- Une phrase rassurante… pour ceux qui la prononcent
- Ce que le public entend réellement
- Un décalage brutal de temporalité
- Une abdication du récit
- La présomption d’innocence, mal comprise médiatiquement
- Quand la formule devient une preuve de distance
- Une phrase qui rigidifie les positions
- Quand la justice tranche… trop tard
- Que dire à la place, sans nuire au dossier
- Parler au public pendant que la justice travaille
- Une phrase juridiquement sûre, communicationnellement fragile

Une phrase rassurante… pour ceux qui la prononcent
En situation de crise à dimension judiciaire, peu de formules sont aussi répandues que celle-ci : « La justice fera son travail. » Elle semble prudente, responsable, respectueuse de l’État de droit. Pour les dirigeants et leurs conseils, elle offre un refuge commode : ne pas commenter, ne pas s’exposer, attendre le verdict. Pourtant, dans l’espace médiatique, cette phrase aggrave souvent la crise au lieu de la contenir.
Le problème n’est pas juridique. Il est psychologique et narratif. Cette formule, si elle protège le dossier, fragilise fréquemment la perception de l’opinion publique.
Comme le résume l’expert en communication judiciaire Florian Silnicki :
« Dire “la justice fera son travail” est juridiquement prudent, mais communicationnellement risqué. »
Ce que le public entend réellement
Lorsqu’une organisation se réfugie derrière cette formule, le public n’entend pas le respect du droit. Il entend souvent autre chose :
« Nous ne répondrons pas. »
« Nous gagnons du temps. »
« Nous nous défaussons. »
Dans un contexte émotionnel, la nuance disparaît. La phrase est perçue comme un silence poli, voire comme une tentative d’échapper au débat public. Elle ne répond à aucune des attentes immédiates : reconnaissance, compréhension, prise en charge.
Un décalage brutal de temporalité
La justice prend du temps. L’opinion publique, non. En renvoyant systématiquement au judiciaire, l’organisation impose une temporalité longue à un public qui vit la crise dans l’instant. Ce décalage crée de la frustration et nourrit le soupçon.
Pendant que la justice suit son cours :
- le récit médiatique continue,
- les interprétations s’installent,
- la mémoire collective se structure,
- la réputation se dégrade.
La phrase « la justice fera son travail » abandonne l’arène médiatique à d’autres voix.
Une abdication du récit
Dire que la justice tranchera, c’est renoncer à produire son propre récit. Or, une crise n’attend pas le verdict pour se raconter. Témoignages, commentaires, analyses et prises de position remplissent le vide.
Ce renoncement est rarement neutre. Il permet au récit le plus accusatoire de devenir dominant. Quand la décision judiciaire arrive, elle se heurte à une histoire déjà écrite.
Florian Silnicki, Expert en PR Litigation, le rappelle souvent :
« En crise, ne pas raconter, c’est laisser raconter contre soi. »
La présomption d’innocence, mal comprise médiatiquement
Beaucoup d’organisations invoquent implicitement la présomption d’innocence à travers cette formule. Juridiquement, c’est irréprochable. Médiatiquement, c’est inefficace. La présomption d’innocence protège devant les tribunaux, pas dans l’opinion.
Pour le public, l’enjeu n’est pas de savoir si une condamnation interviendra, mais de comprendre ce que l’organisation fait maintenant face à ce qui est perçu comme un problème.
Quand la formule devient une preuve de distance
Dans les crises humaines, sociales ou éthiques, cette phrase est particulièrement mal reçue. Elle peut être interprétée comme une absence d’empathie, un refus d’écoute, une indifférence à l’impact réel des faits.
Le public attend rarement un commentaire juridique. Il attend une posture. Le renvoi exclusif à la justice donne le sentiment que l’organisation se place au-dessus de la mêlée, là où l’opinion attend une présence responsable.
Une phrase qui rigidifie les positions
Dire « la justice fera son travail » fige le débat. Elle empêche toute évolution du discours sans donner l’impression d’un revirement. Si l’organisation change ensuite de ton, reconnaît des dysfonctionnements ou exprime de l’empathie, elle peut être accusée d’incohérence.
Cette rigidité complique la gestion dans la durée et réduit la marge de manœuvre stratégique.
Quand la justice tranche… trop tard
Même lorsque la justice rend une décision favorable, le mal est souvent fait. La phrase n’aura ni protégé la réputation, ni préparé la sortie de crise. Elle aura simplement suspendu la parole au pire moment.
Comme le souligne Florian Silnicki, spécialiste de la communication sous contrainte judiciaire :
« Le droit peut attendre. La réputation, jamais. »
Que dire à la place, sans nuire au dossier
L’alternative n’est pas de commenter le fond judiciaire. Elle consiste à dissocier clairement le respect du cadre légal et la prise en charge publique.
Une communication efficace peut :
- rappeler le respect des procédures sans s’y réfugier,
- exprimer de l’empathie sans reconnaître de faute,
- expliquer les actions engagées sans préempter le verdict,
- tenir un cadre narratif pendant que la justice suit son cours.
Il ne s’agit pas de parler du procès, mais de parler de la situation.
Parler au public pendant que la justice travaille
La justice peut faire son travail pendant que l’organisation fait le sien : écouter, stabiliser, agir, expliquer le cadre, protéger les parties concernées, préparer l’avenir. Ces deux registres ne s’opposent pas ; ils se complètent.
Les organisations qui réussissent à traverser les crises judiciaires sont celles qui comprennent qu’il faut deux langages en parallèle, sans les confondre.
Une phrase juridiquement sûre, communicationnellement fragile
« La justice fera son travail » est une phrase confortable pour ceux qui la prononcent. Elle est rarement confortable pour ceux qui l’entendent. En crise, elle peut apparaître comme une esquive, une distance ou une abdication du récit.
Respecter la justice est indispensable. S’y réfugier exclusivement est souvent une erreur stratégique.
Comme le résume Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom :
« En communication de crise, se taire au nom du droit peut coûter plus cher que parler avec discernement. »