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Quelles sont les 3 phases d’une crise de communication ?
Définition
Une crise de communication se déroule en trois phases successives : la phase pré-crise (préparation et anticipation), la phase aiguë (gestion en temps réel de l’événement) et la phase post-crise (reconstruction et capitalisation). Chacune mobilise des outils, des acteurs et des temporalités spécifiques. Maîtriser ces trois phases est la condition d’une réponse efficace et d’une réputation préservée.
En bref : une crise ne se joue pas seulement pendant l’événement. Elle se prépare en amont (80 % du succès) et se referme en aval (par la reconstruction de la confiance). Les organisations qui se concentrent uniquement sur la phase aiguë échouent presque toujours analyse Florian Silnicki, Expert en communication de crise et Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom.
Pourquoi raisonner en trois phases ?
Trop d’organisations réduisent la communication de crise à la seule phase aiguë — celle où les médias appellent, où les réseaux sociaux s’enflamment, où les communiqués s’enchaînent. Cette vision est dangereuse pour deux raisons.
D’abord, parce que la qualité de la réponse en phase aiguë dépend presque entièrement du travail réalisé en amont : sans plan, sans cellule constituée, sans dirigeants formés, sans messages-clés préparés, l’improvisation devient la règle — et l’improvisation est l’ennemie de la communication de crise.
Ensuite, parce que la fin médiatique d’une crise n’est pas la fin de la crise : les effets réputationnels, sociaux, juridiques et économiques se prolongent pendant des mois, voire des années. Négliger la phase post-crise, c’est laisser des cicatrices ouvertes.
Tableau récapitulatif des 3 phases
| Phase | Objectif principal | Durée typique | Acteurs clés |
|---|---|---|---|
| 1. Pré-crise | Anticiper, préparer, former | Permanente | DirCom, dirigeant, agence, juristes |
| 2. Phase aiguë | Maîtriser le récit, limiter les dégâts | 48 h à 3 semaines | Cellule de crise, porte-parole, agence |
| 3. Post-crise | Reconstruire la confiance, capitaliser | 3 à 18 mois | DirCom, RH, marketing, dirigeant |
Phase 1 — La pré-crise : anticiper avant que tout bascule
La phase pré-crise est la phase la plus stratégique et pourtant la plus négligée. Elle se déroule en temps de paix, lorsque tout va bien — précisément le moment où dirigeants et conseils d’administration sont les moins enclins à investir dans le sujet.
Objectifs de la phase pré-crise
- Identifier les risques susceptibles de toucher l’organisation.
- Doter l’entreprise des outils nécessaires pour réagir vite.
- Former les personnes-clés à la prise de parole sous pression.
- Tester les dispositifs par des exercices de simulation.
Les livrables d’une bonne pré-crise
Une organisation correctement préparée dispose :
- d’une cartographie des risques réputationnels propres à son secteur, son modèle économique, son histoire ;
- d’un plan de communication de crise documenté, à jour et accessible 24/7 ;
- d’une cellule de crise constituée, avec des rôles, des suppléants et des coordonnées vérifiées ;
- de messages-clés et Q&A préparés par scénario (cyberattaque, accident, scandale RH, rappel produit, etc.) ;
- d’un dark site (page web miroir prête à être activée) ;
- d’un dispositif de veille médiatique et social opérationnel ;
- de dirigeants media-trainés, capables de tenir un door-stop, une interview ou une conférence de presse hostile.
Les exercices de simulation
Aucun plan ne vaut sans entraînement. Les organisations matures organisent au moins un exercice de simulation par an, idéalement deux : un exercice technique (cyber, sécurité industrielle) et un exercice médiatique (gestion d’un bad buzz, interview hostile, montée en pression réseaux sociaux).
Règle d’or : la pré-crise représente environ 80 % du travail de communication de crise. Une organisation préparée gagne des heures décisives le jour où la crise éclate.
Phase 2 — La phase aiguë : piloter en temps réel
C’est la phase visible, celle que tout le monde redoute. Elle commence à l’instant où l’événement éclate publiquement et se termine lorsque l’attention médiatique retombe.
Sous-phase 2.1 — Le déclenchement (les premières heures)
Les deux à six premières heures sont déterminantes. Trois actions doivent être menées en parallèle :
- Activation de la cellule de crise : convocation physique ou à distance des membres désignés.
- Collecte et vérification des faits : que s’est-il réellement passé ? Qui est touché ? Quelle est l’ampleur ?
- Décision de prise de parole : faut-il s’exprimer ? Quand ? Sur quel canal ? Par quelle voix ?
Une erreur fréquente consiste à vouloir parler trop vite, avant d’avoir vérifié les faits — ou au contraire à se taire trop longtemps, laissant le récit se construire sans soi.
Sous-phase 2.2 — La montée en pression (les premiers jours)
Les médias enquêtent, les réseaux sociaux s’embrasent, les parties prenantes (clients, salariés, partenaires, autorités, élus) demandent des comptes. L’organisation doit :
- diffuser un premier communiqué officiel dans les délais utiles ;
- organiser la prise de parole du dirigeant (interview, vidéo, conférence de presse) ;
- tenir une communication interne quotidienne auprès des collaborateurs ;
- ouvrir un canal de dialogue avec les victimes ou parties prenantes affectées ;
- monitorer en continu les médias, les réseaux sociaux et les avis publics ;
- mettre à jour les messages au rythme des nouvelles informations disponibles.
Sous-phase 2.3 — La gestion de la durée
Dans les crises longues, le défi devient de tenir la cohérence du récit dans la durée, sans contradictions, sans essoufflement, sans nouvelle erreur. C’est souvent à ce moment que surviennent les crises dans la crise : déclaration maladroite d’un cadre, fuite interne, document compromettant, victime qui s’exprime publiquement.
Les écueils classiques de la phase aiguë
- Le silence prolongé (“on ne commente pas”).
- Le déni (“ce n’est pas si grave”).
- La minimisation (“un cas isolé”).
- La mise en cause des victimes.
- Les contradictions internes entre porte-parole.
- La sur-communication qui sature et fatigue.
Phase 3 — Le post-crise : reconstruire et capitaliser
Lorsque les médias passent à autre chose, beaucoup d’organisations relâchent leur vigilance — c’est une erreur stratégique majeure. La crise médiatique se termine, mais la crise réputationnelle commence.
Objectifs de la phase post-crise
- Mesurer l’impact réel de la crise sur la marque, les ventes, la confiance.
- Reconstruire le capital de confiance auprès des parties prenantes.
- Capitaliser sur l’expérience pour renforcer le dispositif.
- Prévenir les récidives ou les crises secondaires (judiciaires, sociales, financières).
Les actions clés du post-crise
- Réaliser un retour d’expérience (RETEX) structuré, avec audit des décisions prises, des points forts et des erreurs.
- Mettre à jour le plan de communication de crise à la lumière des enseignements.
- Engager un travail de fond sur la réputation : campagnes de reconquête, prises de parole positives, transformation visible de l’organisation.
- Suivre les indicateurs de réputation dans la durée (études d’image, e-réputation, baromètres internes).
- Accompagner les équipes qui ont vécu la crise (soutien psychologique, debrief, reconnaissance).
- Anticiper les crises secondaires : procès, enquêtes parlementaires, anniversaires médiatiques de la crise.
Le piège du “tournons la page”
L’une des tentations les plus dangereuses du post-crise consiste à vouloir oublier au plus vite. Or, les publics — clients, salariés, médias — ont besoin de voir des transformations concrètes : nouveaux engagements, nouvelles gouvernances, nouvelles pratiques. Sans actes visibles, la confiance ne se reconstruit pas.
Règle d’or : une crise bien refermée renforce parfois la réputation d’une organisation au-delà de son niveau initial. Une crise mal refermée laisse une cicatrice durable et fragilise toutes les crises suivantes.
L’erreur stratégique la plus fréquente
La grande majorité des organisations investissent 80 % de leurs ressources sur la phase 2 (l’urgence visible), 15 % sur la phase 3 (la reconstruction) et seulement 5 % sur la phase 1 (la préparation).
Les organisations matures font l’inverse : elles investissent massivement en pré-crise, ce qui leur permet de traverser la phase aiguë avec sang-froid et de transformer le post-crise en levier de renforcement.
FAQ
Combien de temps dure une crise de communication ? La phase aiguë dure généralement de 48 heures à 3 semaines. La phase post-crise peut s’étendre de 3 à 18 mois, parfois plus pour les crises sectorielles ou judiciaires.
À quel moment commence une crise de communication ? Officiellement, à l’instant où l’événement devient public et menace la réputation. En réalité, elle commence bien avant : dès qu’un signal faible (incident interne, plainte, rumeur) aurait pu être détecté et traité.
Peut-on entrer directement en phase aiguë sans pré-crise ? Oui, et c’est malheureusement le cas le plus fréquent. Les organisations non préparées subissent la crise au lieu de la piloter, perdent un temps précieux et commettent des erreurs évitables.
La phase post-crise est-elle vraiment indispensable ? Oui. C’est elle qui détermine si l’organisation sortira renforcée, affaiblie ou durablement abîmée par la crise. Négliger le post-crise, c’est laisser la cicatrice ouverte.
Qui pilote chacune des trois phases ? La pré-crise est pilotée par le DirCom et l’agence conseil. La phase aiguë est pilotée par la cellule de crise sous l’autorité du dirigeant. La phase post-crise est pilotée par la direction de la communication, en lien avec le marketing, les RH et le dirigeant.