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Dictionnaire 2026 de la Communication de Crise Sanitaire et Pharmaceutique

Sommaire

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A

Alerte prescripteur (canal prioritaire). La communication en crise sanitaire passe en premier par les prescripteurs — médecins, pharmaciens, professionnels de santé — avant le grand public. L’alerte prescripteur prend des formes normées : direct healthcare professional communication (DHPC), lettre aux professionnels de santé, encart dans les revues spécialisées. Sa priorité chronologique n’est pas négociable : informer le grand public avant les prescripteurs qui devront répondre aux questions des patients est une faute professionnelle grave.

ANSM (interlocuteur central). L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé est l’interlocuteur institutionnel central de toute crise pharmaceutique française. Sa communication doit être considérée comme la référence publique dominante : ce qu’elle dit pèse davantage que ce que dit le laboratoire. La stratégie ne peut jamais être de contester l’ANSM, mais d’articuler la communication du laboratoire avec ses positions, en amont autant que possible.

Aveuglement (qualification à éviter). Les études cliniques en aveugle ou en double aveugle sont des protocoles normaux, mais le mot « aveuglement » utilisé en communication grand public sonne mal. Les vulgarisateurs préfèrent « étude en conditions contrôlées » ou « protocole scientifique rigoureux ». L’exactitude technique ne doit pas céder à l’euphémisme, mais la formulation peut choisir les termes les plus lisibles sans trahir la rigueur.

B

Balance bénéfice-risque (concept à expliquer). Le concept de balance bénéfice-risque est au cœur de la médecine et de la régulation pharmaceutique. Sa communication grand public est difficile : dire qu’un médicament a des risques qui ont été acceptés au regard de ses bénéfices sonne cynique pour un patient qui a subi un effet indésirable grave. La pédagogie suppose de reconnaître la douleur individuelle tout en expliquant la logique populationnelle. L’une sans l’autre échoue.

Biais de publication (accusation récurrente). L’accusation selon laquelle un laboratoire n’aurait publié que les études favorables et tu les études défavorables est récurrente en crise pharmaceutique. Elle est difficile à démentir globalement. La réponse qui tient consiste à fournir l’accès complet aux données cliniques — y compris les études non publiées — à un comité indépendant ou à un registre public. Cette transparence radicale est devenue un standard auquel il est de plus en plus difficile d’échapper.

C

Causalité (question délicate). Établir la causalité entre la prise d’un médicament et un effet indésirable est un exercice médical et statistique complexe. En communication, la nuance entre « associé à » et « causé par » est cruciale. Confondre les deux — dans un sens ou dans l’autre — génère soit du déni (« ce n’est qu’une corrélation ») soit de la panique injustifiée. La communication doit adopter le vocabulaire de la pharmacovigilance : signal, association temporelle, imputabilité.

Centre régional de pharmacovigilance (relais à connaître). Les CRPV sont les canaux de remontée des effets indésirables des médicaments. Entretenir avec eux une relation de coopération loyale fait partie de la préparation à froid. En crise, ces centres deviennent des interlocuteurs de référence pour les médias régionaux et pour l’ANSM. Leur appréciation de la qualité de la coopération du laboratoire pèse dans la perception globale du sérieux de la démarche.

Chaîne de froid (défaillance exposée). La rupture de chaîne de froid dans la distribution d’un produit sensible — vaccin, thérapie biologique — peut devenir un sujet public. Sa communication exige une précision factuelle : quels lots concernés, pendant combien de temps, dans quelles conditions de température, avec quel risque pour l’efficacité et la sécurité. Les réponses approximatives amplifient l’inquiétude.

Cohorte exposée (chiffre à communiquer avec soin). Le nombre de personnes exposées à un produit en cause — patients traités, enfants vaccinés, consommateurs ayant ingéré — devient un chiffre central de toute crise sanitaire. Sa publication doit être précise, sourcée, mise à jour. Les approximations à la baisse sont perçues comme des minimisations ; les approximations à la hausse alarment inutilement. La rigueur chiffrée est la base minimale de crédibilité.

Commission d’évaluation (avis sensible). Les commissions d’évaluation de l’ANSM (commission de pharmacovigilance, commission d’évaluation initiale du rapport bénéfice-risque) émettent des avis qui peuvent infléchir une crise. Leur composition, leur méthodologie, leurs conflits d’intérêts potentiels font l’objet d’un intérêt médiatique particulier en situation de crise. La communication du laboratoire ne peut pas contester la légitimité d’une commission sans se décrédibiliser.

Communication de réassurance (piège du ton). Quand un produit est remis en cause, la communication de réassurance — « votre médicament reste sûr dans les conditions d’utilisation prévues » — est nécessaire mais périlleuse. Trop appuyée, elle peut être retournée par un nouvel effet indésirable grave. Trop nuancée, elle inquiète inutilement. Le ton juste reconnaît la préoccupation légitime, rappelle les données disponibles, et renvoie au médecin traitant pour toute question personnelle.

Contrefaçon (menace croissante). Les contrefaçons de médicaments circulent de plus en plus, notamment via des canaux numériques non autorisés. Leur communication par le laboratoire victime doit gérer deux messages simultanés : alerter sur le risque sans stigmatiser les patients qui auraient acheté sans le savoir, coopérer avec les autorités sans révéler les mécanismes d’identification qui aideraient les contrefacteurs.

Continuité de traitement (préoccupation prioritaire). Dans une crise où un médicament est retiré ou contesté, la continuité du traitement des patients en cours est la préoccupation absolument prioritaire — même avant les enjeux réputationnels ou financiers. La communication doit organiser l’information sur les alternatives thérapeutiques, l’accompagnement médical du changement, la gestion des stocks. Un patient qui interrompt brutalement son traitement sur la foi d’une communication mal calibrée peut voir son état se dégrader gravement.

D

Déclaration d’intérêts (transparence structurante). La déclaration des liens d’intérêts — des experts consultés, des leaders d’opinion mobilisés, des médecins investigateurs, des dirigeants — est devenue un standard de transparence dans le secteur pharmaceutique. Toute crise sanitaire fait ressortir les déclarations d’intérêts pertinentes. Les opacités ou les omissions deviennent des angles d’attaque majeurs. La transparence complète en amont est préférable à la transparence forcée.

Dispositif médical (réglementation distincte). Les dispositifs médicaux obéissent à une réglementation distincte de celle des médicaments — directive puis règlement européens, marquage CE, notification aux autorités. Confondre les deux cadres réglementaires en communication est une erreur technique qui décrédibilise. Les crises de dispositifs médicaux (implants défectueux, pompes à insuline, prothèses) ont leur vocabulaire propre qu’il faut maîtriser.

Données cliniques (accès à négocier). L’accès aux données cliniques complètes — y compris celles non publiées — est une demande récurrente des ONG, des chercheurs indépendants, des médias d’investigation. En crise, cette demande devient pressante. La politique d’accès aux données doit avoir été définie à froid : qui peut accéder à quoi, dans quelles conditions, avec quelles garanties de confidentialité des patients. Improviser en crise expose à des incohérences désastreuses.

E

EMA (dimension européenne). L’Agence européenne du médicament est l’interlocuteur régulateur européen. Dans les crises qui dépassent le cadre national, la communication doit être coordonnée entre les autorités nationales (ANSM en France, BfArM en Allemagne, AIFA en Italie) et l’EMA. Les divergences de positions entre régulateurs nationaux sur un même produit peuvent exister et créent des difficultés communicationnelles particulières que le laboratoire doit savoir traverser.

Effet indésirable grave (qualification juridique). La qualification d’un événement comme effet indésirable grave — décès, hospitalisation, incapacité, anomalie congénitale, mise en jeu du pronostic vital — déclenche des obligations de notification précises. Sa communication publique doit respecter à la fois la terminologie technique de la pharmacovigilance et l’exigence d’intelligibilité pour le grand public. Aucune minoration du qualificatif « grave » n’est acceptable quand il s’applique.

Établissement de santé (communication en chaîne). Dans les crises qui impliquent des hôpitaux — infection nosocomiale, erreur médicale, défaut de matériel —, la communication mobilise plusieurs acteurs : direction de l’établissement, ARS, ministère, organisations professionnelles. La coordination entre ces voix est indispensable. L’hôpital qui communique seul, contre ou en décalage avec les autorités, abîme sa position sans gagner sur le fond.

Étude post-commercialisation (engagement de long terme). Les études post-commercialisation — pharmacovigilance active, études de phase IV, registres de patients — sont des engagements que le laboratoire prend vis-à-vis des autorités. Leur conduite, leurs résultats, leur calendrier deviennent matière communicationnelle en cas de crise. Les engagements non tenus sur les études post-commercialisation sont une circonstance aggravante majeure.

Expertise indépendante (caution recherchée). Dans une crise pharmaceutique, la parole d’experts indépendants — académiciens, sociétés savantes, cliniciens non liés au laboratoire — pèse davantage que celle de l’industriel lui-même. Les identifier à froid, entretenir avec eux un dialogue scientifique respectueux, ne pas tenter de les instrumentaliser, fait partie de la préparation. Leur voix, si elle est sollicitée en crise et qu’elle reste indépendante, peut être déterminante.

F

Faute médicale (terrain à distinguer). Quand une crise implique potentiellement une faute médicale individuelle dans un établissement, la communication doit soigneusement distinguer les plans : la responsabilité du produit, la responsabilité du prescripteur, la responsabilité de l’établissement. Mélanger les plans protège mal et confond les publics. Chaque acteur doit assumer sa part avec son vocabulaire propre.

Fédération professionnelle (relais sectoriel). Les fédérations professionnelles du secteur pharmaceutique (LEEM en France, EFPIA au niveau européen) peuvent être des relais utiles pour contextualiser une crise au-delà du seul laboratoire concerné. Leur mobilisation doit être mesurée : une défense corporative trop visible se retourne en accusation de solidarité coupable du secteur. L’aide sectorielle est plus efficace quand elle porte sur les faits techniques partagés que sur la défense d’un acteur particulier.

G

Générique (comparaison évitable). Lorsqu’un générique et un princeps sont comparés médiatiquement — interchangeabilité, bioéquivalence, effets secondaires différents —, la communication du laboratoire en cause doit éviter d’entrer dans la guerre princeps-générique qui rarement profite à quiconque. La posture scientifique, centrée sur les données réelles plutôt que sur les préférences commerciales, protège mieux.

Génotoxicité (sujet technique sensible). Les signaux de génotoxicité — capacité d’un produit à endommager l’ADN — touchent à la peur archaïque des mutations, du cancer, des malformations. Leur communication doit être particulièrement précise, techniquement rigoureuse, et pédagogique. Les vulgarisations hâtives (« ça cause le cancer ») comme les minimisations (« aucun risque avéré ») produisent des effets catastrophiques. Ce sujet exige un registre scientifique patient.

H

HAS (avis de transparence). La Haute Autorité de Santé émet des avis qui orientent le remboursement et les recommandations de pratique. Ses décisions — service médical rendu, amélioration du service médical rendu — ont des conséquences communicationnelles majeures. Les contestations publiques des avis HAS par un laboratoire sont mal perçues ; les infléchir se fait par le dialogue scientifique et administratif, pas par la pression médiatique.

Hémovigilance (cas particulier sanguin). Les crises touchant aux produits sanguins ont une dimension historique forte en France (affaire du sang contaminé) qui reste présente dans la mémoire collective. Toute communication sur les produits sanguins ou dérivés doit être particulièrement soignée, avec une conscience explicite de cet héritage et une exigence de transparence qui dépasse les standards habituels.

I

Incidence (chiffre à contextualiser). L’incidence d’un effet indésirable (nombre de cas / nombre de patients exposés) est un chiffre qui peut être présenté de multiples manières — pour 100 000 patients, pour 1 000 000 de prises, en comparaison avec la population non exposée. La présentation influence l’interprétation. La communication doit choisir une présentation qui ne minimise pas mais qui contextualise, sans jouer sur les unités pour masquer l’ampleur.

Information médicale (canal professionnel). Le service d’information médicale du laboratoire, interlocuteur des professionnels de santé pour toute question sur un produit, joue un rôle communicationnel renforcé en crise. Ses messages doivent être parfaitement alignés avec les communications publiques et avec les positions des autorités. Une incohérence entre ce que dit le service d’information médicale à un médecin et ce que dit le communiqué de presse est immédiatement détectée par le corps médical.

Investigateur principal (voix experte). L’investigateur principal des essais cliniques d’un produit peut devenir une voix publique en cas de crise, soit pour défendre le produit, soit pour exprimer des doutes. Sa relation avec le laboratoire est sensible : il est indépendant scientifiquement mais a été associé au développement. Sa parole doit être respectée sans être instrumentalisée.

J

Justice de santé publique (terrain spécifique). Les contentieux de santé publique — actions collectives de victimes, plaintes avec constitution de partie civile, commissions d’enquête parlementaires — ont un registre médiatique propre, mêlant douleur individuelle et enjeu collectif. La communication d’un laboratoire face à ce registre doit reconnaître la souffrance des plaignants sans préjuger des qualifications juridiques, tout en contestant scientifiquement quand les données le permettent.

L

Laboratoire de référence (expertise externe). Les laboratoires de référence — universitaires, publics, sociétés savantes — peuvent être saisis pour confirmer ou infirmer des analyses. Leurs conclusions deviennent des éléments médiatiques majeurs. Le laboratoire industriel ne peut pas contester leurs résultats sans perdre en crédibilité ; il peut en revanche discuter scientifiquement la méthodologie, proposer des contre-expertises, demander une réplication.

Lanceur d’alerte médical (profil sensible). Les lanceurs d’alerte médicaux — médecin qui signale des effets indésirables, pharmacien qui refuse de dispenser, chercheur qui publie contre son propre laboratoire — bénéficient d’une crédibilité renforcée par leur statut professionnel. Les attaquer est impossible ; les comprendre et répondre sur le fond est la seule voie. Leur traitement historique dans certaines affaires (Servier-Mediator) reste un contre-exemple mémorable.

Lettre aux professionnels (format réglementé). La lettre aux professionnels de santé — DHPC en anglais — est un format réglementé dont le contenu est souvent validé par les autorités. Son timing, sa tonalité, sa précision sont scrutés. Une lettre trop défensive est mal perçue par le corps médical ; une lettre trop alarmiste crée des désengagements thérapeutiques disproportionnés. Le juste équilibre se construit avec les autorités.

M

Maladie orphelines (cadre particulier). Les médicaments de maladies rares (orphelins) relèvent d’un cadre communicationnel particulier : petites populations, patients très informés et organisés, relations étroites entre laboratoires et associations. Une crise sur un médicament orphelin se joue dans un écosystème restreint où les équilibres sont fragiles. Les mouvements brutaux sont particulièrement sanctionnés par une communauté soudée.

Médiation sanitaire (dispositif à proposer). La mise en place d’un dispositif de médiation sanitaire — instance indépendante pour l’examen des cas individuels, accompagnement des victimes, coordination avec les autorités — est souvent attendue en cas de crise grave. Son annonce doit être précise (gouvernance, périmètre, moyens) pour ne pas apparaître comme un paravent. Les médiations mal conçues s’enlisent et amplifient la crise plutôt qu’elles ne la résolvent.

Médicament d’urgence (cadre exceptionnel). Les médicaments mis sur le marché en urgence (autorisation conditionnelle, autorisation temporaire d’utilisation, accès précoce) obéissent à des règles et des communications spécifiques. La communication doit expliquer le cadre exceptionnel, les données disponibles malgré l’urgence, les engagements de suivi post-commercialisation. La confusion entre un médicament en accès précoce et un médicament standard est source d’incompréhension grave.

N

Notification d’effets indésirables (obligation permanente). L’obligation de notifier tout effet indésirable grave est permanente et structure la communication interne du laboratoire. En période de crise, le respect scrupuleux de cette obligation est une protection juridique et communicationnelle. Tout retard ou omission de notification devient un grief supplémentaire qui se cumule au grief initial sur le produit.

O

Observance (sujet à manier délicatement). L’observance — suivi du traitement par les patients — est une variable que les laboratoires doivent communiquer prudemment. Accuser implicitement les patients de mauvaise observance pour expliquer des échecs thérapeutiques ou des effets indésirables est perçu comme une défense cynique. Les discussions sur l’observance doivent s’inscrire dans un dialogue constructif avec les prescripteurs, pas dans une défense corporative.

Opération de retrait (logistique communicationnelle). Une opération de retrait de lots — quels lots, où, comment, avec quelle indemnisation — doit être communiquée avec une précision logistique absolue. Les patients et les pharmaciens ont besoin d’instructions pratiques, pas de discours corporate. Le ton doit être celui du service client renforcé, pas celui du communiqué défensif.

P

Patient traceur (témoignage individuel). Un patient particulier dont l’histoire devient le cas emblématique d’une crise — souvent appelé patient traceur dans les médias — incarne la dimension humaine. Sa parole pèse plus que mille chiffres. La communication ne peut pas répondre à son cas spécifique sans violer le secret médical, et ne peut pas l’ignorer sans paraître indifférente. La posture qui tient consiste à reconnaître la souffrance, rappeler la disponibilité du laboratoire pour un dialogue individualisé et médicalement encadré, et ne pas entrer dans un débat public sur son cas.

Pharmacovigilance (discipline structurante). La pharmacovigilance est la discipline qui structure toute la gestion post-commercialisation des médicaments. Sa communication — publique ou à destination des professionnels — exige un respect absolu du vocabulaire normé (signal, imputabilité, notification, réévaluation du rapport bénéfice-risque). Dévier de ce vocabulaire, même pour vulgariser, envoie des signaux négatifs à la communauté scientifique et régulatrice.

Placebo (concept à vulgariser prudemment). Le placebo et l’effet placebo sont des concepts scientifiques qui, mal vulgarisés, peuvent devenir des arguments contre les patients (« c’est dans la tête »). La communication doit utiliser ces concepts avec une grande délicatesse : oui, les essais cliniques contre placebo sont nécessaires ; non, les effets indésirables rapportés ne sont pas « imaginaires ». Les deux affirmations doivent coexister sans se contredire.

Plan de gestion de risque (document de cadrage). Le plan de gestion de risque déposé auprès des autorités lors de l’AMM devient un document opposable en cas de crise : a-t-il été respecté, les risques identifiés ont-ils été suivis, les mesures prévues ont-elles été déployées. La communication doit s’y référer scrupuleusement. Les divergences entre le plan de gestion de risque et la pratique réelle sont des arguments à charge majeurs.

Protocole thérapeutique (référence médicale). Les protocoles thérapeutiques validés — recommandations de sociétés savantes, avis HAS, conférences de consensus — constituent la référence médicale. En crise, s’appuyer sur ces protocoles pour rappeler les bonnes pratiques d’utilisation est plus solide que des arguments commerciaux. La communication doit reconnaître l’autorité de ces protocoles et, si nécessaire, proposer leur révision dans un cadre scientifique approprié.

Q

Qualité pharmaceutique (défaillance à assumer). Les défaillances de qualité pharmaceutique — contamination d’un lot, défaut de stérilité, erreur de dosage, problème d’excipient — doivent être assumées immédiatement. La tentation de minimiser ou de retarder l’annonce est la plus dangereuse de toutes : une fois la défaillance confirmée par les autorités, le retard devient le scandale dans le scandale.

R

Rappel de lot (acte opérationnel et communicationnel). Le rappel de lot est simultanément un acte logistique et un acte communicationnel majeur. Sa réussite opérationnelle — retirer effectivement les boîtes des pharmacies et des domiciles — conditionne sa crédibilité communicationnelle. Un rappel annoncé mais mal exécuté devient un deuxième scandale, sur le thème de l’incompétence ou de la mauvaise foi.

Réévaluation du rapport bénéfice-risque (procédure formelle). La procédure de réévaluation du rapport bénéfice-risque par l’ANSM ou l’EMA est un moment formel dont la communication doit être précisément calibrée. Le laboratoire peut défendre son produit avec des arguments scientifiques solides, mais il ne peut pas contester la légitimité de la procédure elle-même. L’acceptation du processus fait partie de la crédibilité maintenue.

Rémunération des médecins (sujet lourd). Les rémunérations versées par un laboratoire à des médecins — consultations, formations, congrès, études — sont un sujet récurrent de contestation. En situation de crise sur un produit, ces rémunérations ressortent presque systématiquement. La transparence en amont (publication sur la base Transparence santé) est la seule protection efficace ; les opacités découvertes sous pression amplifient la crise.

Retrait d’AMM (décision radicale). Le retrait de l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament est une décision qui peut être prononcée par les autorités ou sollicitée par le laboratoire lui-même. Dans les deux cas, sa communication doit expliquer les raisons scientifiques, les alternatives thérapeutiques, le calendrier d’arrêt. Contester publiquement un retrait d’AMM prononcé par les autorités est presque toujours perdu médiatiquement.

S

Santé publique (cadre au-dessus de l’entreprise). La santé publique est un cadre moral et juridique qui surplombe les intérêts d’un laboratoire particulier. Toute communication qui semble placer les intérêts commerciaux au-dessus des intérêts de santé publique est immédiatement retournée. La formulation de principe — « la santé des patients est notre priorité absolue » — doit être soutenue par des actes observables, pas simplement affirmée.

Signal de pharmacovigilance (processus à respecter). Un signal de pharmacovigilance est une hypothèse naissante d’association entre un produit et un événement indésirable. Son statut est précis : il n’est ni une confirmation ni un démenti, il ouvre une investigation. Communiquer sur un signal exige de respecter ce statut probabiliste sans le transformer en certitude rassurante ou alarmante. La rigueur du vocabulaire est une discipline permanente.

Société savante (caution scientifique). Les sociétés savantes médicales — cardiologie, oncologie, pédiatrie, gynécologie — émettent des positions qui pèsent sur l’interprétation d’une crise. Leur soutien ou leur silence sont des signaux forts. Le dialogue avec les sociétés savantes doit être construit dans la durée, hors contexte de crise ; tenter de les mobiliser uniquement quand on en a besoin est une démarche perçue comme instrumentale.

Stock de sécurité (préoccupation opérationnelle). Les stocks de sécurité de médicaments essentiels sont une préoccupation majeure depuis les crises d’approvisionnement des années 2020-2023. Leur communication — niveau des stocks, durée d’autonomie, plans de substitution — est devenue un sujet sensible. Les ruptures d’approvisionnement peuvent générer des crises communicationnelles à part entière, distinctes des crises sur les propriétés pharmacologiques du produit.

T

Temporalité de signal (séquence informative). Un signal de sécurité traverse plusieurs temporalités : première alerte, confirmation, investigation, évaluation réglementaire, décision, communication. La communication publique doit respecter ces temporalités sans les court-circuiter. Annoncer prématurément une décision régulatrice avant qu’elle ne soit prise est une faute grave ; retarder l’annonce d’une décision déjà prise est une faute symétrique.

Terme scientifique (précision obligatoire). Le vocabulaire scientifique doit être utilisé avec précision même dans les communications grand public : « efficacité » n’est pas « effectivité », « prévalence » n’est pas « incidence », « risque relatif » n’est pas « risque absolu ». Les confusions sémantiques sont immédiatement relevées par les médias spécialisés et les associations de patients éclairés. La précision est une forme de respect des publics informés.

Transparence des données (standard émergent). La transparence des données cliniques — publication des études négatives, accès des chercheurs indépendants aux données brutes, ouverture des registres — est devenue un standard émergent attendu par les régulateurs et les patients. Communiquer sur cette transparence (au-delà de la proclamation) exige des actes : plateformes de partage, politiques d’accès, engagement documenté.

V

Vaccinovigilance (cas particulier). La vaccinovigilance a pris depuis la crise COVID-19 une dimension médiatique considérable. Toute crise sur un vaccin mobilise des communautés militantes pro et anti qui polarisent rapidement la discussion. La communication ne peut pas gagner dans ce champ polarisé ; elle doit s’en tenir à la rigueur scientifique, à la transparence, et à la coopération institutionnelle, en acceptant que certaines voix resteront inatteignables.

Vigilance industrielle (obligation continue). Les obligations de vigilance industrielle — matériovigilance, hémovigilance, pharmacovigilance, réactovigilance — structurent la vie post-commercialisation d’un produit de santé. Leur respect scrupuleux n’est pas seulement une obligation légale : c’est l’argument central qui protège un laboratoire en cas de crise. Une entreprise qui peut démontrer la qualité continue de ses processus de vigilance dispose d’une défense structurelle que rien ne remplace.

Z

Zone grise thérapeutique (usage hors AMM). L’usage de médicaments hors autorisation de mise sur le marché est une zone grise fréquente en médecine. Quand une crise survient sur un usage hors AMM, la communication doit soigneusement distinguer la responsabilité du laboratoire (qui a respecté ses autorisations) et celle des prescripteurs (qui ont exercé leur liberté thérapeutique). Cette distinction doit être faite sans désigner les prescripteurs, mais en rappelant le cadre juridique et scientifique des usages.

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