,
  • risque de stratégies divergentes entre mis en examen,
  • enjeu de cohérence de la communication,
  • possibilité de conflits d’intérêts.

5. La mise en examen avec détention provisoire

Configuration extrême où la personne mise en examen est placée en détention :

  • incapacité physique à exercer les fonctions,
  • médiatisation maximale (images, sortie du palais de justice, etc.),
  • mise en retrait ou départ généralement immédiat,
  • désignation rapide d’un dirigeant intérimaire.

6. La mise en examen avec contrôle judiciaire restrictif

Configuration où le contrôle judiciaire impose des interdictions affectant l’activité (interdiction d’exercer dans le secteur, interdiction de paraître, interdiction de contact avec certaines personnes) :

  • impact opérationnel direct,
  • adaptation nécessaire des fonctions,
  • enjeu de continuité,
  • communication spécifique sur les aménagements.

7. La mise en examen pour des faits anciens

Configuration où la mise en examen concerne des faits remontant à plusieurs années :

  • décalage temporel rendant la défense plus difficile (témoins, documents),
  • possibilité que la personne ait quitté l’organisation entre-temps,
  • complexité de la communication (faits étrangers à la situation actuelle),
  • enjeu mémoriel et symbolique parfois fort.

8. La mise en examen au titre de personne morale

Configuration spécifique où l’organisation elle-même est mise en examen, avec ou sans mise en examen de personnes physiques. La défense pénale de la personne morale relève d’un cadre spécifique avec ses propres règles et ses propres enjeux.

Les 6 phases de la communication post-mise en examen

La trajectoire typique se décompose en six phases qui doivent être anticipées.

Phase 1 — La détection des signaux préalables

Avant la mise en examen, plusieurs signaux peuvent émerger :

  • enquête préliminaire ouverte,
  • convocation pour audition libre,
  • garde à vue,
  • perquisition au siège ou au domicile,
  • réquisitions de documents,
  • fuites dans la presse.

À ce stade, la communication doit :

  • rester discrète sur la procédure,
  • anticiper une possible mise en examen ultérieure,
  • préparer les éléments de communication,
  • mobiliser les conseils externes,
  • éviter toute déclaration qui pourrait se retourner.

Phase 2 — L’annonce de la mise en examen

Le moment où la mise en examen devient publique. La communication doit :

  • réagir rapidement sans précipitation,
  • respecter la présomption d’innocence,
  • affirmer la coopération avec la justice,
  • annoncer les mesures organisationnelles éventuelles (mise en retrait),
  • assurer la continuité opérationnelle,
  • éviter les déclarations sur le fond de l’affaire.

Phase 3 — La phase de l’instruction

Pendant les mois ou années que dure l’instruction, la communication doit :

  • respecter le secret de l’instruction,
  • gérer les rebondissements (nouvelles auditions, nouvelles mises en examen, fuites),
  • maintenir une posture cohérente,
  • éviter la sur-communication,
  • anticiper les étapes (renvoi, non-lieu, etc.).

Phase 4 — La fin de l’instruction

Plusieurs issues possibles :

  • non-lieu : décision favorable à la défense,
  • renvoi devant un tribunal correctionnel ou une cour d’assises,
  • classement sans suite partielle.

Chaque issue appelle une communication spécifique.

Phase 5 — Le procès

Si la procédure aboutit à un procès, la communication doit :

  • préparer la médiatisation intense,
  • coordonner avec les avocats,
  • gérer les déclarations des parties civiles,
  • anticiper les déclarations de témoins,
  • préparer la communication post-jugement.

Phase 6 — Le jugement et ses suites

Selon l’issue :

  • relaxe : communication sur la confirmation de l’innocence,
  • condamnation : communication mesurée respectant les voies de recours,
  • appel : poursuite de la procédure et communication adaptée.

Tableau : ce qu’il faut faire vs ce qu’il faut éviter

À faire À éviter
Coordination étroite avec la défense pénale Communication autonome de la cellule de crise
Respect rigoureux de la présomption d’innocence Désignation publique d’un coupable
Coopération affirmée avec la justice Critique virulente de la procédure
Communication factuelle et mesurée Déclarations émotionnelles ou défensives
Mise en retrait si nécessaire Maintien obstiné face à des éléments graves
Information précoce des salariés Apprentissage par les médias pour les équipes
Distinction personne / organisation Fusion des défenses et confusion des rôles
Anticipation des phases ultérieures Communication uniquement réactive
Discipline du silence sur les éléments de dossier Révélations alimentant l’instruction
Cohérence dans la durée Discours évolutif et contradictoire

Le contenu de la communication initiale

L’annonce de la mise en examen est un moment critique. La communication doit suivre une structure précise.

Le communiqué d’annonce

Pour une mise en examen rendue publique, le communiqué type contient :

  • reconnaissance factuelle de la mise en examen,
  • respect de la présomption d’innocence,
  • affirmation de la coopération avec la justice,
  • mesures organisationnelles prises (mise en retrait, désignation d’un dirigeant intérimaire, etc.),
  • engagement sur la continuité opérationnelle,
  • respect du processus judiciaire à venir,
  • identification d’un contact pour les questions.

Les formulations à privilégier

  • “M. X. a été mis en examen par le juge d’instruction dans le cadre de la procédure relative à [objet].”
  • “Conformément au principe de présomption d’innocence, M. X. conteste les faits qui lui sont reprochés et entend faire valoir ses arguments dans le cadre de la procédure.”
  • “L’organisation coopère pleinement avec la justice et lui apporte tous les éléments utiles.”
  • “Pendant la durée de la procédure, [mesures organisationnelles] ont été prises afin de garantir la sérénité de l’instruction et la continuité de l’organisation.”

Les formulations à proscrire

  • “Cette mise en examen est totalement infondée.” (jugement préemptif sur le résultat)
  • “M. X est innocent.” (affirmation qui peut être démentie par l’enquête)
  • “Cette procédure relève d’une cabale.” (mise en cause des magistrats)
  • “L’organisation soutient pleinement M. X.” (peut être perçue comme entrave)
  • “Nous savons que les faits ne sont pas tels que présentés.” (laisse entendre une connaissance privilégiée)

La signature

La communication doit être signée par :

  • le président du conseil d’administration ou un administrateur indépendant désigné, si la mise en examen concerne le PDG,
  • la direction générale ou la direction de la communication si la mise en examen concerne un cadre subalterne,
  • la personne mise en examen elle-même uniquement pour des déclarations strictement personnelles.

La gestion des médias

La mise en examen attire systématiquement une couverture médiatique soutenue. Plusieurs principes de gestion.

Le porte-parole institutionnel

Désigner un porte-parole institutionnel indépendant de la personne mise en examen :

  • président du conseil ou administrateur référent,
  • direction de la communication pour les cas mineurs,
  • jamais la personne mise en examen elle-même comme porte-parole de l’organisation.

Le porte-parole de la défense

L’avocat de la défense est généralement le porte-parole technique sur les aspects juridiques :

  • explication des points de droit,
  • contestation argumentée des accusations,
  • annonce des recours,
  • mise en perspective des éléments procéduraux.

Les interviews du dirigeant mis en examen

Très rarement recommandées, et uniquement sous des conditions strictes :

  • accord explicite des avocats,
  • préparation rigoureuse,
  • format maîtrisé (pas de direct, pas de débat contradictoire avec parties civiles),
  • éléments de langage validés,
  • éviter toute discussion sur le fond du dossier.

Les risques de ces interviews sont nombreux : déclarations utilisables à charge, contradictions ultérieures avec les pièces du dossier, mise en cause d’autres personnes, perception négative.

Les déclarations sur les marches du palais

À l’issue d’une audition ou d’une mise en examen, les médias attendent souvent une déclaration sur les marches du palais de justice. Cette pratique est délicate :

  • émotion souvent visible et préjudiciable,
  • contraintes de temps qui empêchent la maîtrise,
  • questions parfois agressives,
  • mises en cause parfois irréfléchies.

La règle générale : brièveté maximale, déclaration courte préparée à l’avance, refus des questions, sortie rapide. Une telle déclaration peut être assurée par l’avocat plutôt que par la personne mise en examen elle-même.

La gestion des fuites

Les fuites sont fréquentes dans les procédures sensibles. La communication doit :

  • vérifier l’authenticité des éléments fuités,
  • ne pas confirmer publiquement les éléments du dossier,
  • éviter la course aux démentis,
  • maintenir la cohérence de la posture initiale,
  • anticiper la chronologie probable des fuites.

La communication interne

La communication interne est souvent le premier test de crédibilité.

L’information précoce des salariés

Les salariés doivent être informés :

  • de la mise en examen,
  • des mesures organisationnelles prises,
  • de la continuité opérationnelle,
  • de l’engagement de respecter le processus judiciaire,
  • des canaux pour leurs questions.

L’apprentissage par les médias est presque toujours dévastateur en termes de confiance.

Les principes du discours interne

  • respect de la personne mise en examen (présomption d’innocence),
  • affirmation de la continuité opérationnelle,
  • explication claire des mesures prises,
  • reconnaissance de la difficulté de la période,
  • écoute des inquiétudes,
  • engagement à informer dans la durée.

Le rôle des managers de proximité

Les managers en première ligne doivent recevoir :

  • des briefings réguliers,
  • des éléments de langage clairs,
  • une formation à la gestion des questions difficiles,
  • un soutien psychologique s’ils sont eux-mêmes affectés.

La gestion des tensions internes

Une mise en examen peut générer :

  • clivage entre soutiens et critiques,
  • mobilisation d’équipes mécontentes du dirigeant,
  • fragilisation des cadres proches,
  • risque de fuites internes,
  • rumeurs alimentées par la rareté de l’information officielle.

La communication interne doit anticiper ces dynamiques et proposer des espaces de dialogue.

La gestion des parties prenantes externes

Au-delà des médias, plusieurs parties prenantes doivent être gérées.

Les actionnaires et investisseurs

Pour les sociétés cotées :

  • information AMF si l’événement est susceptible d’affecter le cours,
  • communiqué financier approprié,
  • mobilisation des relations investisseurs,
  • anticipation des questions lors des assemblées générales.

Les clients et partenaires

Selon les configurations :

  • information des clients et partenaires majeurs,
  • rassurance sur la continuité opérationnelle,
  • gestion des éventuelles demandes d’aménagements,
  • maintien des relations commerciales par les équipes opérationnelles.

Les autorités sectorielles

Pour les secteurs régulés :

  • information des autorités de tutelle (ACPR, AMF, ARS, etc.),
  • respect des obligations spécifiques selon les secteurs,
  • anticipation des éventuelles mesures de surveillance renforcée,
  • coopération avec les enquêtes administratives parallèles.

Les associations professionnelles

La mise en examen d’un dirigeant peut affecter l’image de tout un secteur. Les fédérations professionnelles peuvent :

  • soutenir ou prendre des distances,
  • demander des explications,
  • proposer des médiations.

Cas particuliers fréquents

La mise en examen pour faits financiers

Configurations typiques : abus de biens sociaux, escroquerie, fraude fiscale, blanchiment.

  • complexité technique exigeant des explications accessibles,
  • enjeu de communication financière coordonnée,
  • mobilisation d’experts financiers (parfois indépendants),
  • anticipation des conséquences boursières.

La mise en examen pour harcèlement

Configurations sensibles : harcèlement moral ou sexuel.

  • dimension humaine centrale,
  • respect absolu des plaignantes (sans préjuger du fond),
  • équilibre entre soutien à la personne et protection des victimes potentielles,
  • enjeu de transformation organisationnelle.

La mise en examen environnementale

Configurations émergentes : pollution, mise en danger, infractions au Code de l’environnement.

  • dimension territoriale forte,
  • mobilisation d’associations environnementales,
  • enjeu de transformation des pratiques,
  • médiatisation souvent durable.

La mise en examen pour homicide ou blessures involontaires

Configurations gravissimes liées à des accidents ou défaillances.

  • dimension humaine absolue (victimes, familles),
  • respect des proches,
  • enjeu de réparation symbolique et matérielle,
  • temporalité très longue (procès sur plusieurs années).

La mise en examen dans une procédure complexe et longue

Configurations où la mise en examen s’inscrit dans une procédure de plusieurs années :

  • gestion de la durée et de la lassitude médiatique,
  • anticipation des rebondissements (perquisitions, expertises, nouveaux mis en examen),
  • cohérence dans la durée,
  • épuisement des dirigeants à éviter par un dispositif de soutien adapté.

La mise en examen de la personne morale uniquement

Configuration spécifique où l’organisation est mise en examen sans dirigeant individuellement mis en cause.

  • défense pénale spécifique de la personne morale,
  • désignation d’un représentant pour la procédure,
  • enjeu sur les peines applicables (interdiction d’exercer, obligation de mise en conformité),
  • communication plus institutionnelle que personnelle.

La mise en examen dans un contexte de tensions politiques

Configurations où la procédure prend une dimension politique :

  • risque d’instrumentalisation par les opposants,
  • vigilance sur les déclarations susceptibles d’être reprises,
  • maintien d’une posture institutionnelle malgré les pressions,
  • éviter les positionnements partisans.

La reconstruction post-procédure

Selon l’issue de la procédure, la reconstruction peut prendre des formes très différentes.

Le non-lieu

Le non-lieu confirme l’absence d’éléments suffisants pour un renvoi. La communication doit :

  • prendre acte sereinement,
  • éviter le triomphalisme,
  • engager la reconstruction de la confiance,
  • gérer les éventuels recours du parquet ou des parties civiles,
  • préparer un possible retour de la personne (si elle avait été mise en retrait).

Le renvoi devant un tribunal

Le renvoi marque l’étape suivante de la procédure. La communication doit :

  • respecter la décision sans la commenter négativement,
  • préparer le procès (médiatisation, mobilisation de la défense),
  • maintenir la cohérence de la posture,
  • gérer la durée jusqu’à l’audience (souvent plusieurs mois ou années).

La relaxe

La relaxe à l’issue du procès confirme l’innocence judiciaire. La communication doit :

  • annoncer sereinement la décision,
  • éviter les déclarations vengeresses,
  • engager la pleine reconstruction,
  • anticiper un éventuel appel du parquet,
  • gérer les conséquences réputationnelles persistantes.

La condamnation

La condamnation impose une communication particulière :

  • prise d’acte respectueuse de la décision,
  • annonce d’éventuels recours en appel,
  • mesures organisationnelles définitives (départ, etc.),
  • engagement sur les transformations,
  • gestion des conséquences durables.

La transaction ou la convention judiciaire d’intérêt public

Pour les personnes morales, la CJIP (Convention Judiciaire d’Intérêt Public) permet une résolution sans condamnation pénale formelle, en échange d’engagements (paiement, mise en conformité). La communication doit :

  • expliquer clairement la nature de la convention,
  • éviter la perception d’un évitement de responsabilité,
  • valoriser les engagements pris,
  • engager la mise en œuvre visible des transformations.

Préparer en amont les mises en examen

Une préparation en temps de paix peut considérablement améliorer la gestion d’une mise en examen.

La cartographie des risques juridiques

  • secteurs d’activité à risque,
  • antécédents judiciaires de l’organisation et de ses dirigeants,
  • expositions réglementaires,
  • vulnérabilités identifiées.

Les dispositifs de prévention

  • dispositif anti-corruption (loi Sapin 2),
  • dispositif d’alerte interne,
  • conformité réglementaire renforcée,
  • formations régulières des dirigeants et cadres,
  • audits réguliers.

Les ressources mobilisables

  • avocats pénalistes spécialisés selon les secteurs,
  • conseils en communication de crise expérimentés,
  • experts financiers, environnementaux, techniques selon les domaines,
  • assurance de responsabilité civile des dirigeants (D&O).

Les exercices de simulation

Simulations spécifiques de mise en examen, mobilisant :

  • conseil d’administration,
  • conseils externes (juridiques, communication),
  • équipes opérationnelles,
  • scénarios réalistes de procédure.

Les protocoles internes

  • plan de continuité en cas de mise en examen ou détention d’un dirigeant,
  • règles de désignation d’un suppléant,
  • procédures de communication interne et externe,
  • dispositifs de soutien aux dirigeants concernés.

FAQ

Une mise en examen oblige-t-elle à un départ du dirigeant ? Non, juridiquement. La mise en examen n’est pas une condamnation, et la personne reste présumée innocente. Cependant, plusieurs facteurs peuvent imposer une mise en retrait ou un départ : gravité présumée des faits, perte de confiance du conseil d’administration, mesures de contrôle judiciaire empêchant l’exercice des fonctions, pression des parties prenantes (actionnaires, salariés), nécessité de préserver la sérénité de l’enquête.

Faut-il communiquer publiquement sur une mise en examen ? La mise en examen est généralement rapidement publique (par fuites ou communiqués des avocats des parties), même si l’organisation ne communique pas. Le silence prolongé est presque toujours interprété défavorablement. La règle : prendre les devants par une communication mesurée plutôt que subir.

Peut-on critiquer publiquement la procédure ? Avec mesure. Une critique virulente des magistrats peut être interprétée comme une pression, voire constituer un délit (outrage à magistrat, diffamation). Une critique modérée et argumentée des éléments de procédure (par les avocats) reste légitime, à condition de respecter le secret de l’instruction.

Comment gérer la communication si le dirigeant est en détention provisoire ? Configuration extrême. La communication doit :

  • annoncer rapidement la mise en retrait ou le départ,
  • désigner un dirigeant intérimaire,
  • assurer la continuité opérationnelle,
  • respecter la dignité du dirigeant détenu,
  • éviter les déclarations émotionnelles,
  • préparer la communication selon l’évolution (libération, prolongation).

Combien de temps dure typiquement une mise en examen avant le jugement ? Très variable :

  • affaires simples : 1 à 2 ans,
  • affaires moyennes : 2 à 4 ans,
  • affaires complexes : 4 à 8 ans,
  • affaires exceptionnelles : parfois plus de 10 ans.

La communication doit s’inscrire dans cette temporalité longue, avec une vigilance permanente aux moments-clés (auditions, expertises, fin d’instruction, ordonnance de renvoi, audiences).

Votre organisation est-elle préparée à gérer la communication d’une mise en examen — depuis la coordination avec la défense pénale jusqu’à la gestion multi-publics, en passant par les enjeux de gouvernance et la temporalité longue de la procédure ? LaFrenchCom accompagne dirigeants, conseils d’administration et directions de la communication dans la préparation et la gestion des mises en examen, en coordination étroite avec les avocats pénalistes et les experts en gouvernance. [Contactez notre cellule de crise →]