FAQ - Communication de crise

Un réveil brutal

licenciement

Condamnée pour pollution environnementale en 2021, votre usine est devenue la championne toutes catégories de la multinationale que vous dirigez. Votre dernier coup fumant. Quelle stratégie de communication de crise allez-vous déployer afin de protéger votre image de dirigeant et la réputation de vos usines ?

Le 21 décembre 2022, dans les 38 usines d’assemblage et les centaines d’édifices ou bureaux que vous possédez dans le monde, 429 000 visages sont tournés vers une légion de téléviseurs. Puis les écrans, s’illuminent et une image apparaît, retransmise par internet aux collaborateurs. C’est celle d’un homme à l’air sévère, portant costume bleu marine, chemise blanche et cravate noire. Cet homme c’est vous, 58 ans, PDG du groupe en question, et vous avez de mauvaises nouvelles.

Vous avez le teint livide, les traits tirés. Derrière vos lunettes doubles foyers, vos yeux se sont tapis au fond de leurs orbites. Juste au-dessus, vos sourcils broussailleux, rigoureusement froncés, montent la garde. Après de courtes salutations, vous annoncez stoïquement que l’entreprise fermera 21 de ses usines et fera disparaître 80 000 emplois au cours des quatre prochaines années. En 2025, votre groupe n’emploiera plus qu’environ 350 000 personnes, 50 % de moins qu’en 2021.

La direction générale de votre entreprise n’avait pas le choix avec des pertes de 4,5 milliards de dollars en 2021. Cela équivaut à 15 millions de dollars par jour. Sans les 2,1 milliards de dollars (US) de bénéfices de vos filiales, votre groupe aurait subi une raclée d’environ 9 milliards de dollars américains l’an dernier. Un bilan carrément apocalyptique.

Vous y dévoilez une série de mesures draconiennes. Le Président que vous êtes, annonce, entre autres, la fermeture d’un premier groupe de 12 usines en Amérique et la disparition de 16 200 emplois. Plusieurs usines américaines y passeront avant 2025, mais aussi deux usines situées en France. Bilan: 2 300 emplois de moins. D’autres usines sont, elles, «en instance d’évaluation».

Devant ses 3 825 employés, l’un de vos directeurs d’usine, un anglais, avait mis les points sur les «i». Après avoir évoqué la faible productivité et le niveau de qualité lamentable de la production, il leur lança: «Vous êtes des cancres et des paresseux ! Vous n’avez aucun avenir. Si vous ne profitez pas de la convention collective, vous allez vous retrouver sur le carreau ».

«Je ne sais pas si les gens ont compris à quel point l’usine frôle la fermeture. Le Groupe n’a aucune raison au monde de la maintenir en activité, c’est vraiment une de ses pires usines», affirme le directeur de l’usine qui est arrivé en France chargé d’une mission difficile. Ses ordres étaient clairs: «On m’a dit qu’il fallait que l’usine décroche des nouveaux contrats, sinon elle allait fermer».

Une telle annonce ne s’est pas faite sans pleurs ni grincements de dents. Comment se réjouir aussi quand on sait que seulement 2 700 des 3 200 salariés, qui étaient là l’an dernier vont revenir au travail ?

Le redressement

Dans sa quête de qualité et de productivité, l’usine en question a profité de l’aide d’un groupe d’ingénieurs créé pour résoudre les graves problèmes de qualité. Une sorte d’escouade tactique de la qualité. L’opération a d’ailleurs été surnommée «The Blitz» et elle dispose de fonds considérables.

Les années d’opulence sont terminées pour votre groupe. Votre part du marché américain oscille désormais entre 30 et 35 % alors qu’elle était de 46 % en 2009.

Le réveil brutal de votre groupe survient longtemps après celui de vos rivales, qui ont déjà risqué la faillite au début des années 2010. La première concurrente a réduit sa main-d’oeuvre et augmenta la productivité de ses usines. La seconde concurrente a multiplié les acquisitions.

Votre Mandat est clair: vous devez faire de votre entreprise un groupe inventif, efficace et productif. La matière grise et l’huile de bras sont maintenant ses ressources les plus précieuses et abondantes. Quant à l’usine malmenée par son directeur, l’équipe en place a prouvé sa valeur en temps de crise : peut-être un bon exemple à montrer aux travailleurs d’ailleurs ? Voila une pilule que les fiers travailleurs trouveront sans doute amère vu le nombre de licenciés.