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Dictionnaire 2026 de la Communication de Fusion-Acquisition et de LBO

A
Accompagnement des équipes cédées (responsabilité du vendeur). Le vendeur conserve une responsabilité communicationnelle envers les équipes qu’il cède, au-delà de la signature juridique. Les premiers mois suivant le closing conditionnent la perception qu’auront les anciens salariés de leur ancien employeur. Un vendeur qui se désintéresse brutalement de ses anciennes équipes construit une hostilité durable qui se retournera le jour où il voudra recruter, vendre autre chose ou communiquer positivement.
Acquéreur industriel (logique et registre). Un acquéreur industriel ne communique pas comme un fonds : il met en avant les synergies industrielles, la complémentarité des métiers, la stratégie de long terme. Son registre rassure les équipes et les clients sur la continuité opérationnelle, mais peut inquiéter sur la préservation des spécificités. La communication doit calibrer ces deux dimensions selon le profil réel de l’acquéreur et les craintes prévisibles des cibles.
Annonce conjointe (cohérence indispensable). L’annonce conjointe d’une opération par vendeur et acquéreur suppose un alignement strict sur les éléments de langage, les chiffres cités, le calendrier présenté, la stratégie affichée. Une divergence entre les deux communiqués, même minime, crée immédiatement des articles sur « les points de désaccord » ou sur « la guerre des versions ». La coordination textuelle est un exercice de plusieurs semaines, parfois tendu, entre les deux équipes.
Annonce de signing (premier moment public). L’annonce du signing — moment où le contrat de cession ou d’acquisition est signé, sous réserve des conditions suspensives — est un acte communicationnel majeur. Il impose plusieurs décisions simultanées : qui annonce en premier, dans quelle langue, à quelle heure, avec quelle hiérarchie des publics. Le signing mal communiqué peut faire perdre plusieurs points de cours à un acquéreur coté sans que le fond de l’opération soit en cause.
Approche non sollicitée (réponse à préparer). Quand une entreprise reçoit une approche non sollicitée — hostile ou amicale —, la communication se prépare dès les premiers contacts, avant même l’annonce publique. Les scénarios incluent : rejet pur et simple, négociation discrète, mise en place d’un processus alternatif, recherche d’un chevalier blanc. Chaque scénario a son propre arsenal communicationnel à avoir prêt dans le tiroir.
Avis du CSE (obligation à intégrer). L’avis du comité social et économique sur une opération de cession ou d’acquisition est une obligation légale en France qui précède le closing. Sa communication suppose un séquencement précis : information préalable des représentants du personnel, expertise économique éventuelle, avis formalisé, prise en compte dans la documentation de l’opération. Un avis défavorable du CSE n’empêche pas l’opération mais doit être intégré dans le récit communicationnel, sous peine de crise sociale post-closing.
B
Break-up fee (élément du contrat à expliquer). Le break-up fee — indemnité de rupture prévue au contrat en cas de non-réalisation — peut devenir un sujet médiatique si l’opération n’aboutit pas. Sa communication doit anticiper la question : pourquoi ce montant, comment a-t-il été négocié, qu’est-ce qu’il protège ? Un break-up fee élevé révélé sans explication devient une polémique sur le partage de la valeur.
Bridge (financement relais à ne pas dramatiser). Le financement relais (bridge) utilisé pendant une opération est un outil financier normal que les médias généralistes présentent parfois comme un signe de fragilité. La communication doit expliquer pédagogiquement le mécanisme sans s’excuser de son existence, et annoncer clairement l’échéance de refinancement définitif pour ne pas laisser planer le doute sur la solidité structurelle de l’acquéreur.
C
Carve-out (opération à phaser). La cession d’une activité détachée d’un groupe (carve-out) suppose une communication phasée : annonce de l’intention, constitution de l’entité autonome, recherche d’acquéreur, négociation, closing, séparation effective. Chaque phase a ses publics, ses messages, ses pièges. Un carve-out mal communiqué peut fragiliser simultanément l’activité cédée (clients inquiets) et l’activité conservée (signal de désengagement stratégique).
Clean team (dispositif pendant les négociations). La clean team est le dispositif qui permet à certains collaborateurs de manipuler des informations sensibles de la cible sans que d’autres fonctions de l’acquéreur ne les voient. Sa communication interne est délicate : expliquer son existence sans révéler l’opération, justifier les cloisonnements, gérer les frustrations des équipes écartées. La clean team doit être présentée comme une bonne pratique, pas comme un secret d’État.
Clôture conditionnelle (période sensible). Entre le signing et le closing s’écoulent plusieurs mois pendant lesquels l’opération est publique mais non réalisée : autorisations réglementaires, avis des autorités de concurrence, levée des conditions suspensives. Cette période est sensible car les parties doivent communiquer sur l’avancement sans pouvoir encore intégrer les équipes. Les silences prolongés pendant la clôture conditionnelle nourrissent les rumeurs de difficultés.
Closing (acte à célébrer sobrement). Le closing marque la réalisation effective de l’opération. Sa communication doit être équilibrée : assez visible pour marquer le franchissement de l’étape, assez sobre pour ne pas paraître triompher avant d’avoir démontré le succès de l’intégration. Les closings célébrés bruyamment par des équipes qui n’ont pas encore prouvé leur capacité à intégrer créent des attentes qui deviennent des grilles de jugement sévères.
Club deal (configuration à expliquer). Les opérations menées par plusieurs fonds en club deal posent une question de porte-parolat : qui parle au nom du consortium, qui prend les engagements, qui assume les décisions futures ? La communication doit éviter les silences multiples où chaque membre du club renvoie à l’autre. Un chef de file communicationnel, même s’il n’est pas le chef de file financier, doit être identifié dès l’annonce.
Conférence de presse d’annonce (format à calibrer). La conférence de presse d’annonce d’une opération majeure est un format classique qui impose une préparation lourde : coordination des porte-parole, langue, documents remis, ordre des interventions, gestion des questions. Les opérations transfrontalières ajoutent la contrainte du décalage horaire : organiser deux conférences — Paris et New York, Paris et Francfort — avec des messages identiques mais adaptés aux cultures médiatiques locales.
Confidentialité (règle absolue pré-annonce). Avant l’annonce publique, la confidentialité est une règle dont la violation a des conséquences juridiques (délit d’initié si l’acquéreur est coté), financières (rupture de négociation) et réputationnelles. Tout collaborateur informé de l’opération signe typiquement un accord de confidentialité renforcé. La communication interne doit être strictement limitée aux personnes ayant besoin de savoir, selon le principe du need-to-know.
Contrat de cession (document qui contraint la parole). Le contrat de cession contient des clauses de non-dénigrement, de non-concurrence, de confidentialité, de non-sollicitation. Ces clauses contraignent durablement la communication des parties : ce qui peut être dit sur l’opération, sur l’ancienne activité, sur les anciens salariés. Les lire attentivement avant toute prise de parole post-closing évite des violations contractuelles involontaires.
Convocation à signer (moment à encadrer). Le moment où les parties se réunissent pour signer un accord définitif génère une fébrilité interne chez les deux entreprises. Les fuites sur les réseaux sociaux ou auprès de journalistes se multiplient précisément à ce moment. La communication doit prévoir un dispositif spécifique pour les 24 à 48 heures qui précèdent et suivent la signature : consignes renforcées, veille sociale active, astreinte dirigeante.
D
Data room (accès qui s’élargit). La data room virtuelle dans laquelle les acquéreurs potentiels accèdent aux informations confidentielles de la cible élargit mécaniquement le cercle des personnes informées. Chaque nouvel accès est un risque de fuite. La communication doit se préparer à ce que chaque vague d’accès déclenche une rumeur de marché, et avoir un communiqué de démenti factuel prêt à être adapté sans confirmer ni nier l’opération elle-même.
Déclaration de franchissement de seuil (obligation de marché). Quand un acquéreur franchit certains seuils de participation dans une société cotée, il doit déclarer formellement ce franchissement. Cette déclaration devient publique et ouvre une séquence communicationnelle obligée : accompagner la déclaration de son intention (investisseur financier, acquéreur amical, opérateur hostile), encadrer les commentaires, anticiper la réaction de la société cible.
Dilution (effet à expliquer). Quand une opération implique l’émission d’actions nouvelles dilutives pour les actionnaires existants, la communication doit expliquer clairement le mécanisme, la justification économique et la valeur créée à terme. Négliger cette pédagogie expose à des réactions émotionnelles des actionnaires minoritaires qui peuvent se traduire en votes négatifs en assemblée générale, indépendamment de la pertinence stratégique de l’opération.
Document de référence (mise à jour impérative). Pour un acquéreur coté, le document d’enregistrement universel doit être mis à jour pour refléter la nouvelle architecture du groupe. Cette mise à jour est à la fois un exercice juridique et un acte de communication financière. Les délais d’actualisation doivent être anticipés dans le calendrier de l’opération.
Due diligence réputationnelle (pratique qui se généralise). Au-delà des due diligences financière, juridique et fiscale, la due diligence réputationnelle examine l’historique, les risques, les parties prenantes, les signaux faibles de la cible. Elle devient standard dans les opérations de taille significative depuis 2022. Ses conclusions structurent le dispositif de communication post-closing : ce qu’il faudra traiter, dans quel ordre, avec quel calendrier.
E
Engagement de non-licenciement (promesse à peser). L’engagement public de ne pas procéder à des licenciements pendant une période donnée est un classique des communications de cession, particulièrement dans les opérations sensibles socialement. Sa formulation doit être précise : quelle durée, quelle géographie, quels périmètres, quelles exceptions. Un engagement flou devient un contentieux au moindre départ ultérieur ; un engagement précis engage durablement.
Equity story (récit d’investissement). L’equity story présentée aux investisseurs pour justifier une opération est un récit qui engage la direction : chaque chiffre, chaque projection, chaque hypothèse devient un engagement auditable. En situation tendue ultérieure — résultats décevants, écart avec le plan —, l’equity story est ressortie et confrontée à la réalité. Sa construction doit intégrer cette opposabilité future plutôt que de céder à l’optimisme du moment.
Exclusive (période à protéger). Pendant la période d’exclusivité négociée avec un acquéreur privilégié, la communication doit protéger cette exclusivité sans paraître la revendiquer publiquement. Les fuites qui annoncent une exclusivité en cours de négociation peuvent déclencher des approches concurrentes déstabilisantes. La discrétion communicationnelle est une condition de la discipline de négociation.
F
Fairness opinion (caution externe indispensable). La fairness opinion d’une banque conseil indépendante sur le caractère équitable du prix devient une pièce communicationnelle centrale dans les opérations sensibles. Elle rassure les administrateurs, les actionnaires minoritaires et les autorités. Son absence ou son caractère contesté devient un angle d’attaque médiatique. Préparer la communication autour de la fairness opinion — qui l’a produite, sur quelles bases, avec quelles hypothèses — est indispensable.
Faux départ (annonce prématurée retournée). Quand une annonce est faite prématurément et que l’opération échoue ensuite, le faux départ produit une image très négative. La gestion d’un échec d’opération annoncée est un exercice de communication spécifique : expliquer pourquoi sans humilier les partenaires, préserver les relations futures, rassurer les équipes sur la solidité de l’entreprise. Les entreprises qui gèrent bien leurs faux départs préservent leur capacité à refaire des opérations.
Fonds de private equity (logique spécifique à expliquer). Un fonds de private equity n’est ni un acquéreur industriel ni un investisseur boursier classique. Sa logique de détention temporaire (typiquement cinq à sept ans), son modèle financier, ses exigences de rentabilité, doivent être expliqués pédagogiquement aux équipes, aux clients, aux partenaires. Sans cette pédagogie, le fonds est perçu comme un propriétaire distant, parfois prédateur, ce qui peut fragiliser la relation sur la durée.
G
Gestion du silence inter-étapes (discipline tenue). Entre les étapes officielles d’une opération, la règle est le silence maîtrisé. Les parties prenantes internes demandent régulièrement « où on en est » ; les parties prenantes externes tentent d’obtenir des indications. La discipline du silence doit être homogène dans l’organisation, portée au plus haut niveau, et relayée avec la même rigueur à tous les étages, faute de quoi les fuites arrivent par les maillons faibles.
H
Hostile (qualification qui change tout). Quand une offre devient qualifiée d’hostile — l’acquéreur passe outre le refus du conseil de la cible —, le registre communicationnel change radicalement. L’hostilité ouvre une guerre de communication entre les deux camps, avec communiqués quotidiens, interviews croisées, dépôts de documents auprès de l’AMF, mobilisation des actionnaires. La préparation à cette bataille se fait dès les premiers signaux, pas quand elle éclate.
I
Information aux clients (registre direct). Les clients majeurs doivent être informés directement d’une opération qui les concerne, avant d’apprendre l’information par les médias. Les grands comptes attendent un appel personnalisé du dirigeant, pas un communiqué de presse. Cette information directe rassure sur la continuité, engage les équipes commerciales, et prévient les questions qui autrement arriveraient sur des canaux désorganisés.
Information aux fournisseurs stratégiques (attention parfois oubliée). Les fournisseurs stratégiques — partenaires technologiques, fournisseurs critiques, sous-traitants exclusifs — doivent également être informés. Leur négliger crée des inquiétudes sur la continuité de la relation contractuelle qui peuvent déclencher des réactions préventives dommageables. Cette information peut intervenir simultanément à l’annonce publique, pas après.
Intégration post-closing (communication qui s’installe dans la durée). L’intégration post-closing est un chantier communicationnel de plusieurs années : harmonisation des cultures, communication aux équipes des deux entités, gestion des mobilités internes, annonces de réorganisation, célébration des premières réussites communes. Le budget communication d’intégration est typiquement sous-estimé ; sa sous-dotation produit un sentiment d’intégration ratée qui peut se matérialiser dans les chiffres sept ou huit trimestres plus tard.
Investor presentation (document structurant). La présentation aux investisseurs accompagnant une opération est le document qui reste dans les mémoires plus que tout communiqué : slides de synthèse, projections financières, plan stratégique. Sa rédaction mobilise des semaines de travail conjoint entre l’acquéreur, les banques conseils et les agences de communication. Chaque slide est pesée, testée, parfois retravaillée par le comité exécutif plusieurs fois.
J
Jour de l’annonce (chorégraphie précise). Le jour de l’annonce suit une chorégraphie précise, minute par minute : réunion du conseil d’administration au petit matin, publication du communiqué avant ouverture des marchés, conférence analystes dans l’heure, conférence de presse en milieu de matinée, interviews télévisées l’après-midi, town hall internes en fin de journée. Chaque étape doit être préparée comme une mission militaire, avec ses suppléants et ses scénarios de repli.
L
LBO (vocabulaire à vulgariser). Le leveraged buy-out est une opération technique dont les termes — levier, covenants, ratio d’endettement, dette senior, dette mezzanine, equity bridge — sont incompréhensibles pour la plupart des publics internes et externes. La communication doit vulgariser sans trahir : expliquer le principe du levier, les implications pour l’entreprise, les obligations de performance qui en découlent. Sans cette pédagogie, le LBO est vécu comme une opération opaque qui fragilise l’entreprise au profit d’actionnaires lointains.
Lettre d’intention (premier écrit formel). La lettre d’intention est le premier document formel qui matérialise l’opération. Sa communication interne doit être limitée au cercle strict des personnes qui doivent savoir. Elle n’est pas publique par nature mais peut devenir publique en cas de fuite. Prévoir un communiqué de confirmation factuelle mais prudente pour ce cas spécifique fait partie du kit de pré-annonce.
M
Management package (sujet sensible à long terme). Le package accordé aux dirigeants de la cible — intéressement au capital, mécanismes de ratchet, retention — peut devenir un sujet public s’il sort. Il est souvent perçu comme un conflit d’intérêts potentiel si les dirigeants qui négocient la vente ont un intérêt personnel majeur à la réalisation de l’opération. La communication doit anticiper cette lecture : transparence maîtrisée, justification par les pratiques de marché, présentation des garde-fous mis en place.
Market sounding (étape à protéger). Avant une opération publique, un market sounding discret auprès de quelques investisseurs institutionnels peut être conduit pour tester la réception. Cette étape est juridiquement encadrée (règles MAR sur l’information privilégiée) et communicationnellement sensible : une fuite transforme le sounding en rumeur de marché avec effets sur le cours. Les règles internes doivent être strictes sur qui parle à qui, avec quels engagements de confidentialité.
MOU (document intermédiaire sensible). Le memorandum of understanding — protocole d’accord non contraignant — matérialise un accord de principe avant l’accord définitif. Sa communication doit équilibrer deux messages contradictoires : assez de poids pour rassurer sur la solidité du projet, assez de prudence pour ne pas annoncer ce qui n’est pas encore certain. La formulation classique « les parties ont conclu un protocole d’accord qui ouvre la voie à la négociation des accords définitifs » pose ce cadre.
N
NDA (cadre juridique des échanges). L’accord de non-divulgation qui encadre les échanges entre parties pendant la négociation conditionne toute la communication. Sa portée — durée, périmètre, exceptions — doit être connue de tous les collaborateurs exposés à l’opération. Une violation, même involontaire, peut donner lieu à des actions contentieuses et, surtout, rompre la relation de confiance entre parties.
Non-concurrence (engagement du cédant). L’engagement de non-concurrence pris par le cédant — pour lui-même ou pour ses dirigeants clés — est souvent un sujet sensible communicationnellement. Il peut restreindre les projets professionnels futurs des intéressés, qui auront à l’expliquer publiquement (et à le respecter). La rédaction des clauses doit tenir compte de cette dimension de lisibilité publique.
O
Offre publique (cadre réglementaire structurant). Une offre publique — OPA, OPE, OPR — obéit à un cadre réglementaire strict qui structure l’intégralité de la communication pendant la période d’offre. Périodes de silence, documents visés par l’AMF, avis du conseil de la cible, surenchères éventuelles, bons et mauvais comportements boursiers : chaque détail peut déclencher une sanction réglementaire. La communication d’une offre publique mobilise une équipe juridique dédiée en parallèle de l’équipe communication.
P
Pacte d’actionnaires post-closing (document à communiquer partiellement). Le pacte d’actionnaires signé à l’issue de l’opération contient des clauses qui structurent la gouvernance future. Certaines sont publiques par obligation, d’autres restent privées. La communication doit arbitrer ce qui peut être exposé pour rassurer sur la stabilité et ce qui doit rester confidentiel pour préserver la marge de manœuvre managériale. Les pactes dont chaque ligne fuit ensuite successivement créent un climat de découverte continue qui fragilise la confiance.
Période de silence pré-annonce (discipline stricte). Les semaines qui précèdent l’annonce d’une opération imposent une discipline stricte : pas d’intervention publique non essentielle du dirigeant, pas d’investor day, pas de communication qui pourrait ultérieurement être relue à la lumière de l’opération comme une manœuvre trompeuse. Cette discipline est souvent douloureuse pour les dirigeants habitués à communiquer, mais elle protège l’opération et l’entreprise.
Post-mortem d’opération ratée (exercice utile). Quand une opération échoue à se réaliser, un post-mortem communicationnel complète le post-mortem financier et juridique : qu’est-ce qui a fuité, où, quand, comment, avec quelles conséquences. Cet exercice permet d’améliorer les dispositifs de la prochaine opération. Les entreprises qui ne le pratiquent pas reproduisent les mêmes erreurs de discrétion sur les opérations suivantes.
Prime d’offre (chiffre à contextualiser). La prime payée par l’acquéreur par rapport au cours ou à la valeur comptable devient le chiffre le plus cité dans les articles. Une prime élevée peut paraître généreuse aux actionnaires de la cible mais déraisonnable aux actionnaires de l’acquéreur. La communication doit contextualiser : référentiels de marché, synergies attendues, justification stratégique. Laisser le chiffre nu expose à deux lectures hostiles symétriques.
Q
Questions des analystes (préparation exhaustive). Les questions des analystes sur une opération sont prévisibles et peuvent être anticipées quasi exhaustivement : valorisation, synergies, calendrier d’intégration, financement, impact BPA, dilution, gouvernance future, risques d’exécution. Un document question-réponse interne préparant deux cents questions est un outil standard ; son absence se ressent dans la qualité des premières réponses publiques.
R
Redressement de trajectoire (scénario préparé). Si l’intégration post-closing révèle des difficultés opérationnelles, un redressement de trajectoire peut devoir être annoncé : révision des synergies attendues, ajustement du calendrier, remplacement du management intégré. Cette communication de correction est particulièrement délicate car elle contredit en partie l’equity story initiale. Elle doit assumer sans minimiser, et présenter un plan crédible de reprise en main.
Regulatory approval (étape visible). Les autorisations réglementaires — concurrence, investissements étrangers, autorités sectorielles — sont des étapes visibles dans le calendrier d’une opération. Leur communication doit gérer deux écueils : la sur-dramatisation (« nous attendons l’autorisation ») qui inquiète sur son obtention, et la sous-dramatisation qui cache les engagements parfois pris pour l’obtenir (cessions, remèdes). La formulation neutre standard — « l’opération reste soumise aux autorisations usuelles des autorités compétentes » — peut être enrichie selon le contexte.
Remèdes concurrentiels (concessions à expliquer). Les remèdes acceptés par les parties pour obtenir l’aval des autorités de concurrence — cessions d’activités, engagements comportementaux, ouverture d’accès — doivent être communiqués sans les présenter comme des victoires. Les minimiser comme de simples ajustements techniques alors qu’ils modifient substantiellement le périmètre de l’opération est trompeur ; les dramatiser excessivement inquiète sur la valeur résiduelle.
Rumeur de marché (démenti calibré). Les opérations en préparation font l’objet de rumeurs de marché, souvent proches de la vérité. La tentation de démentir catégoriquement est dangereuse : un démenti formel suivi d’une annonce confirmant la rumeur est qualifiable de fausse information par l’AMF. Les formulations prudentes — « nous ne commentons pas les rumeurs de marché » — sont juridiquement protectrices même si elles alimentent la spéculation.
S
Signal industriel (cohérence à démontrer). Une acquisition est d’abord un signal industriel envoyé au marché : direction stratégique, ambition de croissance, réponse à un concurrent, réaction à une tendance. La communication doit rendre lisible ce signal, faute de quoi les analystes et les médias en construisent un qui peut être inexact et durable. Le travail d’explication stratégique est au moins aussi important que celui sur les chiffres financiers.
Signing (annonce coordonnée). Le moment du signing concentre les premières annonces publiques coordonnées entre les parties. La logistique de cette coordination — qui publie en premier, à quelle heure, dans quelle langue, sur quel canal — est une partie significative du travail des équipes de communication pendant les dernières semaines avant l’opération. Des erreurs de coordination à ce moment précis peuvent créer des quiproquos durables.
Synergies (promesse à documenter). Les synergies annoncées lors d’une opération — en millions d’euros, en pourcentage de coûts, en point de marge — deviennent une promesse suivie trimestre par trimestre. Sous-documenter leur origine ou leur calendrier crée un engagement aveugle qui sera difficile à tenir. Surévaluer pour faire passer l’opération crée une dette d’exécution qui pèsera sur toutes les communications futures.
T
Teaser (document à protéger). Le teaser — premier document présentant une cible aux acquéreurs potentiels — est typiquement anonyme. Sa circulation est pourtant un risque de fuite dès que suffisamment d’acteurs l’ont vu. Les banques conseils doivent contrôler strictement sa diffusion, et l’entreprise cible doit avoir un plan communicationnel si un teaser identifiable fuit dans les médias avant qu’elle ne soit prête à annoncer.
Tour de table (communication aux actionnaires). Le tour de table d’un LBO — actionnaires financiers, management, minoritaires — doit être présenté clairement : qui détient quoi, avec quels engagements, sur quelle durée. Les opacités sur la structure capitalistique post-opération nourrissent les spéculations et fragilisent la confiance. La transparence sur le tour de table, dans les limites de la confidentialité contractuelle, est un marqueur de sérieux apprécié par les parties prenantes sensibles.
Transfert des contrats (pédagogie nécessaire). Les clients et fournisseurs peuvent avoir des inquiétudes sur le transfert de leurs contrats vers le nouvel actionnaire. La communication doit préciser ce qui change effectivement (peu de choses dans la plupart des opérations) et ce qui ne change pas (les engagements contractuels). Sans cette pédagogie, des clauses de changement de contrôle peuvent être invoquées, des renégociations exigées, et la valeur de la cible érodée dans les mois qui suivent le closing.
V
Valorisation annoncée (chiffre qui cristallise). Le chiffre de valorisation annoncé — enterprise value, equity value, multiple d’EBITDA — devient le marqueur médiatique de l’opération. Sa présentation peut être optimisée selon la multiplicité des chiffres disponibles, mais toute optimisation trop évidente sera décryptée par les analystes et se retournera. La règle est de présenter plusieurs indicateurs cohérents, en expliquant leurs différences, plutôt que de choisir le plus flatteur en masquant les autres.
Vendor due diligence (document à valoriser). La vendor due diligence — rapport d’audit commandé par le vendeur sur sa propre entreprise pour accélérer le processus — est un document stratégique. Sa diffusion aux acquéreurs potentiels en fait un élément qui structure la perception. La communication interne sur son existence doit être maîtrisée : son annonce aux équipes crée inévitablement des hypothèses sur une cession imminente.
W
Waiver (dérogation à expliquer). Les waivers — dérogations accordées par des créanciers, des partenaires ou des autorités pendant l’opération — deviennent parfois des informations publiques. Leur communication doit être mesurée : les minimiser comme des ajustements techniques quand ils révèlent des tensions réelles est trompeur ; les dramatiser quand ils sont mineurs crée des inquiétudes infondées.
Z
Zone grise réglementaire (anticipation des angles). Certaines opérations se situent dans des zones grises réglementaires : investissements étrangers dans des secteurs sensibles, concentration dans des marchés déjà concentrés, golden share, statut particulier de la cible. Ces zones grises sont des angles d’attaque privilégiés pour les adversaires. Les anticiper dans la communication — en exposant leur traitement proactif — désamorce des controverses qui autrement se déclencheraient précisément sur ces sujets.
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